Le streaming musical, un marché artificiel ou l'avenir du disque ?

Les revenus issus de l’écoute sans téléchargement augmentent fortement, sans compenser encore la chute des ventes de CD. Les maisons de disques y croient, l’Adami (artistes-interprètes) dénonce un marché gonflé par les abonnements « gratuits » des opérateurs mobiles. Décryptage d’une polémique.
Delphine Cuny

4 mn

Le groupe français Lilly Wood & The Prick arrive en tête du premier Top streaming pour son titre Prayer in C remixé par Robin Schulz.
Le groupe français Lilly Wood & The Prick arrive en tête du premier Top streaming pour son titre "Prayer in C" remixé par Robin Schulz. (Crédits : Reuters)

Le marché de la musique continue de reculer en France malgré la forte montée en puissance du streaming (écoute sans téléchargement) qui compense la baisse du téléchargement à l'acte mais pas encore celle des ventes de CD, comme le montrent les chiffres du premier semestre présentés ce jeudi par le Syndicat national des éditeurs phonographiques (SNEP). Au total, le chiffre d'affaires du secteur a diminué de 9,2% à 197,7 millions d'euros, reflétant une baisse de 13,6% des ventes physiques, qui représentent encore deux tiers des ventes, et une chute encore plus forte des téléchargements (-18,5% à 27,3 millions).

Les revenus du streaming ont bondi de 33% à 34,7 millions d'euros, tant celui par abonnement (les deux tiers) que celui financé par la publicité, qui inclut le streaming vidéo, essentiellement YouTube, qui pèse 5,2 millions sur le semestre. Avec 7 millions d'utilisateurs, plus de 2 millions d'abonnés estimés en France et 10 milliards de titres écoutés ainsi en 2013, le streaming est considéré comme l'avenir de la musique par le SNEP.

« Le streaming offre plus qu'un bol d'oxygène mais de vraies perspectives de croissance au marché de la musique » estime Guillaume Leblanc, le directeur général du SNEP. Toutefois, « c'est une évolution de long terme, 100% de la population française ne va pas basculer en un an. Les artistes croient au streaming » assure-t-il.

Partage de valeur

 L'Adami, la société qui gère les droits des artistes et musiciens interprètes, défend un point de vue radicalement opposé, dénonçant « le partage inéquitable de la valeur » au détriment des artistes. Sous le titre « Streaming, c'est encore loin la Suède ? », en référence au succès de Spotify sur son marché d'origine, ce qu'elle considère comme une exception, l'Adami a publié hier un communiqué incendiaire.

 « Le streaming premium [payant NDLR] est aujourd'hui un marché artificiel... porté essentiellement par l'accord Orange/Deezer dont la fin programmée en 2015 achèvera probablement de mettre en lumière sa très faible réalité » avance l'Adami. « Les artistes ne sont quasi pas rémunérés et les plateformes légales sont étouffées. Le stream ne paie pas » assure la société de perception des droits voisins des interprètes.

 Même les auteurs-compositeurs sont peu rémunérés par le streaming, de l'ordre de 0,006 euro par titre écouté selon la Sacem, tandis que les maisons de disque peuvent davantage de se rattraper sur l'ensemble de leur catalogue. Considérant le streaming comme « la radio du XXIe siècle », l'Adami demande que lui soit appliquée la gestion collective obligatoire des droits voisins, aujourd'hui limitée à certains usages (concerts, discothèques, musiques d'ambiance, etc), ce qui serait « une mesure anachronique et une expropriation des producteurs de leurs droits », fustige le SNEP.

Y a-t-il un après Orange pour Deezer ?

 L'Adami souligne que la Fnac, qui a lancé son propre service de streaming, Fnac Jukebox, n'aurait recruté en six mois que 2.000 abonnés, dont 1.300 payants, selon le magazine Haut Parleur. Stéphane Le Tavernier, le président du SNEP et directeur général de Sony Music France, estime qu'il est « trop tôt » pour tirer un bilan du lancement du service de la Fnac. Plus optimiste, il considère que les offres groupées (« bundles ») des opérateurs télécoms (comme Orange et Deezer) sont à regarder à plus long terme.

« Les bundles sont une opération commerciale, un bon moyen de recruter des abonnés. Certains marchent très bien, comme celui de Napster avec SFR, alors que le précédent avec Spotify n'avait pas fonctionné. Deezer trouvera d'autres moyens de recruter à la fin de son contrat avec Orange, Spotify signera peut-être avec Bouygues Telecom, voire Orange » observe Stéphane Le Tavernier.

Un "top streaming", 30 ans après le Top 50

Le patron du label reconnaît toutefois que « s'il n'y avait que du stream, je ne m'en sortirais pas ! A moins de ne produire qu'un ou deux artistes. C'est une question d'assiette, puisque le streaming ne représente que 17,5% du marché de la musique. »

Le streaming est cependant en train de s'imposer dans les usages et devenir le mode principal de consommation de la musique en ligne en France, au point que le SNEP vient de lancer hier un « Top streaming  audio » réalisé par l'institut Gfk et qui sera publié toutes les semaines, trente ans après la création du fameux « Top 50. » C'est le groupe français Lilly Wood & The Prick qui arrive en tête de ce premier classement (qui inclut écoutes gratuites et payantes), pour le remix de son titre "Prayer in C" par le DJ Robin Schulz.

Delphine Cuny

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