Nicolas Bouzou : "Misère du nationalisme économique"
Nicolas Bouzou
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Juliette Bouzou
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Comment être contre une politique qui favorise le made in France et le consommer local ? Dans cette période inédite et d'incertitude radicale, les slogans simples et rassurants font recette. Le nationalisme économique qui voudrait que l'on produise et que l'on consomme français est plus que jamais à la mode. Je voudrais cependant dans cette contribution relativiser cet enthousiasme en mobilisant quatre arguments : 1/ Ce nationalisme s'inscrit dans une tradition intellectuelle dont il a été largement démontré qu'elle était fausse. 2/ L'économie française souffre moins d'un défaut de compétitivité que de productivité. 3/ Le made in France est un concept qui est faiblement opérationnel pour la politique économique. 4/ Le ratio efficacité coût des politiques de relocalisation est certainement défavorable. Des politiques globales d'investissement et d'industrialisation sont préférables.
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Circuits-courts, démondialisation, Made in France... tous ces concepts sont censés restaurer d'un même mouvement notre indépendance, notre prospérité et notre environnement d'antan, décarbonné et sans pollution. La référence aux années 1960 est régulièrement mise en avant, symptomatique du biais cognitif qui consiste à voir le passé avec des lunettes roses. C'est à se demander pourquoi le monde a eu, jusqu'au Covid 19, la volonté de développer le commerce international. Ceux qui, il y a 10, 20 ou 30 ans, faisaient l'apologie de la démondialisation, sont désormais présentés comme des visionnaires qui auraient eu raison avant les autres. Ces « visionnaires » s'inscrivent pourtant dans une filiation intellectuelle bien connue et très ancienne : celle des économistes mercantilistes, filiation qui nous ramène au 15ème siècle, c'est-à-dire au moyen-âge de la réflexion économique. Les économistes de cette époque considéraient que l'impulsion économique devait provenir d'un État interventionniste qui encourageait les exportations et taxait les importations. La politique économique avait pour but l'accumulation de réserves en or. Cette politique confondait l'inflation et la richesse, la prospérité de l'Etat et celle du peuple, la guerre et le commerce. Elle plaçait les pays en situation de concurrence systématique et attisait les conflits en rendant toute coopération internationale impossible. Le mercantilisme, en contradiction avec l'idée, certes naïve et pas toujours avérée, du « doux commerce » de Montesquieu, était conflictuel en ce sens qu'il considérait le commerce international comme un jeu à somme nulle et dressait les nations les unes contre les autres. Il est piquant de constater que les défenseurs actuels de cette politique se drapent sous un voile de vertu alors que la politique qu'ils promeuvent est brutale voire réactionnaire. Le mercantilisme contemporain s'est verdit pour se donner l'air intellectuellement plus moderne et politiquement plus présentable mais il n'est intellectuellement pas beaucoup plus élaboré qu'il y a 5 siècles. Aux doctrines mercantilistes, se sont substituées à partir de la fin du 18ème siècle les analyses classiques qui ont notamment mis l'accent, avec Adam Smith puis David Ricardo, sur les gains issus du commerce international. Cette idée, qui fait toujours sens aujourd'hui, est que l'échange entre les pays, comme entre les individus, est le plus souvent avantageux pour les deux parties. Pour les mercantilistes, l'économie a pour but d'enrichir l'Etat. Pour les libéraux classiques, elle a pour but d'enrichir le peuple. D'ailleurs, les périodes de mondialisation comme l'Antiquité, la Renaissance, le 19eme siècle ou l'après-guerre sont des périodes d'augmentation des revenus et de plus grande coopération internationale.
Nicolas Bouzou