CES 2020 : Potato, la patate connectée ironique qui "trolle" l'industrie de la tech

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Voici Potato, une pomme de terre dotée d'une puce électronique reliée par Bluetooth à une application smartphone.
Voici Potato, une pomme de terre dotée d'une puce électronique reliée par Bluetooth à une application smartphone. (Crédits : DR)
Pour démontrer l'absurdité de certaines innovations présentées comme "disruptives" au CES de Las Vegas, un entrepreneur français, Nicolas Baldeck, a réussi à obtenir un stand pour y exposer Potato, la "première patate intelligente".

Il s'appelle Nicolas Baldeck et sa présence au CES 2020 est un pied de nez génial à l'ensemble de l'industrie de la tech, capable en théorie de changer le monde, mais aussi de produire les gadgets les plus inutiles. Alors que le CES s'enorgueillit de n'exposer que la crème de la crème de l'innovation mondiale au terme d'une sélection sur dossier rigoureuse, l'entrepreneur français a démontré par l'absurde... qu'il n'en est rien.

"Une interface patate-machine à haut débit"

Dans l'Eureka Park, l'espace qui accueille les startups, le jeune Français expose Potato, une patate connectée. Son innovation : "décoder le langage de la pomme de terre" grâce à une carte électronique plantée dans le légume et connectée par Bluetooth à une application smartphone. Dans son hilarant communiqué de presse, Nicolas Baldeck précise que l'innovation repose sur le Neuraspud, "une interface patate-machine à haut débit".

"Pas de câbles. Pas de piles. Potato utilise une technologie de pointe de récupération d'énergie appelée Potat'Ohm. Comment ça fonctionne ? La pomme de terre, elle a des électrolytes. C'est ce que les plantes recherchent ! Et c'est ce qui alimente l'appareil", décrit ce visionnaire dans son texte de présentation.

Le plus drôle est que l'entrepreneur a poussé la blague très loin. Non seulement il a réellement développé son produit, mais il a également réalisé un "kit presse" à l'attention des journalistes qui vaut son pesant d'or avec les multiples "photos techniques" réalisées de manière très grossière. Il a également publié sur YouTube une vidéo de présentation qui détourne à la perfection tous les clichés du genre.

Encore mieux, sur la plateforme de financement participatif Indiegogo, les fans de high tech peuvent acheter la "première patate intelligente au monde" pour la modique somme de 34 dollars. Ce prix somme toute crédible pour les gadgets technologiques, permet à l'heureux propriétaire de s'informer à tout moment de l'état de santé de sa patate chérie, en lui demandant comment elle se sent via les assistants personnels Siri et Alexa, tous deux compatibles avec cette innovation de rupture. A l'heure d'écrire cet article, sept personnes ont dépensé 283 dollars pour s'offrir, ironiquement ou non, la fameuse "smart potato".

Le comité de sélection du CES n'y a vu que du feu

La blague aura coûté 4.000 dollars à Nicolas Baldeck : 1000 dollars pour la location du stand et 3000 dollars pour le déplacement et l'hébergement à Las Vegas toute la semaine. A noter que le CES a accordé une place au jeune Français suite à l'envoi d'un simple formulaire. Pour tromper la vigilance du salon, il a suffit de montrer patte blanche sur l'existence de l'innovation et de la décrire avec certains des "buzzwords"  les plus à la mode du monde des startups : "changer le monde", "application révolutionnaire", "intelligence artificielle", "assistant personnel" et "cloud".

Incontestablement la meilleure innovation inutile du CES -et il y en a !-, Potato a magistralement réussi son coup de ridiculiser les outrances du phénomène startup, tout en pointant du doigt que le CES est certes parfois le lieu où s'expose le meilleur de l'innovation, mais aussi celui qui incarne le mieux à quel point la technologie pour la technologie peut être vide de sens.

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Commentaires
a écrit le 10/01/2020 à 15:58 :
On attend avec impatience les initiatives similaires sur tous nos beaux événements français, tellement mieux contrôlés et utiles...
a écrit le 09/01/2020 à 16:15 :
Brillante affaire. Belle démonstration de la crédulité humaine. Cela est du même genre que les milliers de projets qui attirent des fonds et pour des affaires sans produits viables et surtout sans clients. Banques et investisseurs s'y trompent au quotidien.
a écrit le 09/01/2020 à 16:04 :
L'innovation semble reprise par quelques médias crédules.
Bravo à ces iconoclastes gaulois !
Réponse de le 11/01/2020 à 18:54 :
La preuve avec La Tribune.
Il ne dénonce rien du tout, le but du CES, c'est aussi de tisser des liens.

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