A rebours des États-Unis, la Chine appelle à un « consensus urgent » pour réguler l'IA

Le Premier ministre chinois,
Xihao Jiang

Le Premier ministre chinois,
Xihao Jiang
Les États-Unis dominent l'intelligence artificielle de la tête et des épaules grâce aux big tech et aux start-up leaders telles que OpenAI (ChatGPT), mais ils sont plus que jamais isolés sur le plan international. Lors de l'ouverture, samedi, de la Conférence mondiale sur l'intelligence artificielle (WAIC), à Shanghai, le Premier ministre chinois, Li Qiang, s'est plutôt aligné sur les positions européennes en appelant à un consensus mondial sur la gouvernance de la technologie, et à la prise en compte de ses risques. Il a notamment annoncé la création d'un organisme, lancé par la Chine, destiné à stimuler la coopération internationale en matière d'IA. « Les risques et les défis liés à l'intelligence artificielle suscitent une attention généralisée. Trouver un équilibre entre développement et sécurité exige un consensus urgent plus large de la part de l'ensemble de la société », a-t-il souligné.
Dans la bataille mondiale féroce autour de l'intelligence artificielle, dans laquelle les Etats-Unis et la Chine jouent les premiers rôles, la Chine tente de s'imposer en contre-modèle face à l'impérialisme technologique américain. Donald Trump compte en effet s'appuyer sur la supériorité technologique américaine et la dépendance des acteurs étrangers, notamment européens, à ses technologies cloud et au fabricant de puces avancées Nvidia, pour imposer ses outils d'IA partout dans le monde.
Le tout en ignorant la coopération internationale en matière de régulation, perçue comme un frein pour les leaders actuels américains du marché, et en imposant ses propres biais idéologiques. Lors de la présentation, cette semaine, de son plan d'action sur l'IA, le président américain a lancé une purge sur les données du web contraires à son idéologie, en appelant les modèles d'IA à épurer les données sur l'origine humaine du réchauffement climatique, qui fait pourtant l'objet d'un consensus scientifique mondial, ou sur les inégalités. « Nous ne laisserons aucune autre nation nous battre dans la course à l'IA », a ainsi déclaré Donald Trump.
Dans ce contexte, la Chine, pourtant pas une démocratie, voit dans la radicalité américaine qui piétine la coopération internationale et en particulier le droit européen, une opportunité pour gagner en soft power et faire sortir ses IA de son pays. « Si nous instaurons des monopoles technologiques, des contrôles ou des barrières, l'intelligence artificielle risque de devenir la chasse gardée d'un petit nombre de pays et d'entreprises », a mis en garde Li Qiang.
Ainsi, la Chine « encourage activement » le développement de l'IA open source, et est disposée à partager ses avancées technologiques avec d'autres pays, notamment ceux en développement, a insisté le Premier ministre chinois. Les programmes en open source permettent l'accès à leur code informatique et autorisent les chercheurs à les réutiliser, ce qui leur permet de continuer à le développer au fur et à mesure. « Ce n'est qu'en défendant l'ouverture, le partage et l'équité dans l'accès à l'intelligence que nous pourrons permettre à un plus grand nombre de pays et de communautés d'en bénéficier », a-t-il souligné.
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De son côté, la Chine a fait de l'IA un pilier de ses plans pour l'autonomie technologique, avec une série de mesures gouvernementales pour soutenir ce secteur. Ses investissements dans l'IA sont gardés secrets, mais d'après de nombreux experts le pays investirait en masse depuis une dizaine d'années pour développer ses propres infrastructures et financer sa recherche. La Chine a notamment surpris le monde entier en début d'année en lançant DeepSeek, un modèle open source rivalisant avec ChatGPT et les meilleurs outils américains.
En revanche, le Premier ministre a également regretté « la pénurie de puces et de capacités de calcul » parmi une liste d'obstacles au développement du secteur. Les Etats-Unis ont intensifié depuis fin 2022 leurs initiatives pour restreindre les exportations de puces de pointe vers la Chine, interdisant même à Nvidia de vendre à lui vendre ses puces les plus performantes, par crainte qu'elles ne servent à moderniser l'armée chinoise et donc affaiblir la position américaine dans la course technologique. Mais un véritable marché noir de puces Nvidia s'est mis en place, avec des soupçons d'une contrebande via des pays asiatiques tiers, notamment pour le développement du phénomène DeepSeek, vendu comme frugal en ressources alors qu'il aurait bénéficié, selon une enquête en cours de la justice américaine, de puces de dernière génération auxquelles la Chine n'aurait pas dû avoir accès.
Quoi qu'il en soit, la position de la Chine sur une nécessaire coopération mondiale sur l'IA qui inclut la gestion de ses risques, est plutôt consensuelle dans le monde à l'exception des Etats-Unis, et également parmi les experts de la technologie. Dans un message vidéo diffusé samedi, le secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres, a estimé que la gouvernance de l'IA constituerait « un test décisif pour la coopération internationale ».
De son côté, le prix Nobel de physique Geoffrey Hinton, lors d'un discours samedi lors de la conférence de Shanghai, a usé d'une métaphore pour décrire la situation mondiale actuelle. Selon lui, l'attitude de la planète envers l'IA aujourd'hui est comme celle d'une « personne qui adopterait un adorable bébé tigre comme animal de compagnie ». « Pour survivre », il faut s'assurer de pouvoir le dresser à ne pas vous tuer lorsqu'il deviendra adulte, a-t-il souligné.
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Lors du sommet de Paris sur l'intelligence artificielle en février, 58 pays, dont la Chine, la France et l'Inde (les co-organisateurs), ainsi que l'Union européenne et la Commission de l'Union africaine, s'étaient prononcés pour une coordination renforcée de la gouvernance du secteur. Et Anne Bouverot, l'envoyée spéciale du président français Emmanuel Macron au sommet de Paris, a souligné samedi à Shanghai dans son allocution le « besoin urgent » d'une action mondiale.