FAR, l'incubateur qui veut concilier culture et business, ouvre ses portes

 |   |  997  mots
Dans son bâtiment de 2.600 mètres carrés, la pépinière d'entreprises FAR dispose de 4 studios son et vidéo, d'un espace réservé au storytelling et aux résidences d'artistes, d'un espace showroom, de 10 salles de réunion et de bureaux à la carte - postes de travail flexibles, attitrés ou privatifs.
Dans son bâtiment de 2.600 mètres carrés, la pépinière d'entreprises FAR dispose de 4 studios son et vidéo, d'un espace réservé au storytelling et aux résidences d'artistes, d'un espace showroom, de 10 salles de réunion et de bureaux à la carte - postes de travail flexibles, attitrés ou privatifs. (Crédits : Far)
L'incubateur FAR, qui ouvre ses portes jeudi 24 mai à Paris, va accompagner 250 entrepreneurs culturels. Startups, associations ou encore artistes... Tous cherchent à concilier viabilité économique et création artistique. Au-delà des formations spécifiques, comme la réalité virtuelle, la pépinière propose un accompagnement transversal pour les démarches administratives et financières propres à l'univers de la culture.

L'entrepreneur culturel n'est pas un startupper comme un autre. C'est avec ce constat que l'incubateur FAR ouvrira ses portes jeudi 24 mai dans le XIe arrondissement de Paris. Entre les cartons encore emballés et l'odeur de peinture fraîche, Alexandre Lourié, directeur général du groupe SOS Culture à l'origine de ce projet, regrette :

« Aujourd'hui, il y a trop peu d'endroits pour accompagner les entreprises culturelles. Je vais même plus loin : on nous renvoie parfois en pleine tête "industrie culturelle" comme un gros mot. C'est invraisemblable ! Ces tabous empêchent énormément de projets culturels de voir le jour. C'est pourquoi nous voulons organiser une expertise à 360°. »

Loin d'être novice en accompagnement, le Groupe SOS est également à la tête de l'incubateur Créatis (Paris), dédié lui aussi à l'entrepreneuriat culturel depuis 2012, et de l'incubateur Commune Image (Saint-Ouen), premier accélérateur d'Europe spécialisé dans la création en réalité virtuelle depuis novembre 2017.

250 entrepreneurs culturels, associations et artistes

Dans son bâtiment de 2.600 mètres carrés, FAR vise à accueillir 250 entrepreneurs, soit une petite centaine de projets, dès l'inauguration. Après dix mois de travaux, la pépinière dispose de 4 studios son et vidéo, d'un espace réservé au storytelling et aux résidences d'artistes, d'un espace showroom, de 10 salles de réunion et de bureaux à la carte - postes de travail flexibles, attitrés ou privatifs. Le Groupe SOS a mobilisé 20 millions d'euros pour la création de FAR.

Deux types de profils d'incubés se dégagent chez FAR. D'un côté, des startups en amorçage, comme Pims, spécialisée dans la billetterie, ou le site de podcasts Binge Audio. Une dizaine d'entreprises plus matures seront également présentes, telles que HarrisonParrott, spécialisée dans la production de musique classique, et La Fabrique de la Danse, incubateur pour chorégraphes. De l'autre côté, FAR accueille également « des artistes et des associations, n'ayant pas vocation à lever beaucoup de fonds mais à devenir une belle PME », revendique Alexandre Lourié.

Tester les innovations sur le terrain

Parmi les incubés, 150 proviennent de chez Créatis, principal partenaire et opérateur de FAR. En effet, Créatis proposera quatre programmes d'accompagnement d'une durée de 12 mois, en partenariat avec un acteur du secteur. Ainsi, l'accompagnement média est réalisé avec le ministère de la Culture, le programme réalité virtuelle est partenaire de Commune image, le "Made In France" est réalisé avec la manufacture solidaire Ici Montreuil. Enfin, l'accompagnement "Patrimoine" est réalisé avec l'incubateur du Patrimoine, lancé par le Centre des monuments nationaux en avril 2018.

Les entreprises culturelles pourront tester leurs innovations auprès du public. Une aide précieuse pour ces startups, qui manquent parfois de mise en situation.

« Par exemple, la deuxième partie du cycle patrimoine est consacrée aux expérimentations sur place, les mains dans le cambouis sur un des 100 sites du Centre des monuments nationaux. Cela permet de savoir si l'innovation est pertinente sur le terrain - que ce soit de la médiation culturelle, système d'information, billetterie... » détaille Alexandre Lourié.

Droits d'auteur, intermittence : besoin d'accompagnement administratif

En plus de ces programmes d'accompagnements, un "comptoir de service" permettra un suivi plus personnalisé. « Ce comptoir servira de guichet d'orientation. Beaucoup d'acteurs culturels se voient proposer un simple dossier de subvention alors qu'ils ont besoin de conseils », souligne Alexandre Lourié. Et de poursuivre :

« L'accompagnement de projet culturel est à part. Quand il y a des problématiques de contrats et de fiches de paie dans le champ culturel, il faut connaître la licence entrepreneur du spectacle, l'intermittence du spectacle, les bons taux de cotisation... Si l'entreprise travaille dans l'art contemporain, il faut connaître les assurances et les contrats de location d'œuvres, les contrats de droit d'auteur... »

Pour répondre à toutes ces problématiques, le comptoir sera géré avec six partenaires, dont Smart, coopérative spécialisée dans les démarches administratives pour les travailleurs indépendants, et Kiss Kiss Bank Bank, plateforme de crowdfunding. Le but ? Proposer un « pilier généraliste d'entrepreneuriat important : faire un business plan, connaître les bons statuts à adopter... Ce sont des sujets arides, et dans lesquels il y a une énorme carence dans le champ culturel. »

... et financier

Autre difficulté pour les entreprises culturelles : lever des fonds. Si certains secteurs sont pressentis comme porteurs, tels que la réalité virtuelle, ils n'en restent pas moins incertains aux yeux des investisseurs. « Il y a une carence énorme pour la levée de fonds en amorçage pour la culture. Pourtant, les entreprises culturelles ont un potentiel de réussite comme les autres », affirme Alexandre Lourié.

« C'est toujours un plaidoyer assez douloureux que de démontrer que les entrepreneurs culturels que nous accompagnons ne sont pas juste des saltimbanques rêveurs. Ce sont des chefs d'entreprises, qui créent une activité et des emplois pérennes. La culture représente 7 fois le poids de l'industrie automobile dans le PIB ! »

Lire aussi : La culture contribue sept fois plus au PIB que l'industrie automobile

Kiss Kiss Bank Bank pourra donc initier les startups au crowdfunding. Des partenaires comme l'Institut pour le financement du cinéma et des industries culturelles (IFCIC) fera aussi des sessions de formations pour les financements de projets en réalité virtuelle. Enfin, FAR organisera une fois par an des "pitch sessions" d'entreprises auprès de 80 investisseurs - « principalement des business angels et petits fonds », précise Alexandre Lourié. « Nous ne poussons pas les entreprises à lever le maximum de fonds, notamment parce que nous ne prenons aucune prise de participation. » Et de conclure :

« Nous avons un vrai souci de la viabilité des projets : nous voulons aider les startups culturelles à trouver leur futur modèle économique pour ne pas se cramer par les deux bouts. Certaines d'entre elles ont juste vocation à devenir de belles PME, et pour nous c'est l'essentiel. Le but n'est pas de transformer tout le monde en licornes ! »

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :