CNIL : explosion des demandes de retraits de contenus terroristes

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La Commission nationale de l'informatique et des libertés (CNIL) a rendu ce mercredi 30 mai 2018 son rapport d'activité annuel sur le blocage administratif des sites.
La Commission nationale de l'informatique et des libertés (CNIL) a rendu ce mercredi 30 mai 2018 son rapport d'activité annuel sur le blocage administratif des sites. (Crédits : Charles Platiau)
En 2017, la police a adressé à la Commission nationale de l'informatique et des libertés (CNIL) 35.110 demandes de retraits de contenus terroristes et pédopornographiques - soit une hausse impressionnante de +1.270%. Une action "symbolique" selon la Cnil, qui confère la responsabilité du contrôle du contenu illicite aux acteurs de l'Internet.

Pour lutter contre la propagation de contenus terroristes et pédopornographiques sur Internet, la police a mis les bouchées doubles. Entre mars 2017 et février 2018, l'unité de la police nationale chargée de la cybercriminalité (l'Office central de lutte contre la criminalité liée aux technologies de l'information et de la communication, OCLCTIC) a formulé 35.110 demandes de retraits pour ces contenus illicites auprès des sites Internet ou des hébergeurs. Parmi elles, 93% concerne des contenus terroristes, et 7% des contenus pédopornographiques.

Au total, les demandes de retraits, qui n'étaient que 2.561 il y a un an, ont connu une hausse impressionnante de 1.270%, selon le rapport d'activité annuel de la CNIL présenté ce mercredi matin. Pour autant, cela ne veut pas dire que ces contenus illicites sont plus nombreux sur Internet. Ils ont simplement été davantage signalés grâce à une hausse des effectifs dédiés au sein de la police.

En parallèle, 763 demandes de blocage de sites ont été réalisées, contre 874 l'année dernière (-13%). Ici, la tendance est inversée par rapport aux retraits : 89% des demandes de blocage concernent la pédopornographie, contre 11% le terrorisme. Cela s'explique par la "nature des canaux de diffusion", explique Alexandre Linden, en charge du contrôle de la légalité des blocages administratifs de sites à la CNIL. Les contenus terroristes vont davantage être diffusés sur des plateformes populaires - comme les réseaux sociaux, permettant un retrait de la publication litigieuse - alors que les contenus pédopornographiques passent plutôt par des sites spécialisés.

| Lire aussi : Archive.org, YouTube, Twitter, Sendvid... comment l'Etat islamique diffuse sa propagande sur Internet

Responsabilité des acteurs de l'Internet

En dépit d'une activité croissante, Alexandre Linden admet : "Ces chiffres restent relativement limités, comparés à l'ensemble des contenus litigieux sur Internet." A titre de comparaison, le rapport de la CNIL souligne :

"Twitter a annoncé avoir supprimé, entre août 2015 et décembre 2017, plus de 1,2 million de comptes pour apologie du terrorisme, les gouvernements n'ayant été à l'origine que de 0,2% des suppressions de compte durant le second semestre 2017."

Une façon d'affirmer que la responsabilité du contenu illicite incombe aux géants de l'Internet. "Le rôle de l'OCLCTIC n'est pas déterminant mais il est symboliquement important, assure Alexandre Linden. La responsabilité du contrôle du contenu illicite incombe aux acteurs de l'Internet." Car la modération se heurte à deux défis : d'une part, une masse critique de contenus à passer en revue et d'autre part, une vitesse d'intervention déterminante. En mars, la Commission européenne a même incité les entreprises à supprimer du contenu dans l'heure suivant son signalement afin de limiter sa propagation sur Internet.

La CNIL dénonce un manque de moyens

Sous pression des autorités, les géants américains, comme Facebook, Google ou Twitter, mobilisent des moyens humains et techniques pour détecter automatiquement des contenus litigieux grâce à l'intelligence artificielle. Par exemple, Facebook double ses effectifs pour obtenir une équipe de 20.000 salariés uniquement dédiée à la sécurité du réseau social d'ici fin 2018.

Au sein de la CNIL, le traitement des demandes et de retraits est gérée par une dizaine d'agents qui se sont portés volontaires, en plus de leur activité. C'est insuffisant, explique l'organisme, qui demande au gouvernement "un renforcement des moyens humains" - une demande déjà formulée en 2016 et en 2017.

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Commentaires
a écrit le 30/05/2018 à 18:32 :
des retraits de message sans poursuite judiciaires ou administratives avec amendes ou sursis ou prise en charge ( cadre) psychologique ne peuvent pas être complètement efficace au niveau de la «  sécurité » général.

la violence est un comportement (!)

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