Orange veut se réinventer en start-up

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Orange Fab est le nom du programme d'accélérateur de start-ups lancé à Paris, après la Silicon Valley.
Orange Fab est le nom du programme d'accélérateur de start-ups lancé à Paris, après la Silicon Valley. (Crédits : DR)
Stéphane Richard, le PDG, veut convertir l’opérateur à l’innovation ouverte et lui « inoculer l’ADN » des jeunes pousses grâce à un programme d’accélérateur. C’était l’axe central de son deuxième « show » sur l’innovation.

Un an après le premier show « hello », à l'américaine, organisé par Orange, la nouvelle édition s'annonçait un peu plus sobre, un peu moins grandiose, à la Maison de la Mutualité, un lieu plus intime que l'immense plateau des Docks de Saint-Denis. Pas de VIP comme Sheryl Sandberg, la patronne opérationnelle de Facebook, ou Paul Otellini (l'ex-PDG d'Intel) qui étaient intervenus en message vidéo l'an dernier.

Arpentant seul la scène, un peu trop seul sans doute, un micro sans fil à l'oreille, Stéphane Richard, le PDG, a assuré ce « keynote » pendant 50 minutes, sans note ni tribune, aidé de prompteurs, surplombant les quelque 700 spectateurs (plus de 1.000 l'an dernier) dont quelques patrons (Maurice Lévy), des élus, des partenaires, des collaborateurs et des journalistes.

Moins axé sur les produits, ce « show », visuellement réussi - une scénographie signée Stéphane Fouks, de Havas, Xavier Couture, l'ex-dir com du groupe devenu consultant - avait pour objectif d'illustrer la stratégie, la « nouvelle ambition » de Stéphane Richard pour Orange, à savoir « devenir le premier opérateur télécom de l'ère Internet », comme il l'avait expliqué aux salariés le mois dernier.

L'ouverture des interfaces

Dans la droite ligne du plan « nouvelle donne de l'innovation » que vient de présenter le gouvernement, le patron de l'ex-France Télécom, encore détenu à 27% par l'Etat, a mis l'accent sur « l'innovation ouverte » (« open innovation »), « une notion fondamentale aujourd'hui en matière d'innovation » : prenant pour modèle « Google avec Android et Apple avec iOS » qui ont su « fédérer autour d'eux des légions de développeurs », Stéphane Richard veut « remettre Orange au cœur d'un écosystème dont le réseau est la colonne vertébrale et la source d'inspiration. »

 

« Je fais le pari qu'en alliant la puissance d'Orange et la richesse de nos partenaires, start-ups comme développeurs, en leur permettant de faire levier sur nos réseaux et nos 230 millions de clients présents dans plus de 30 pays, nous pourrons être plus forts et apporter plus de services innovants »

 L'ouverture signifie notamment de « permettre à des services tiers d'accéder facilement à nos réseaux, notre cloud, nos systèmes de facturation, de localisation », etc de « s'interopérer simplement » avec ceux de l'opérateur : exemple avec « des applications qu'Orange n'a pas vocation à développer » comme WeVideo ou PocketScanner, qui seront bientôt interconnectées avec le cloud d'Orange.

Cependant, « il y a encore du travail » reconnaît un dirigeant, notamment pour changer la culture et les pratiques en interne. Orange est parfois critiqué pour les restrictions qu'il impose sur certains services dans ses contrats : par exemple, il interdit à ses clients professionnels à la fibre optique ou à l'ADSL d'utiliser les logiciels de voix sur IP (comme Skype), le streaming vidéo, le peer-to-peer et les newsgroups. « On n'a pas dit l'ouverture absolue et généralisée », nuance un des dirigeants de l'opérateur.

Accélérateur de start-ups comme Free ?

Orange va aussi « ouvrir [ses] murs : faire de la place dans tous [ses] labos aux étudiants, ingénieurs, développeurs, designers et créateurs d'entreprises » a promis Stéphane Richard, appelant à ce que tous les Orange Labs du groupe aient « bientôt un espace dédié à l'accueil des entrepreneurs du digital. » L'objectif est « d'inoculer l'ADN des start-ups dans notre culture. »

L'opérateur, qui a créé l'an dernier un fonds d'investissement dans les startups du numérique avec Publicis, géré par Iris Capital, va aussi étendre son programme d'accélérateur, baptisé Orange Fab qu'il a lancé cette année dans la Silicon Valley, où il a un centre de développement de soixante personnes : six start-ups américaines, qui avaient été sélectionnées en mai dernier à San Francisco, étaient ainsi présentées dans l'espace de démonstration après le keynote, comme SoilIQ, « la sonde qui fait pousser vos salades », ou Phone Halo et son TrackR pour retrouver les objets souvent égarés.

Un nouveau programme Orange Fab est donc lancé ce jeudi à Paris, ainsi qu'un autre en Asie depuis Tokyo, avant la Pologne l'année prochaine. Une façon de répliquer à Xavier Niel, le fondateur et premier actionnaire de Free, avec son méga-incubateur de la Halle Freyssinet ?

« Big data » et vie privée

Outre l'esprit start-up qu'il aimerait insuffler dans l'ex-monopole des télécoms, Stéphane Richard veut « valoriser les montagnes de données dont nous disposons sur nos clients », pour surfer sur « le big et fast data, la capacité à traiter en temps réel les données avec l'Internet des objets, le cloud computing et la réalité augmentée [qui] seront les quatre piliers de l'Internet de demain. »

Le patron considère que « le modèle économique [d'Orange] repose sur la protection, la sécurisation des données de nos clients et le respect de leur vie privée » mais en se posant en « opérateur de confiance » et même garant de la « protection de la vie numérique » des clients. Très solennel, il a signé une charte formalisant les engagements de l'opérateur de « garantir la sécurité des données », de « donner le contrôle de leur utilisation » aux clients via un tableau de bord, d'assurer la « transparence du traitement » et « un accompagnement » pour aider les clients à protéger leur vie privée.

A l'heure du scandale Prism et de la suspicion généralisée sur l'absence de sécurité et de confidentialité, une simple charte ne suffira pas à convaincre les utilisateurs. « Et il faudra la tenir » reconnaît un dirigeant, visiblement conscient de la difficulté…

>> Voir le show "hello" 2013

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Commentaires
a écrit le 08/11/2013 à 22:36 :
'ferait mieux de s'occuper de la compétitivité de ses produits !
a écrit le 08/11/2013 à 11:38 :
Stéphane Richard souhaiterait faire revivre l'empire France Telecom qui a coûté si cher aux français où l'ADSL était réservé aux élites. Je crains qu'il va falloir mettre les bouchées doubles voir triples s'il souhaite atteindre ses objectifs car beaucoup d'eau a coulé sous les ponts depuis.
Réponse de le 08/11/2013 à 14:22 :
test
Réponse de le 08/11/2013 à 14:56 :
@tedy

test OK.
a écrit le 08/11/2013 à 9:25 :
Il se prend pour Xavier Niel ou quoi ? ... cours, Forest, cours !
a écrit le 08/11/2013 à 4:32 :
Plus que 10 ans de retard sur le reste du monde lol

Comment est-il possible que personne dans son équipe ne lui ait dit que ce qu'il présente est dépassé et qu'il discrédite totalement l'entreprise
a écrit le 08/11/2013 à 0:29 :
Bon, maintenant qu'il a terminé sa messe, s'il pouvait enfin nous montrer quelque chose d'innovant (et qui pourrait rapporter autre chose qu'un trophé bidon ou un 'succès d'estime') ? Parce qu'on entend toujours parler de la R&D de FT/Orange, mais le service ou le produit qui fait un malheur, c'est jamais chez eux.

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