FT120, Next40 : l'illusion de grandeur de la French Tech

Le gouvernement a lancé le label « Next40 » et le « French Tech 120 », nouveau programme piloté par la Mission French Tech pour valoriser les « scale-up » françaises, qui ont pourtant encore beaucoup à accomplir.
Sylvain Rolland

3 mn

(Crédits : DR)

On connaissait le CAC 40 et le SBF120, deux indices prestigieux qui désignent les champions français cotés en Bourse. Place désormais au Next40 et au FT120, leurs équivalents pour la tech. Enfin presque. Annoncés en grande pompe par Emmanuel Macron à la veille du France Digitale Day, qui s'est tenu le 18 septembre, ces deux labels sont surtout symboliques. « Ils actent l'idée que les startups sont l'économie de demain. Les entreprises du Next40 vont créer à elles seules 25000 emplois dans les deux prochaines années, ce n'est pas rien », justifie Kat Borlongan, la directrice de la Mission French Tech.

Le Next40, un catalogue du "meilleur" de la French Tech

Alors que le chef de l'État a fixé l'objectif de « 25 licornes en 2025 », le gouvernement s'attaque à la dernière faiblesse de la tech française : le growth, c'est-à-dire l'hyper-croissance des startups, synonyme de levées de fonds de plus de 50 ou 100 millions d'euros, de recrutements massifs et d'internationalisation. Pour le financement, Emmanuel Macron a annoncé 5 milliards d'euros supplémentaires injectés par les assureurs et les banquiers.

Pour le reste, la Mission French se met en ordre de marche derrière les scale-up. Le Next40 se conçoit ainsi comme un catalogue du meilleur de la French Tech. L'indice sera mis à jour trois fois par an pour propulser, en France et à l'international, les quarante plus grands succès français. Les critères : avoir levé des fonds ces trois dernières années, afficher un taux de croissance supérieur à 30 % par an sur les trois derniers exercices, et un chiffre d'affaires d'au moins 5 millions d'euros sur la dernière année (voir ci-dessous).

Pour le FT120, le chiffre d'affaires minimal tombe à 3 millions d'euros. La liste des 80 startups restantes (car le Next40 est inclus dans le FT120) sera dévoilée en fin d'année. En plus de pouvoir communiquer sur le label, les heureux élus du FT120 bénéficieront d'un programme d'accompagnement sur-mesure. L'objectif : faciliter leur relation avec les services publics.

Ainsi, 45 postes de « correspondants French Tech » ont été désignés dans chaque administration, ministère ou organisme public. Besoin d'une étude de marché pour s'implanter en Asie du Sud-Est ? Business France s'en occupe. Aide pour les visas, suivi du dossier Ursaff, accompagnement pour l'introduction en Bourse sur Euronext... « L'idée est de lever tous les freins et de garantir une réponse rapide car l'hyper-croissance est aussi une course contre la montre », résume Kat Borlongan.

Des critères contestables pour des champions fragiles

Si l'utilité du programme paraît évidente, les labels, eux, révèlent malgré eux l'ampleur du chemin à parcourir. « Le fait d'accorder autant d'importance aux fonds levés et d'être si peu regardant sur le chiffre d'affaires, donne une image faussée de ce que devrait être une startup. », regrette Charles Degand, le cofondateur d'AngelSquare, une communauté d'investisseurs spécialisés dans l'amorçage. Effectivement, un chiffre d'affaires de 3 ou 5 millions d'euros correspond à la performance d'une petite PME... Très loin, donc, du CAC40 et du SBF120.

En voulant mettre en avant le plus beaux succès de la French Tech, le Next40 souligne paradoxalement à quel point cet écosystème est encore fragile. « Macron a fixé un objectif de 25 licornes en 2025, mais un groupe valorisé un milliard de dollars ce n'est pas énorme », ajoute Matthieu Lattes, general partner du fonds américain White Star Capital. « Un leader mondial, ça vaut 100 milliards. Les leaders dans la tech, les Gafam, tutoient les 1 000 milliards », rappelle-t-il. Les sept licornes françaises, intégrées d'office au Next40 valorisent à elles sept moins de 9 milliards d'euros, et montrent donc la voie à suivre aux plus petits, mais le chemin reste très long, même pour elles.

Sylvain Rolland

3 mn

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Commentaire 1
à écrit le 01/10/2019 à 23:13
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Espérons que ce ne sera pas qu'une illusion, sinon adieu aux mds d'euros investis qui se seront évaporé et au maintien du niveau de vie futur, bjr alors à l'appauvrissement généralisé et à son lot d'inégalités difficilement supportable.

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