«Cloud» à la française : Fleur Pellerin justifie les deux projets concurrents

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La ministre déléguée à l'Economie numérique est venue défendre le choix de l'Etat d'investir dans les deux projets rivaux de centrales numériques de confiance, Cloudwatt, d'Orange et Thalès, et Numergy, de SFR et Bull. Les autres acteurs du secteur pestent contre cette concurrence qu'ils jugent déloyale.

Avec près d'un mois de retard sur son concurrent Numergy, porté par SFR et Bull, Cloudwatt, la société commune de «cloud computing» d'Orange et Thalès (surnommé Andromède initialement), a officiellement présenté ce mercredi son équipe et ses ambitions dans «l'informatique en nuage» (stockage à distance, ressources informatiques à la demande). La ministre déléguée à l'Economie numérique, Fleur Pellerin, est venue saluer ce lancement et justifier l'intervention de l'Etat, qui a investi, dans le cadre des investissements d'avenir, via la Caisse des Dépôts, 75 millions d'euros dans chacun des deux projets concurrents de «cloud» à la française, invoquant l'objectif de «restaurer la souveraineté numérique de la France», alors que les deux tiers du parc de serveurs dans le monde se trouvent en Amérique du Nord. «Le gouvernement a décidé de soutenir deux projets «cloud» de taille critique face à la concurrence nord-américaine. La volonté de l'Etat est de privilégier l'effet de levier plutôt que la concentration des efforts sur un seul projet. L'émulation ne peut apporter que des bénéfices. Cela permet aussi de partager le risque financier sur deux projets», a fait valoir la ministre.

 

Deux projets comme locomotives de l'écosystème français du «cloud»
Répondant indirectement aux critiques de certains acteurs établis du secteur qui ont dénoncé la «concurrence déloyale» de ces «clouds» souverains créés avec le soutien de l'Etat, tels que les hébergeurs Ikoula et Gandi ou le fournisseur de services Cheops Technology, ou même IBM, Fleur Pellerin a plaidé que «ces deux projets doivent être les locomotives pour l'écosystème du «cloud» , en particulier les acteurs du logiciel à la demande (SaaS). L'ambition du gouvernement dans le «cloud» ne s'arrêtera pas au soutien de ces projets, les PME ont un rôle majeur à jouer.» La ministre a ajouté que «l'important, c'est la différenciation des projets par rapport aux offres existantes. Aujourd'hui, il n'existe pas d'offres d'infrastructures cloud à la demande (IaaS)», c'est-à-dire pour le stockage. «En France, le cloud c'est déjà un marché de 2,8 milliards d'euros en 2012, en croissance annuelle de 35%. Ce n'est pas un virage technologique mais une opportunité», considère la ministre. De son côté, le patron de Cloudwatt, Patrick Starck, ancien de HP, Compaq et CA Technologies, affirme que sa société n'est «pas un hébergeur, ni un «outsourceur», car nous avons la conviction que ce métier sera amené à disparaître», et souligne qu'il travaille en partenariat avec des entreprises innovantes (Ysance, eNovance, Linagora, etc).

 

Des offres standards et «lowcost» chez Cloudwatt
Le patron de cette «start-up atypique, bien dotée en capital» (à savoir 225 millions d'euros dont 44,4% venant d'Orange, 33,3% de la CDC et 22,2% de Thalès), vise un chiffre d'affaires de 500 millions d'euros dans cinq ans et la création de 300 à 500 emplois directs, quand Philippe Tavernier, le directeur général de Numergy (225 millions de capital également, détenu à 47% par SFR, à 33% par la CDC et à 20% par Bull). Interrogé sur la concurrence de cet autre «nuage» souverain, le patron de Cloudwatt a botté en touche: «il faut sortir des guerres picrocholines. La bataille est mondiale, face à des géants tels qu'Amazon qui a créé ce marché. Le premier succès sera d'adresser ce marché à la volumétrie importante à l'échelle européenne.» Cloudwatt ambitionne en effet de devenir «un des leaders européens du cloud» en produisant des services standards de stockage et de puissance de calcul «prêts à utiliser» pour les grandes entreprises, les PME/TPE et le secteur public. Les offres, facturées à la consommation, sans abonnement, seront «low-cost, ce qui ne veut pas dire de mauvaise qualité, sur un marché de masse, il faut être au juste coût». Mais elles ne seront dévoilées qu'en novembre et disponibles en décembre, alors que Numergy a déjà communiqué sa gamme de solutions de serveurs virtuels. Le stockage des données proposé par Cloudwatt sera localisé dans le tout nouveau data center de 5.000 m2 de son actionnaire, fournisseur et client Orange qui sera bientôt inauguré à Val-de-Reuil dans l'Eure. La division Entreprises d'Orange (OBS) et Thalès proposeront chacun à leurs clients leurs propres offres «cloudwatt inside» à plus forte valeur ajoutée.

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Commentaires
a écrit le 17/02/2013 à 13:03 :
Encore une fois, l'argent est disponible pour certains projets privés d'amis tandis qu'on nous affirme que les caisses sont vides.
150 millions d'euros avec nos impôts et en plus l'accès à ces clouds sera payant , bravo ...
A quand une vraie cours des comptes en France
a écrit le 16/01/2013 à 10:05 :
Le cloud en France existe déjà.

http://www.ovh.fr/hubiC/ en payant
http://vosdocs.fr/ en gratuit
a écrit le 03/10/2012 à 15:37 :
Amazon a des API's, pas que des serveurs virtuels. Ou sont les API's chez les Francais?
L'impression qu'on a c'est qu'on a depense 2*75MEur pour des data centers... ou est l'Innovation la dedans?
Réponse de le 03/10/2012 à 18:42 :
Notre offre dispose d'une API permettant de créer des serveurs (IaaS) ou des instances (PaaS) à la demande depuis quelques mois déjà.
a écrit le 03/10/2012 à 13:53 :
De quoi je me me mele? Partout dans le monde le Cloud est une entreprise PRIVEE!!
Réponse de le 03/10/2012 à 14:35 :
Oui, mais on est en France...
Mais, c'est vrai que c'est limite vis à vis des lois anti-concurrence, que l'état investisse dans un secteur déjà actif avec des opérateurs privés qui respectaient les critères de centres d'hébergement et de stockage de données en France.
Il va y avoir du sport à Bruxelles...
a écrit le 03/10/2012 à 11:25 :
J'ai un peu de mal à voir la différentiation dont parlerait Fleur Pellerin selon votre article.

L'IaaS est fourni déjà par la majorité des acteurs, que ce soit Amazon ou des nouveaux entrants comme Microsoft Azure ou Google.
Comment comptent-ils faire pour les PME jouent un rôle?

Les Azure ou Google eux viennent activement démarcher les start-ups - et quand la PME est encore petite c'est certainement le moment de venir prendre position pour ensuite grandir avec.
a écrit le 03/10/2012 à 8:00 :
En tous cas l'hébergeur Français OVH à très bien ciblé sa nouvelle offre ADSL Pro et son HubIC prometteur correspondant aux besoins de beaucoup de petites structures.
a écrit le 03/10/2012 à 6:45 :
le cloud est un nouveau poison!je préfère rester maitre de mes contenus et programmes chez moi
Réponse de le 03/10/2012 à 12:57 :
Mais non, mais non. C'est juste une nouvelle "mode" informatique (qui se rapproche d'ailleurs étonnamment de celle des "mainframe" ... des années 60 !), pensée d'abord pour les constructeurs informatique, FAI, etc ... et pas dans l'intérêt des utilisateurs, et sur laquelle on reviendra bientôt après quelques beaux accidents et piratages ! [Ah ben oui, si jamais vous perdez la connexion, avec le Cloud, ... vous n'avez plus qu'une boite vide en face de vous !!].
Réponse de le 03/10/2012 à 14:25 :
@Photoscope,
Vous avez du resté bloqué dans les années 60, ou plutôt 70 dirons nous :) :)
Le Cloud c'est un service d'infogérence, tout simplement, avec plusieurs niveaux de service et d'automatisation qui different selon les fournisseurs.
Quant a la perte de reseau, nous sommes d'accord, mais c'est exactement la meme chose si vous avez une perte de reseau entre vos utilisateurs et votre propre datacenter. Donc je ne vois pas bien ou cela pose probleme.
Maintenant une offre d'infogérence Cloud coute moins cher qu'une offre traditionnelle. Une des raisons est la mutualisation de ressources, de process et d'equipements. Et la, oui, un problème peu engendrer des indisponibilités sur l'ensemble des plateformes. Mais il faut savoir ce que l'on veut : payer moins cher ou éliminer tous les risques ? Si vous voulez le beurre et l'argent du beurre, vous serez déçus. Maintenant a vous de qualifier votre besoin et de choisir une solution en conséquence.
Réponse de le 03/10/2012 à 14:29 :
@Dédé,

Non c'est une offre d'infogérence intégrant de la mutualisation et des processus d'automatisation plus poussées que ce qu'ils étaient dans l'infogérence traditionnelle.
Cette solution réponds à des besoins, mais pas à tous les besoins c'est certain.
Dire que c'est un poison est pure provocation. Dire que cela ne corresponds pas à votre besoin serait plus juste.
Ceci dit quand on ne conanit, on rejète, c'est humain. Ensuite quand on connait, on est capable d'évaluer les risques et de décider si cette solutione est adapatée ou non son propre cas.
a écrit le 02/10/2012 à 21:29 :
Création d'emplois en France ? Des managers dont on ne sait pas à quoi ils servent, oui, certainement.
Mais toutes les équipes opérations, 24/24, travailleront à distance depuis les pays de l'est, l'Inde ou encore Maghreb.
Faut pas croire que toutes les petites mains, c'est à dire l'emploi de masse, sera français.

Fleur Pellerin, c'est cette dame qui voulait mettre Facebook en prison ? S'est elle au moins excusée après son cuidant revers infligé par la CNIL ?

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