Le Free Mobile américain bientôt avalé par le numéro trois du marché

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John Legere, le bouillant patron de T-Mobile USA, dont les coups d’éclats rappellent ceux d’un Xavier Niel, prendrait la tête du nouvel ensemble.
John Legere, le bouillant patron de T-Mobile USA, dont les coups d’éclats rappellent ceux d’un Xavier Niel, prendrait la tête du nouvel ensemble. (Crédits : Reuters)
Aux Etats-Unis aussi, le marché mobile s’apprête à passer de 4 à 3 opérateurs. T-Mobile, qui bouscule les deux géants AT&T et Verizon, devrait être racheté par Sprint pour plus de 30 milliards de dollars. Si les autorités de concurrence sont d'accord...

C'est un peu comme si Free et Bouygues Telecom fusionnaient. T-Mobile USA, le quatrième opérateur américain, va être racheté par le numéro trois, Sprint : leurs actionnaires respectifs, l'allemand Deutsche Telekom et le japonais SoftBank, seraient proches d'un accord sur le prix, soit un peu plus de 31 milliards de dollars, pour moitié en cash, et sur la décisive indemnité de rupture, en cas d'échec de cette opération qui pourrait être annoncée le mois prochain, selon l'agence Bloomberg. Sprint serait prêt à signer un chèque de plus d'un milliard de dollars à T-Mobile si le rachat était bloqué par les autorités de concurrence, selon le Wall Street Journal. C'est en effet le principal obstacle à l'opération, qui ramènerait le marché de quatre à trois principaux opérateurs, en dehors des nombreux acteurs régionaux. En Europe, plusieurs pays, l'Irlande, l'Allemagne, et peut-être la France, s'apprêtent à revenir de quatre à trois acteurs.

Un duopole et deux acteurs en manque de taille critique

En 2011, le rachat du même T-Mobile par AT&T, pour 39 milliards de dollars, avait été bloqué par le Département de la Justice, qui arguait à l'époque que le marché américain avait besoin de quatre opérateurs pour rester concurrentiel. Sprint s'opposait d'ailleurs à cette fusion qui risquait de le marginaliser face au duopole formé par les deux mastodontes AT&T et Verizon. Aujourd'hui, le numéro trois du mobile veut se rapprocher du turbulent numéro quatre, dont les multiples coups marketing se sont révélés payants en conquête d'abonnés : ils manquent tous deux de taille critique à côté d'AT&T et de Verizon, qui ont chacun plus de 100 millions d'abonnés, soit deux fois plus qu'eux, et de moyens financiers pour rivaliser dans l'achat de fréquences et investir dans la qualité du réseau.

Sprint, lui-même racheté il y a moins d'un an par l'opérateur japonais SoftBank pour 21 milliards de dollars, est déficitaire depuis sept ans et endetté. Quant à T-Mobile US, qui a fusionné avec l'opérateur régional MetroPCS l'an dernier, la guerre des prix qu'il mène depuis plusieurs mois (fin des subventions, forfaits illimités 30% moins chers que la concurrence), sans être aussi intense que celle initiée par Free Mobile en France, l'a fait tomber dans le rouge. 

Concessions aux autorités de concurrence

Son bouillant patron, John Legere, dont les coups d'éclats rappellent ceux d'un Xavier Niel, a déclaré à plusieurs reprises que la question n'était pas de savoir s'il y aurait un rapprochement mais quand. Ce serait d'ailleurs lui qui prendrait la tête du nouvel ensemble, son homologue chez Sprint, Dan Hesse, 60 ans, ayant laissé entendre qu'il pourrait en profiter pour partir. La maison-mère de T-Mobile (67% du capital), Deutsche Telekom, cherche à sortir du marché américain depuis l'échec de la vente à AT&T qui lui avait tout de même rapporté la coquette somme de 3 milliards de dollars et des fréquences en indemnité de rupture ! L'opérateur allemand réclamerait à nouveau 3 milliards, mais Mayasoshi Son, le fondateur de SoftBank (qui contrôle 80% de Sprint), ne serait pas prêt à aller aussi loin selon Bloomberg. Deutsche Telekom récupérerait entre 15% et 20% du capital de l'ensemble fusionné.

Encore faudra-t-il trouver les moyens de convaincre les autorités de régulation : les futurs fiancés doivent démontrer, à coups de projections financières, que les consommateurs bénéficieront davantage d'un marché où ils auraient uni leurs forces que s'ils poursuivent leur route en solo. Ils devront aussi peut-être anticiper des concessions, par exemple l'engagement de maintenir certaines offres commerciales très agressives. Bref, les rassurer sur le fait « qu'il peut y avoir de la concurrence à trois opérateurs mobiles » Comme l'a affirmé récemment Arnaud Montebourg, en parlant du marché français

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