Polluants éternels (PFAS) : la justice ordonne une expertise sur les responsabilités d'Arkema et Daikin dans la vallée de la chimie
Emma Rodot
Le tribunal judiciaire de Lyon a ordonné une expertise indépendante sur le rôle des chimistes Arkema et Daikin dans la pollution aux substances perfluorées dans le Rhône, au sud de l'eau.
Le juge des référés a ordonné, le vendredi 2 août 2024, qu'une expertise indépendante soit réalisée sur le rôle des chimistes Arkema et Daikin dans la pollution aux molécules perfluorées (PFAS) au niveau du point de captage de l'eau potable de Ternay, en aval de la vallée de la chimie (Rhône). Une décision inédite qui pourrait ouvrir la voie vers la reconnaissance de responsabilités et, potentiellement, l'application du principe de pollueur-payeur selon la Métropole de Lyon.
Une décision qui fait suite à la demande d'expertise portée en référé par la Métropole de Lyon, la régie publique Eau du Grand Lyon, ainsi que le syndicat mixte Rhône-Sud, en raison de la pollution de l'eau à ces molécules chimiques en aval des industries, notamment au niveau du point de captage de l'eau potable de Ternay, qui alimente en eau potable environ 163.000 habitants.
Selon l'Agence régionale de santé, ce champ captant comprend à ce jour des taux de perfluorés supérieurs jusqu'à deux fois à la future norme sur les PFAS, qui s'appliquera en 2026.
Ainsi, le juge des référés a nommé un collège d'experts qui devront « décrire les polluants éternels employés ou émis sur la plate-forme de Pierre-Bénite depuis sa création ». Mais aussi « donner leur avis sur les dates à partir desquelles les entreprises ont eu connaissance de leurs effets potentiellement néfastes sur l'environnement », indique l'Agence France Presse, qui s'appuie sur une copie de la décision rendue publique vendredi dernier.
« Des dizaines de tonnes de PFAS rejetés au cours des dernières décennies »
La défense, quant à elle, pointait « une combinaison complexe et multifactorielle » entre « les pollutions historiques, et pas uniquement », indiquait Me Elodie Simon, avocate d'Arkema, relevant « 30 sites potentiellement utilisateurs de PFAS autour de Pierre-Bénite ». De même, les avocats ont argué n'avoir commis « aucune faute au civil » et que ces produits « sont librement mis sur le marché ».
« La responsabilité financière des industriels doit être engagée », plaide ainsi Guy Martinet, président du Syndicat mixte d'eau potable Rhône Sud. De même, Anne Grosperrin, présidente de la régie publique Eau du Grand Lyon, relève qu'« il est plus que temps d'obtenir plus de transparence et de faire la lumière sur le rôle des industriels dans cette pollution massive ».
Bruno Bernard, président de la Métropole de Lyon, souligne également qu'en engageant cette procédure, «la Métropole de Lyon démontre que les responsabilités dans un tel scandale sanitaire peuvent et doivent être établies».
Enfin, si une reconnaissance de responsabilité était établie, « elle ouvrirait le champ de poursuites civiles ou pénales. Cette expertise permettra d'amener des preuves en vue d'un éventuel procès », indiquaient Mes Chloé Vincent-Hytier et Quentin Untermaier en marge de l'audience à nos confrères de La Tribune de Lyon.