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Technos & Medias

Amazon : créateur d'emplois... et de tensions dans les territoires

Photo de Anaïs Cherif

Anaïs Cherif

Publié le 10 septembre 2019 à 10:32 - Mis à jour le 10 septembre 2019 à 13:46

Amazon veut lancer 3.000 satellites pour fournir acces a internet

Amazon veut lancer 3.000 satellites pour fournir acces a internet

Brendan McDermid

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La firme de Seattle projette d’ouvrir un centre logistique de 185.000 m² au sud de Metz pour irriguer l’Europe de l’Est. À la clé : "plusieurs centaines d’emplois" sur un territoire délaissé par les industriels depuis 2008, selon les élus. Mais cette nouvelle ne réjouit pas tous les riverains, dont certains craignent qu'Amazon déforme leur ville et surestime les retombées économiques.

Amazon poursuit l'extension de son empire en France, créé des emplois, et pourtant il n'est pas accueilli à bras ouverts. Implanté dans l'Hexagone depuis 2007, le géant américain, habitué aux controverses, a décidé de mettre le cap sur le Grand Est. Il est actuellement en cours de négociations avec Metz Métropole pour créer une plateforme logistique d'envergure européenne. L'endroit est stratégique : proche du Luxembourg et de l'Allemagne, il pourra irriguer l'Europe de l'Est. L'annonce a été officialisée il y a deux semaines par Jean-Luc Bohl, président de Metz Métropole. Si la date d'ouverture n'est pas encore connue, ce dernier se félicite déjà de l'arrivée d'un « fleuron » sur le plateau de Frescaty, une ancienne base aérienne au sud de Metz en cours de réhabilitation.

Un centre logistique de 19 hectares, dix fois plus que la moyenne nationale

Pour les élus, l'arrivée d'Amazon est une bonne nouvelle. Les chiffres donnent le tournis. L'ogre du e-commerce prendra ses quartiers sur pas moins de 19 hectares. L'imposant centre logistique, à lui seul, s'imposera sur 185.000 m² avec une hauteur de près de 23 mètres, selon le rapport de l'enquête publique, menée entre le 21 septembre et le 22 octobre 2018. Soit dix fois plus que la surface moyenne des entrepôts et plateformes logistique en France, qui est de 18.600 m², selon une étude du commissariat général du développement durable publié en mars.

Contacté, Amazon dit vouloir ni confirmer ni infirmer son projet d'implantation. L'entreprise nous a fait connaître sa position officielle par mail : « Le développement d'un site logistique est un projet complexe, qui se fait sur le long terme, avec un engagement fort auprès des acteurs locaux - il y a un temps pour tout, mais Amazon a confirmé sa volonté de développer ses capacités en France pour répondre à la croissance de la demande client. Le Grand Est est une région stratégique où nous opérons actuellement une agence de livraison et où nous proposons des opportunités d'emplois. » Amazon a réalisé sa première implantation en juillet avec l'ouverture d'une agence à Woippy, au nord de Metz.

"L'arrivée d'Amazon réveille tous les griefs contre les Gafa"

Source de rumeurs depuis plus d'un an, le projet a beau être synonyme de créations d'emplois, il irrite déjà certains riverains. Car Amazon a pour habitude de jouer les discrets. Dès novembre 2016, la firme de Seattle a fait signer une clause de confidentialité à un élu local, Henri Hasser, vice-président dédié à l'aménagement économique et à la planification territoriale de la métropole, pour exiger l'anonymat, révélait Reporterre en juillet.

« Chez Amazon, il y a une certaine culture du secret. Mais nous ne sommes pas dans James Bond : cette pratique est aussi courante chez d'autres entreprises. Nous voulions avant tout préserver le travail effectué en amont pour permettre l'implantation de l'entreprise », justifie Jean-Luc Bohl.

Une culture du secret jugée suspecte par l'association des riverains du Plateau de Frescaty, opposée à la venue de la firme de Seattle. « Il n'y a eu aucune transparence sur le projet, déplore Xaviera Frisch, présidente de l'association. Les discussions entre élus ont débuté en 2016, mais nous avons été informés de la potentielle arrivée d'Amazon pour la première fois en octobre 2018 seulement, et par voie de presse. »

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Selon François Henrion, maire d'Augny où Amazon doit s'implanter, une réunion publique d'information organisée en mars-avril 2018 n'avait pas attiré les foules. « A partir du moment où le simple nom d'Amazon a filtré, cela a réveillé tous les griefs connus contre les Gafa (ndlr : Google, Apple, Facebook, Amazon). Si cela avait été n'importe quel autre nom, personne n'aurait levé le petit doigt », estime le maire. Au total, 7 recours gracieux ont été déposés par des riverains, selon la Mairie d'Augny. Tous ont été rejetés. Un recours judiciaire, déposé par des riverains habitant à proximité du site, est encore en cours.

Une création d'emplois surestimée ?

Dans le détail, le terrain où s'implantera Amazon a été cédé par Metz Metropole à Argan, société foncière spécialisée dans le développement et la location de plateformes logistiques, pour le compte d'Amazon. Le site a été vendu pour « 25 euros le m², soit un peu de plus de 4 millions d'euros », chiffre François Henrion. Il abritait auparavant une partie de l'ancien aéroport militaire de Metz-Frescaty, qui s'étendait sur 380 hectares. Sa fermeture en 2012 a été un traumatisme pour la ville, car le site générait 3.500 emplois au plus fort de son activité.

« Au-delà des emplois militaires, nous avons perdu des élèves dans les écoles et les commerçants étaient très inquiets pour l'avenir. Nous nous devions de créer une nouvelle dynamique sur la commune, et je crois qu'elle rassure une partie des habitants », plaide le maire d'Augny.

Alors que le bâtiment n'est pas encore sorti de terre, les élus ont anticipé initialement la création de « 2.000 à 3.000 emplois ». Pourtant, l'étude d'impact publiée en juillet 2018, réalisée par Even cabinet à la demande de Metz Métropole, table sur "seulement" 800 emplois.

« Nous en sommes au point de penser qu'ils ne connaissent même pas le chiffre réel ! Sans compter qu'Amazon robotise énormément d'emplois. On se dit qu'à court terme, certains emplois promis pourraient se retrouver finalement supprimés »,s'inquiète Xaviera Frisch.

Amazon en position de force

La représentante des riverains évoque aussi le cas de l'entrepôt ouvert par le géant américain à Brétigny-sur-Orge (Essonne), en septembre 2018. Le chiffre de 2.000 emplois, qui correspondait au nombre d'emplois perdus là aussi suite à la fermeture d'une base aérienne en 2012, circulait jusqu'à son inauguration. Le géant américain, régulièrement critiqué pour les conditions de travail dans ses entrepôts, a finalement annoncé l'ouverture de 1.000 postes sur trois ans.

« Nous ne sommes pas en capacité de donner un chiffre exact, admet Jean-Luc Bohl. Mais compte tenu de la dimension du site, les emplois seront au rendez-vous quoi qu'il en soit. Même s'il ne s'agissait que de 50 ou 200 emplois, il était de notre devoir de favoriser l'implantation de l'entreprise. »

Autrement dit : même si Amazon reste toujours évasif, chaque emploi créé est bon à prendre pour les élus locaux. La firme de Seattle est en position de force, car elle cible d'ailleurs en France des territoires délaissés par l'industrie. D'ici la fin de l'année, le géant américain devrait atteindre des effectifs de 9.300 salariés dans l'Hexagone.

35 millions d'euros payés par la collectivité pour réduire les nuisances

Au-delà de l'incertitude sur les emplois promis, l'association de riverains redoute des « nuisances supplémentaires, liées à l'augmentation du trafic routier pouvant causer davantage d'encombrements, de nuisances sonores et de pollution », liste Xaviera Frisch. Sur la commune de 2.100 habitants, « les flux routiers générés sur une journée entière seront d'environ 3.600 déplacements supplémentaires, dont 700 déplacements de poids lourds », selon l'étude d'impact. Le centre logistique ayant vocation à fonctionner 7 jours sur 7, 24 heures sur 24, cela fait une moyenne d'un camion toutes les cinq minutes.

« L'autoroute A31 passe juste à côté de notre village, et elle est déjà surchargée. Les voiries, pour l'instant, ne sont pas du tout adaptées à un tel volume de passage supplémentaire », ajoute l'association de riverains.

L'étude évoque en effet un « léger impact », tempéré par les horaires décalés des futurs employés Amazon. Les entrepôts fonctionnent sur trois cycles différents : « une équipe le matin (5h40/12h50), une équipe l'après-midi (13h20/20h30) et une équipe de nuit lors des périodes de pointes d'activité », justifie l'étude.

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Pour tenter de réduire les nuisances en tout genre, des travaux d'aménagements sont engagés. Pour l'ensemble du Plateau de Frescaty, qui accueillera d'autres entreprises, « un programme pluriannuel d'investissements a été voté par les élus de Metz Métropole pour un montant de 35 millions d'euros », fait savoir Metz Métropole. Un budget qui comprend entre autres, les aménagements routiers et paysagers, la création de nouvelles mobilités sur le Plateau (environ 12 kilomètres de pistes cyclables vont être créés), la sécurisation du site ou encore la démolition. Le prix à payer pour accueillir, entre autres, les emplois du géant américain.

Anaïs Cherif

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