Ymagis, la star du cinéma numérique aux 60.000% de croissance

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Jean Mizrahi, le fondateur d'Ymagis, cette compagnie spécialisée dans la numérisation des salles obscures qui a multiplié ses recettes par 600 en cinq ans.
Jean Mizrahi, le fondateur d'Ymagis, cette compagnie spécialisée dans la numérisation des salles obscures qui a multiplié ses recettes par 600 en cinq ans. (Crédits : Reuters)
L’entreprise parisienne fondée en 2007 s’est imposée dans le paysage audiovisuel européen et s'illustre donc dans le palmarès Deloitte des jeunes entreprises ayant enregistré des croissances exceptionnelles. Son défi : imaginer le cinéma après que toutes les salles obscures auront été numérisées.

En cinq ans, son chiffre d'affaires a augmenté de 59.096%.  Une croissance qui  laisse rêveur, même pour une toute jeune entreprise, qui par définition, commence très bas. Cette performance réalisée par Ymagis, spécialiste de l'équipement numérique pour les cinémas, lui a valu d'être distinguée par le cabinet Deloitte. Ce dernier lui a décerné lundi soir le prix national Fast 50 qui récompense les jeunes entreprises ayant enregistré les taux de croissance du chiffre d'affaires les plus élevés au cours des cinq années précédentes. En 2012, ses recettes atteignaient 39,7 millions d'euros, en hausse de 53% par rapport à l'année précédente et son résultat opérationnel courant était positif. L'entreprise qui comptera 130 employés au mois de décembre, s'est même lancée en Bourse à Paris en mai 2013.

Moyenne des lauréats : +3.000%

Sur 427 PME et ETI ayant postulé pour faire partie du palmarès, Ymagis se classe donc en première position. Elle est suivie par Talentsoft, start-up spécialisée dans les logiciels de formation qui enregistre 9.457% de croissance en 5 ans. A la troisième position se trouve Synox group, spécialiste de l'internet des objets qui a multiplié ses recettes par 68 depuis 2007. En moyenne, les 50 entreprises distinguées cette année ont réalisé 3.000% de croissance, pour un chiffre d'affaires minimum de 50.000 euros la première année. Une large majorité (86%) engrange des bénéfices.

Si Ymagis fait moins bien que le champion Criteo l'an dernier et ses 200.000% de croissance en 5 ans, son score "reste exceptionnel", note Ariane Buscaille, , associée responsable du secteur technologies, médias et télécoms chez Deloitte. Cette dernière précise :

"Il y a toujours une entreprise qui se détache du lot, soit parce que c'est le secteur qui est porteur, soit parce que ce sont des entreprises qui ont réussi leur développement international"

Un marché porteur

Dans le cas d'Ymagis, le premier facteur, un marché en très forte hausse, a été décisif. La société parisienne, créé en 2007, a en effet profité du passage des salles obscures au numérique. Son créneau ? Les VPF, "virtual print fees", ou frais de copie virtuelle, une sorte de péage imposés aux distributeurs avant diffusion d'un film. Leur produit est en partie reversé aux exploitants afin qu'ils financent l'aménagement de leurs salles. En effet, la numérisation des films permet de réduire les coûts de production. Or, les exploitants, eux, doivent investir  (80.000 euros pas écran en moyenne en 2009) non seulement pour acquérir le matériel mais aussi pour l'installer. Dans ce système,Ymagis sert de tiers en collectant l'argent des distributeurs avant de redistribuer les sommes dues aux exploitants pour les aider à s'équiper.

"On ne peut pas nier que l'on a été porté par la vague", confirme Jean Mizrahi, le PDG d'Ymagis. Mais, à l'époque où sa société s'est lancée, "peu de gens y croyaient. On a anticipé le mouvement", fait-il valoir.

Depuis, les cinémas français se sont "numérisés" à toute allure. En 2011, c'est en France que ce marché connaissait sa plus forte croissance mondiale, selon des chiffres du CNC. Au 31 décembre 2012, 90% des écrans actifs dans l'Hexagone étaient numériques. La loi de 2010, prévoit en outre que le versement des VPF ne sera plus obligatoire en 2021. Autrement dit, la source principale de revenus d'Ymagis (54% pour son exercice clôt fin 2012) risque de se tarir.

"Génétiquement européens"

 Heureusement, il reste toujours des salles à équiper dans les pays voisins, notamment en Allemagne et  en Espagne où la compagnie a ouvert des bureaux dès les premières années de son existence. "Nous sommes génétiquement européens" vante ainsi son fondateur. Prochains axes de développement : la Grande-Bretagne, l'Italie et les pays de l'Est. Hors de l'Europe, Ymagis réfléchit à une implantation en Amérique Latine et en Asie. Un espoir qui se heurte à la présence de concurrents comme la société belge Dcninex.

L'entreprise française mise également sur la diversification de ses activités, et notamment sur les services. Elle loue par exemple des lunettes 3D et a récemment conclu un partenariat avec SmartJog pour créer une filiale spécialisée dans la distribution de films en salles par satellite et ADSL. Le but consiste, entre autres, à "profiter de l'effet réseau", en fidélisant les exploitants, explique Jean Mizrahi.

Projecteurs et vieilles bobines

Surtout, même si les bons vieux projecteurs et leurs bobines sont déjà un lointain souvenir dans le pays des frères Lumière, le matériel numérique existant sera rapidement obsolète. La mise à jour du matériel "supposera un modèle économique peut être un peu différent mais nous avons un rôle à jouer ", pointe le PDG d'Ymagis.

Un objectif travaillé notamment avec une équipe de recherche et développement qui se prépare au "cinéma de demain". Mais comment la jeune entreprise à la croissance fulgurante imagine-t-elle la toile du futur ? Son fondateur fait observer :

"Depuis la création du cinéma, l'évolution va vers un rapprochement entre l'expérience du spectateur et la réalité. On est passé du muet au parlant, du noir et blanc à la couleur, du son mono au stéréo puis au 5.1, au 7.1 et maintenant certaines salles installent jusqu'à une centaine de hauts parleurs pour diffuser le son... Pour l'image, c'est la même chose, 24 images par seconde, cela ne correspond pas au rythme auquel le cerveau capte l'image."

Déjà, des films en 60 images par seconde sont montés, et la diffusion en 3D n'en est qu'à ses balbutiements, puisqu'il faut encore s'équiper de lunettes. Ces évolutions nécessitent des adaptations de la part de toute la chaîne de production, de la réalisation du film jusqu'à sa diffusion en salles. Ymagis espère donc bien en profiter.

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