Concurrence: Microsoft visé par une nouvelle enquête aux États-Unis
latribune.fr
latribune.fr
Microsoft est dans le viseur de la Federal Trade Commission (FTC), l'autorité américaine de la concurrence. L'agence a ouvert une enquête sur un potentiel abus de position dominante, a indiqué une source proche du dossier à l'agence de presse Reuters mercredi. Le groupe cofondé par Bill Gates est soupçonné de pratiques anti-concurrentielles liées à sa division de cloud computing (informatique dématérialisée), baptisé Azure.
Concrètement, le géant américain est accusé d'imposer à ses clients des conditions de licence « punitives ». L'objectif derrière serait de les empêcher de transférer leurs données de son service cloud vers d'autres plateformes concurrentes. Des enquêteurs de la FTC doivent rencontrer des concurrents la semaine prochaine afin de recueillir de nouvelles informations, selon l'agence Bloomberg. Microsoft n'a pas souhaité faire de commentaire pour l'heure. Et la FTC n'a pas répondu aux sollicitations de Reuters dans l'immédiat.
Ce n'est pas la première fois que Microsoft est pointé du doigt concernant ses pratiques autour de sa plateforme Azure. Fin septembre, son confrère et concurrent Google a même déposé plainte contre lui à ce sujet devant la Commission européenne.
D'après Google, « les conditions de licence logicielle de Microsoft empêchent les organisations européennes de déplacer leurs charges de travail actuelles d'Azure vers des cloud concurrents », a-t-il appuyé dans un communiqué. En pratique, les entreprises qui disposent du logiciel d'exploitation Windows Server et qui souhaitent le faire fonctionner sur une autre plateforme dématérialisée que celle de Microsoft doivent faire face à des coûts exorbitants. Ces derniers peuvent atteindre une majoration de prix de 400%, couplée à une « limitation des correctifs de sécurité », selon Google.
Cette enquête contre Microsoft lancée outre-Atlantique illustre en tout cas le changement de cap opéré depuis plusieurs mois par les autorités américaines de la concurrence contre les grandes entreprises technologiques. La FTC et le ministère de la Justice les avaient laissées en paix pendant plus d'une décennie. Mais veulent désormais tenter d'intervenir face à la multiplication des pratiques anticoncurrentielles qui, selon elles, empêchent d'éventuels concurrents d'émerger et nuisent aux consommateurs.
Chaque jour à 13h, l’essentiel de l’actualité tech.

Apple est par exemple accusé par la FTC d'abuser de sa position dominante dans le secteur des smartphones haut de gamme. De son côté, le ministère de la Justice veut que Google se sépare de Chrome, son navigateur internet, en raison de pratiques anticoncurrentielles dans sa gestion. Dans un dossier séparé, le ministère de la Justice poursuit également Google pour sa position dominante dans le secteur de la publicité numérique. Amazon et Meta (Facebook, Instagram) font, eux, l'objet de poursuites de la FTC.
Les élus américains, qui n'ont jusqu'à présent pas réussi à se mettre d'accord sur une réforme du droit de la concurrence à l'ère d'internet, applaudissent ces procédures. Mais de nombreux avocats et acteurs du monde des affaires estiment qu'elles sont motivées surtout par des considérations politiques. Et donc pour donner l'impression au public que l'administration est ferme face aux abus de pouvoir des titans technologiques.
Reste qu'aucun changement significatif n'est attendu rapidement aux États-Unis. Entre les enquêtes, les éventuels procès et inévitables appels, ces affaires pourraient durer jusqu'à une dizaine d'années. La première plainte, déposée en 2020 contre Google à propos de son moteur de recherche, pourrait déboucher sur une première décision dès la fin de cette année seulement.
A contrario, en Europe, les pays membres de l'Union européenne se sont accordés en mars 2022, sur une nouvelle législation pour mettre fin aux abus de position dominante des géants du numérique. Dans le cadre des nouvelles mesures de ce règlement sur les marchés numériques (DMA), devenues contraignantes en mars dernier, la Commission européenne a ouvert plusieurs procédures contre les géants de la tech, pouvant mener à des amendes.
À lire également
Ainsi, Google a déjà été sanctionné pour un total de plus de 8 milliards d'euros dans plusieurs dossiers antitrust. Amende déjà prononcée aussi contre Meta, de 798 millions d'euros, pour avoir enfreint les règles de concurrence en liant son service d'annonces publicitaires en ligne à son réseau social Facebook. Apple est quant à lui menacé d'une amende géante - 10% de son chiffre d'affaires mondial, soit 30 milliards d'euros sur la base de celui de l'an dernier - en raison de sa boutique d'applications App Store. Et ce ne serait que le début.
(Avec AFP)
latribune.fr