Spin-Ion Technologies développe la mémoire du futur

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(Crédits : Frédéric Thual)
Créée en 2017, grand prix du concours i-Lab en 2019, la start-up co-fondée par Dafiné Ravelosona, directeur de recherche au CNRS et inventeur de la technologie et trois autres associés, a développé un procédé de fabrication révolutionnaire qui décuple la densité de stockage des mémoires numériques et réduit leur consommation électrique. Le tout dans un souci d'éco-responsabilité.

Cela fait dix ans - « non, 20 ans », corrige-t-il - que Dafiné Ravelosona travaille sur le développement des MRAM (pour Magnetic Random Access Memory). Chercheur au CNRS, directeur adjoint du C2N (Centre de Nanosciences et Nanotechnologies, un laboratoire commun entre le CNRS et l'université Paris-Saclay), il a coordonné plusieurs projets internationaux avec des industriels et des laboratoires leaders dans le domaine de la spintronique. Cette électronique exploite à la fois la charge et le spin des électrons. Elle offre aujourd'hui de nouvelles pistes pour révolutionner le futur des technologies de l'information. Pas étonnant dans ces conditions que son dernier projet entrepreneurial, lancé en 2017, s'appelle Spin-Ion Technologies ! « La recherche sur le procédé menée depuis 15 ans au sein du C2N est assortie de trois brevets et nous donne un savoir-faire unique au monde », déclare Dafiné Ravelosona.

Un mentor de choc

En augmentant la densité de stockage des matériaux magnétiques, cette rupture technologique pourrait accélérer le développement d'un énorme marché de plusieurs dizaines de milliard de dollars, celui de la mémoire du futur - la MRAM - une mémoire économe qui a le potentiel de remplacer toutes les mémoires existantes. D'où l'idée de lancer une société, co-fondée par Dafiné Ravelosona et trois autres associés aux profils plus business, avec une licence exclusive du CNRS, pour exploiter le brevet et commercialiser cette technologie.
« Nous percevons déjà un fort intérêt des industriels du secteur », indique le chercheur/entrepreneur. Les enjeux sont en effet énormes, puisque l'explosion du marché des objets connectés, de l'Intelligence artificiel et du cloud, impose le développement de nouvelles mémoires, plus rapides, plus denses et surtout qui consomment moins pour stocker les milliards de données générées. D'ailleurs, « lors de la remise des prix du concours I-Lab, en juillet dernier, Ludovic Le Moan, co-fondateur et dirigeant de Sigfox, une société spécialisée dans l'Internet des Objets, a proposé d'être notre mentor ! », se souvient Dafiné Ravelosona. Le grand prix est bluffé et ravi. « Nous l'aurions choisi aussi ! », s'enthousiasme-t-il.

Enjeux environnementaux

Mais les enjeux technologiques et de marché ne sont pas les seuls. « Actuellement, l'écosystème digital et en particulier les data centers sont responsables de 15 % de la consommation d'électricité mondiale, pointe Dafiné Ravelosona, il y a donc des enjeux énergétiques énormes. Or en augmentant la capacité de stockage des MRAMs, on réduit l'empreinte écologique des technologies digitales. « Les enjeux climatiques sont très importants pour nous », conclut le scientifique, docteur de l'université de Jussieu, qui a également participé au programme Challenge+ (start-up innovation) d'HEC, en 2011-2012.

Tout aussi importants sont les efforts à consentir pour opérer la transition entre la découverte en laboratoire et la mise sur le marché. « J'ai travaillé en 2004 et 2005 dans le centre de recherche d'IBM Almaden, dans la Silicon Valley, et c'est là que j'ai pris conscience du chemin à parcourir », dit-il. En 2012, d'ailleurs, il lance une première start-up. « Une expérience enrichissante, mais arrivée trop tôt », poursuit-il sobrement. Le programme d'HEC sur l'entrepreneuriat l'a toutefois motivé pour en lancer une deuxième. Il a appris à constituer l'équipe - pour Spin-Ion Technologies, le processus a mis deux ans -, à construire des partenariats avec des industriels, à évangéliser. « La France offre de nombreuses aides, dit-il, mais le concours I-Lab a constitué une forte reconnaissance auprès du monde académique comme industriel. Sans oublier les investisseurs. C'est très précieux pour déclencher les levées de fonds ». De fait, le dossier pour le concours I-Lab, extrêmement exigeant, est « un double gage de sécurité pour les financeurs : notre plan stratégique a été validé par les experts d'i-Lab et l'État a pris le risque d'apporter son soutien financier. C'est un levier de négociation très important », résume-t-il. Les fonds versés par le ministère de l'Enseignement supérieur, la Recherche et l'Innovation serviront aussi bien à financer la R&D qu'à effectuer des premiers recrutements - un ingénieur en procédés et deux étudiants en doctorat. « Et nous sommes en discussion avec des investisseurs pour lever des fonds à la fin de l'année 2020 », précise-t-il.

Devenir le standard industriel

Basée à Palaiseau, au sein du Centre de Nanosciences et Nanotechnologies - « ce qui nous permet de travailler dans l'une des plus grandes salles blanches académiques d'Europe », dit-il - la start-up deeptech bénéficie d'un environnement R&D inégalé. Et ses ambitions sont à la mesure de la rupture technologique engagée. « Nous voulons, dans cinq ans, être un standard industriel pour les fabricants de mémoire », annonce tranquillement Dafiné Ravelosona. La technologie de Spin-Ion aura ainsi été transférée sur les lignes de production des fabricants de mémoires, partout dans le monde. « Et dans dix ans, nous aurons accéléré la transition énergétique, avec des mémoires qui stockent plus et qui sont plus économes en énergie. Nous voulons tracer le chemin éco-responsable de la transition numérique », conclut-il. Une responsabilité sociétale que les chercheurs/entrepreneurs de Spin-Ion veulent aussi conjuguer au féminin, en recrutant des ingénieures. Et déjà, c'est Corina Numbela, elle-même entrepreneure et co-fondatrice, qui est chief operating officer de la jeune pousse.

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