Ce que le CES 2018 révèle de l’état de l’art de l’innovation mondiale

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Comme tous les ans, c'est au CES de Las Vegas, véritable caverne d'Ali Baba de l'innovation, que se révèlent les tendances émergentes.
Comme tous les ans, c'est au CES de Las Vegas, véritable caverne d'Ali Baba de l'innovation, que se révèlent les tendances émergentes. (Crédits : Reuters)
Caverne d’Ali Baba de l’innovation, temple du solutionnisme technologique, laboratoire improbable d’idées géniales ou complètement farfelues… Comme chaque année, le CES 2018, qui s’est tenu du 9 au 12 janvier à Las Vegas, a dressé une photographie assez complète de l’état de l’art de l’innovation dans le monde. La Tribune y était, tout comme le consultant Olivier Ezratty, qui vient de sortir la nouvelle édition de son rapport référence sur le salon. Décryptage.

Il fallait presque se battre pour espérer l'approcher. Aibo, le robot-chien dévoilé en exclusivité au CES par le constructeur japonais Sony, a incontestablement été la sensation du plus grand salon technologique au monde. Nouvelle coqueluche d'Internet, l'androïde de compagnie a séduit les foules pour une raison simple : contrairement à la plupart des autres robots intelligents, Aibo est... incroyablement mignon. Ses petits jappements, ses frétillements de queue, sa capacité à aller chercher une balle ou à faire des câlins à ses propriétaires (qu'il reconnaît grâce à deux caméras et des capteurs cachées dans son museau), créent immédiatement l'empathie. Avec Aibo, Sony a réussi une petite prouesse : dissocier la robotique de la peur du Frankenstein, celle-là même qui a poussé Alphabet, la maison-mère de Google, à se débarrasser en 2017 de sa filiale Boston Robotics. Le géant ne voyait pas de marché pour ses robots certes spectaculaires, mais trop terrifiants.

Aibo n'est pas encore commercialisé. Mais son succès au CES va très certainement inspirer de nombreux autres constructeurs dans les mois à venir. Et peut-être ouvrir une nouvelle voie à la robotique grand-public, une tendance que l'on voit venir depuis des années mais qui tarde à se concrétiser. Comme tous les ans, c'est au CES, véritable caverne d'Ali Baba de l'innovation, que se révèlent les tendances émergentes. En l'occurrence, Aibo contribue à incarner celle de « l'IA émotionnelle » : « une multiplication de solutions à base de capteurs pour comprendre les émotions des utilisateurs », décrit le consultant Olivier Ezratty, qui y consacre une petite partie dans la 13è édition de son « Rapport du CES ». Publié le 29 janvier, l'ouvrage -400 pages cette année- décrypte en profondeur le salon pour établir en creux un état des lieux mondial de l'innovation dans tous les domaines.

« Le CES reste le meilleur salon sur les technologies que nous utilisons aujourd'hui et que nous adopterons demain. Il concentre le plus beau panel d'inventeurs du monde entier, des plus sérieux aux plus dingues, ainsi que l'ensemble de leur écosystème, des industriels aux distributeurs en passant par leurs futurs partenaires et clients. C'est le rendez-vous de l'ensemble de l'industrie du numérique au sens large et une formidable cartographie de l'évolution des technologies grand-public », explique-t-il.

De l'intelligence artificielle partout

Sans surprise, c'est l'intelligence artificielle qui s'impose comme la tendance phare du CES 2018. Ou plutôt, sa transversalité, c'est-à-dire sa capacité à s'insérer partout pour réinventer les usages, de l'univers des objets connectés au monde de l'automobile, en passant par la « smart city ».

Le CES 2018 s'est notamment transformé en champ de bataille entre les deux leaders de la commande vocale -l'outil qui démocratise le mieux l'IA pour le grand public- : Alexa d'Amazon et Google Assistant. Compatibles avec de très nombreux objets connectés crées par des startups ou des acteurs traditionnels, les assistants vocaux des deux géants californiens ont prouvé avoir imposé, d'après Olivier Erzatty, un « duopole d'agents conversationnels » qui relègue les autres acteurs (Siri d'Apple, Cortana de Microsoft, Bixby de Samsung...) au rang de figurants.

Dans les autres domaines de l'IA, la bataille est plus ouverte et les solutions innovantes fusent de partout. « L'avancée de la recherche permet à de nombreux acteurs de proposer des solutions enfin performantes de reconnaissance faciale, de reconnaissance d'images ou de traduction automatique », estime Oliviez Ezratty, qui cite l'exemple des smartphones (Apple, Honor, Huawei, Samsung...), des drones et des caméras de surveillance, tandis que l'américain Nvidia domine toujours la bataille des processeurs spécialisés dans l'IA.

De plus en plus d'objets connectés, de mobilité autonome et de smart city

Le développement de l'intelligence artificielle, de la connectivité et des solutions de « smart home » aboutit aussi sans surprise à une progression de la maturité du marché des objets connectés, qui se décline dans tous les domaines de la vie quotidienne : le sport, la santé, le fitness, le bien-être, les wearables (objets que l'on porte sur soi), ceux pour le sommeil, les enfants...

Par conséquent, « l'innovation a tendance à se calmer dans ce marché », note Olivier Ezratty, qui remarque que les offres tendent à se diffuser de plus en plus en mode « BtoBtoC », comme l'illustre la startup française Otodo, qui diffuse son offre d'objets connectés pour la maison via les opérateurs télécoms, tandis que le marché se consolide autour d'acteurs clés comme Somfy, Legrand ou encore Netatmo du côté des Français. « Les progrès des composants, de plus en plus miniaturisés et intégrés, rendent possible la notion de « energy harvesting », c'est-à-dire la récolte d'énergie ambiante pour alimenter les capteurs », remarque l'expert.

Les exposants ont aussi présenté de nombreuses solutions alimentant la course au véhicule connecté et autonome. Cette frénésie d'innovation annonce l'arrivée dans les prochaines années de la nouvelle génération de véhicules, qui seront d'abord connectés avant d'être autonomes. Nissan, avec son interface qui anticipe les intentions du conducteur pour améliorer la réactivité du véhicule, le Français Navya avec son taxi autonome, le Chinois Baidu avec sa plateforme logicielle open source Apollo, ou encore Byton, joint-venture de BMW qui a présenté une berline électrique autonome, sont quelques exemples de la capacité des constructeurs à se projeter dans une mobilité personnalisée, post-pétrole et intégrée dans la ville.

Justement, les solutions de smart city se sont diffusées sur l'ensemble du salon, même si le CES avait créé pour la première fois un espace dédié à la ville intelligente. Si ce périmètre s'étend de la gestion des transports aux infrastructures télécoms, en passant par la consommation et les économies d'énergie, l'éclairage public ou la sécurité, le rapport note que les solutions les plus intéressantes de smart city mettaient surtout l'accent sur la multi-modalité des transports. A l'image du constructeur Ford se positionnant davantage « comme un opérateur de plateforme et un partenaire d'opérateurs de services qu'un simple constructeur », notamment avec son service de livraison de colis, ou des startups, notamment françaises, imaginant des solutions de partage de parking (Parkmatch, Asaplace, Parkki) ou de véhicules (Free2move, Koolicar, Travelcar...).

L'informatique traditionnelle et les écrans continuent d'innover

Domaine « historique » du CES, l'informatique traditionnelle continue d'être présente et leur constructeurs d'innover. Même si le marché des ordinateurs personnels est en décroissance et reste dominé par une quintette d'acteurs (HP, Lenovo, Dell, Apple, Asus), l'évolution des processeurs Intel permet de créer des modèles de laptops et de 2-en-1 beaucoup plus autonomes. Du côté des ordinateurs de bureau, ce sont les PC de gamers (Thermaltake, InWin) et pour les créatifs qui concentrent l'innovation du secteur.

Le CES a également accueilli la prochaine génération d'écrans, souples et OLED ou LCD.

"Quand 4-5 stands montrent des innovations similaires autour d'une nouvelle technologie d'écrans, cela révèle que ce marché va bientôt se démocratiser", estime Olivier Ezratty.

En revanche, l'audio devient, d'après le spécialiste, "le parent pauvre du CES", en raison d'une innovation très faible sur ue marché dominé par les usages mobiles, encore peu portés sur la haute résolution.

>> LIRE AUSSI Le rapport d'Olivier Ezratty sur le CES 2018

La blockchain en embuscade

Enfin, le CES est aussi le salon des technologies de demain. Signe de sa faible maturité, la blockchain, pourtant considérée par certains comme une révolution comparable à celle d'Internet, n'était représentée que par une douzaine de stands.

"Avec la flambée du bitcoin, la blockchain fait beaucoup de bruit mais la technologie n'est pas encore intégrée dans beaucoup de solutions logicielles. Elle reste donc un sujet émergent", tranche le consultant.

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Commentaires
a écrit le 30/01/2018 à 10:59 :
En attendant les technologies liées à l'informatique sont retenues par le secteur marchand qui tient très haut les prix du marché parce que ça ne se vend pas, parce que la technologie évolue bien plus vite que la marge bénéficiaire des actionnaires qui du coup imposent de faire du bénéfice sur la moindre petite évolution de rien du tout ce qui fait que nous perdons des dizaines d'années d'innovations et donc d'évolutions.

La marge bénéficiaire est un parasite que l'on retrouve partout, trop d'intermédiaires tue le produit.
a écrit le 30/01/2018 à 10:50 :
L'ère des grandes révolutions d'usage (téléviseur, walkman, ordinateur individuel, téléphone, puis téléphone portable, puis smartphone) est totalement révolue.
Aujourd'hui, un peu à l'image de ce que fait Apple depuis quelques années, on est dans des évolutions de soit-disant confort (frigo connecté, Siri ou Alexa, montre connectée, casque sans fil...) ou carrément dans de la gadgetisation pure. Je ne dis pas que toutes ces évolutions sont nulles et sans intérêt, je dis juste qu'elles ne bouleverseront jamais notre quotidien et que le consommateur lambda peut fort bien s'en passer pendant encore trente ans et transférer ce budget sur des choses plus essentielles (immobilier, mobilier, habillement, nourriture, culture, sport etc...).
Ce n'est pas un hasard si ce marché de l'électronique grand public, que ce soit l'informatique, les télés, l'audio et un jour prochain la téléphonie mobile, se porte aussi mal. Quand une industrie n'a plus que des gadgets inutiles à proposer, comme le robot chien qui bouge la queue, ou que les innovations se font au détriment de la simplicité, de la performance et de la fiabilité (comme le sans-fil par exemple), cette industrie va au devant de graves difficultés.
Alors la voiture autonome sera une révolution d'usage. Mais quand ?

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