"Le CES est le salon des sept écrans" (Xavier Dalloz)

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Xavier Dalloz, expert en stratégie digitale.
Xavier Dalloz, expert en stratégie digitale. (Crédits : DR)
Xavier Dalloz, expert en stratégie digitale et correspondant du CES (l'ex-Consumer Electronics Show) en France depuis 2002, revient sur les évolutions du plus grand salon technologique au monde et ce qu'il doit devenir pour continuer à être pertinent.

LA TRIBUNE - Vous représentez le CES en France depuis seize ans. Comment a-t-il évolué depuis cette époque sans smartphones, réseaux sociaux, objets connectés ou intelligence artificielle ?

XAVIER DALLOZ - Quand je suis allé au CES pour la première fois, en 2000, c'était vraiment un salon sur l'électronique grand public. Il était totalement orienté sur les équipements pour les distributeurs. J'exagère à peine quand je dis qu'il n'y avait quasiment que des télévisions. On s'extasiait sur la beauté de l'écran. Aujourd'hui, on y vient toujours pour découvrir des objets, du hardware, mais c'est surtout la technologie qu'ils contiennent et les services associés qui intéressent. Avec le temps et l'évolution des technologies - les ordinateurs personnels, les smartphones, les objets connectés, aujourd'hui l'intelligence artificielle -, le CES est devenu un salon orienté sur les nouveaux usages de la vie quotidienne, grâce à la révolution numérique. C'est pour cela qu'il reste pertinent : pendant trois jours, les décideurs du monde entier ont accès à un panorama complet de l'état de l'art de l'innovation, au carrefour de l'électronique, de l'informatique, des télécoms, de la domotique, de la robotique, des jeux et de bien d'autres secteurs encore. Les décideurs viennent pour découvrir des choses, pour sentir le potentiel des nouvelles technologies et leurs impacts sur la société et l'économie. Pour les entreprises, c'est donc une formidable opportunité de business, car elles peuvent y rencontrer l'ensemble de leur écosystème - clients, partenaires, investisseurs.

Pourtant, l'an dernier, le CES avait beaucoup mis l'accent sur les objets connectés, donnant l'image d'un salon très « gadget », voire superficiel...

Tous les dix ans, une innovation majeure vient tout bousculer et amène à réinventer les produits et les services : le premier micro-ordinateur en 1974, le Macintosh en 1984, le Web en 1994, les réseaux sociaux en 2004. Depuis 2014, nous sommes dans une nouvelle phase que j'appelle « l'Internet of Me » : le consommateur n'achète plus un produit mais un service. Ce n'est plus intéressant d'acheter une balance, mais un service pour maîtriser son poids, qui donne donc des conseils diététiques et fitness. L'exploitation des données et l'intelligence artificielle vont tout transformer. Les objets connectés sont évidemment au coeur de cette personnalisation. Pour l'heure, beaucoup sont mal faits, ou n'apportent que peu de valeur car l'écosystème n'est pas assez mature. Mais cela viendra.

Quelles sont les grandes tendances qui vont émerger au CES 2018 ?

J'ai identifié quatre tendances majeures dans le cadre de cet Internet of Me.

La première concerne les nouvelles formes d'interactions, c'est-à-dire les interfaces qui me permettent de mieux être compris et de mieux interagir avec mon environnement : on verra beaucoup de produits utilisant la réalité augmentée, la réalité virtuelle et l'intelligence artificielle avec des assistants personnels de type Alexa d'Amazon, dans tous les domaines.

La deuxième tendance est celle des pionniers de la voiture connectée et autonome. Plus qu'au salon automobile de Detroit, c'est au CES que se montre le futur des déplacements individuels.

La troisième tendance est l'ère du post-smartphone. Aujourd'hui, le smartphone est l'outil qui nous connecte au monde. Demain, cela sera les wearables, les objets connectés que l'on porte sur soi : les montres bien sûr, mais aussi les vêtements, les lunettes, avec des applications qu'on trouve surtout pour l'instant dans la santé, le bien-être et le sport.

Enfin, la quatrième est la « smart city » et la « smart home ». Autrement dit, moi dans mes lieux de vie, chez moi et en ville. Il n'y aura jamais eu autant de cuisines et de salles de bains « intelligentes » et personnalisées au CES. Pour la première fois, le salon accueille aussi un espace smart city.

D'autres salons - le Web Summit à Lisbonne, l'IFA à Berlin, Viva Tech à Paris... - se développent. Sur quoi le CES doit-il mettre l'accent pour se démarquer ?

Pour acter son évolution, le salon a déjà changé de nom en 2016 : il n'est plus le Consumer Electronics Show - ce nom était trop axé sur les produits et pas assez sur les usages - mais simplement le CES. Demain, il ferait bien de s'élargir à l'industrie 4.0, car les technologies arrivent au tout début de la chaîne. Il devrait aussi mieux se positionner pour éviter la perception qu'il y a énormément de « gadgets ». J'ai dit à Gary Shapiro [le directeur du CES, Ndlr] : « Le CES est mort, vive le CES ». Pour moi, le CES a toujours été et sera encore plus demain le salon des sept écrans, car l'écran est notre interface sur le monde.

Il y a l'écran que je regarde assis en arrière : c'est la télévision ; l'écran que je regarde assis en avant : l'ordinateur ; l'écran que je lis : la tablette ; celui que je tiens dans les mains : le smartphone ; celui que je consulte : la montre ; celui que je regarde à travers : les lunettes ; et celui qui me regarde : le miroir. Sans compter le tableau de bord de la voiture. Ce n'est pas un hasard si Google, qui n'était pas venu au CES depuis dix ans, fait son grand retour cette année. C'est aujourd'hui l'entreprise qui valorise le mieux les écrans. La dernière fois, Google avait décliné sa vision à long terme de la mobilité, notamment avec la voiture autonome. C'était inédit et cela paraissait complètement fou. On va voir ce qu'ils vont dire cette année...

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