Deutsche Telekom aboie contre une séparation de BT

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Deutsche Telekom est arrivé récemment au capital de BT, à l’occasion de la vente de l’opérateur mobile EE en 2015, jusqu’alors codétenu avec Orange.
Deutsche Telekom est arrivé récemment au capital de BT, à l’occasion de la vente de l’opérateur mobile EE en 2015, jusqu’alors codétenu avec Orange. (Crédits : © Phil Noble / Reuters)
Premier actionnaire de BT, l’opérateur historique allemand est furieux de la volonté de l’Ofcom, le régulateur britannique des télécoms, de forcer BT à faire d’Openreach, sa filiale dédiée au réseau fixe, une entité juridique distincte.

La pilule ne passe pas du tout. Dans une lettre à l'Ofcom, le régulateur britannique des télécoms, Deutsche Telekom s'en prend vivement à son projet de faire d'Openreach, la filiale réseau de BT, une entité juridique distincte. Pour l'opérateur historique allemand, premier actionnaire de BT à hauteur de 12% du capital, cette manœuvre est, tout simplement, une hérésie.

Dans sa lettre, Deutsche Telecom se dit « particulièrement inquiet » de cette décision « extrême » et potentiellement « coûteuse » de l'Ofcom. Pour l'opérateur, l'initiative est « injustifiée, sans précédent, et pourrait conduire à des résultats nuisibles non seulement pour BT, mais à tout le secteur des communications, et plus largement à toute l'économie britannique ». A en croire Deutsche Telekom, si ces propositions étaient mises en œuvres, cela plomberait les investissements étrangers outre-Manche dans les télécoms et les nouvelles technologies.

Menace de pratiques anticoncurrentielles

Pour justifier son initiative, l'Ofcom évoque la menace de pratiques anti-concurrentielles, via, notamment, des factures trop élevées. De fait, Openreach vend des capacités en gros dans l'Internet fixe aux autres opérateurs comme Talk Talk ou Vodafone, qui sont des rivaux directs de BT. En outre, le régulateur estime que si Openreach ne se consacre plus qu'au déploiement des infrastructures télécoms, cela permettra de donner un coup de fouet aux investissements dans le très haut débit - un domaine où la Grande-Bretagne est très en retard.

Aux yeux de Deutsche Telekom, ces craintes ne sont pas fondées. « Où sont les études indiquant une défaillance du marché ou des cas concrets de discrimination de la part de BT à l'égard de ses concurrents ? Où est la preuve que les propositions [voulues par l'Ofcom, Ndlr] conduiraient à plus d'investissements et à de meilleurs résultats [plus de débit à des prix meilleur marché, Ndlr] pour les consommateurs? », s'interroge l'opérateur. Deutsche Telekom s'en prend ensuite à ses rivaux, dont Vodafone. Le géant allemand juge que leur militantisme auprès de l'Ofcom pour scinder BT en deux est scandaleux au regard de leur manque de volonté d'investir.

Quid des ambitions de Deutsche Telekom ?

En tant que premier actionnaire de BT, on comprend que Deutsche Telekom se montre aussi frileux devant les desiderata de l'Ofcom. D'autant qu'outre-Manche, on prête à l'opérateur allemand la volonté de grimper encore au capital de l'opérateur britannique pour en prendre totalement le pouvoir. Avec l'objectif, à terme, de donner naissance au premier « grand opérateur paneuropéen, capable de rivaliser avec les géants américains AT&T et Verizon », écrit le Financial Times.

Deutsche Telekom est arrivé récemment au capital de BT, à l'occasion de la vente de l'opérateur mobile EE en 2015, jusqu'alors codétenu avec Orange. En plus d'un gros chèque, le numéro un français des télécoms a d'ailleurs lui aussi pris une petite part dans BT, à hauteur de 4%. Lors de la transaction, Deutsche Telekom s'est engagé à ne pas augmenter sa participation au-delà de 15% pendant 3 ans. Ce qui signifie qu'il devra atteindre 2019 pour accroître son emprise, s'il le souhaite. Toutefois, l'opérateur allemand pourrait bien revoir ses ambitions à la baisse sur les terres de Sa Majesté si l'Ofcom arrive à ses fins. D'autant que dans le contexte du Brexit, la régulation britannique des télécoms est amenée à être modifiée. D'après l'agence Reuters, Deutsche Telekom envisage aujourd'hui de revendre ses parts. Mais l'opérateur attend d'en savoir plus sur les conditions du divorce entre Londres et l'UE pour prendre une décision.

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