« Le temps où Arnaud Montebourg posait en marinière Armor Lux pour encourager les consommateurs à acheter français est loin. Mais Benjamin Carle s'en souvient. « On ne me l'avait jamais dit avant ! », s'exclame l'auteur de Mon année made in France, publié en 2015 chez Plon, à propos de « l'injonction » du ministre du Redressement productif, en 2012. Le journaliste et réalisateur a pris l'appel au sérieux et décidé de se débarrasser de tout ce qui était « made in ailleurs » chez lui, pour n'acheter que français, pendant un an. Pas toujours évident, tant les informations sur l'origine des produits - meubles, vêtements, nourriture, appareils électriques, etc. - étaient succinctes à l'époque. Aujourd'hui, c'est le contraire ! Pas une publicité qui ne vante, surtout depuis le déconfinement, le made in France. Pas un produit qui ne porte un label, sérieux ou fantaisiste, garantissant que l'achat est bien un acte citoyen. Si certaines marques surfent sur ce nouvel engouement à coup de marketing, la fréquentation du MIF Expo (le Salon des produits & innovations made in France), qui n'a cessé de croître depuis son lancement, en 2012, montre qu'il s'agit bien d'une tendance de fond, même si elle demande encore à être généralisée. « La première année, nous avons accueilli 15 000 visiteurs et 70 exposants. L'an dernier, 80 000 visiteurs et 570 exposants », souligne Fabienne Delahaye, l'initiatrice du Salon. Une tendance qui prend sa source, selon elle, dans la désindustrialisation qu'a connue la France dès les années 1980, avec pour corollaire un chômage de masse et une désertification toujours plus grande de certains territoires. Avant ce phénomène, en effet, les consommateurs pouvaient acheter français sans problème. Et pour cause, ils fabriquaient eux-mêmes ces produits. C'est alors que le concept « Nos emplettes sont nos emplois », lancé en 1993 par les chambres de commerce et d'industrie, avec une campagne du même nom, a pris tout son sens. Mais pour être ensuite quelque peu oublié... Pas étonnant qu'il resurgisse actuellement, puisque le chômage menace de nouveau.