La reconnaissance faciale transforme déjà notre quotidien

Les Français sont déjà confrontés au quotidien à la reconnaissance faciale.
Reuters

Les Français sont déjà confrontés au quotidien à la reconnaissance faciale.
Reuters
La reconnaissance faciale, longtemps restée cantonnée aux films de science-fiction, est devenue une réalité en quelques années, y compris en France. Dernière annonce en date : Cédric O, secrétaire d'Etat au Numérique, a récemment appelé à ouvrir une expérimentation de cette technologie en temps réel sur les images de vidéosurveillance.
Grâce à l'intelligence artificielle, la reconnaissance faciale permet l'identification d'une personne à partir de son visage ou de vérifier qu'elle est ce qu'elle prétend être (on parle alors d'authentification). La reconnaissance faciale est capable d'analyser les traits du visage, mais aussi des données biométriques, comme les yeux, et de les comparer si besoin à des photos ou des vidéos.
Cette technologie controversée soulève de nombreuses craintes parmi ses opposants, qui craignent des atteintes à la protection des données et aux libertés individuelles avec des soupçons de surveillance généralisée. Pour ses défenseurs, la reconnaissance faciale permet des authentifications fiables, rapides et sécurisées pour lutter contre tous types de fraudes.
est juridiquement encadrée par la loi Informatique et liberté du 6 janvier 1978 et par
le fameux RGPD européen (Règlement général sur la protection des données)entré en vigueur en mai 2018.
Par principe, l'utilisation de cette technologie est interdite.
Mais de nombreuses exceptions existent, à commencer par l'obtention explicite du consentement. Les expérimentations se développent donc tous azimuts, en dépit des appels à moratoire lancés par la société civile, la Commission nationale Informatique et Libertés (Cnil) et certains élus. Tour d'horizon des usages déjà réels ou en projet de la reconnaissance faciale.Chaque jour à 13h, l’essentiel de l’actualité tech.

Ville-Petteri Ukonaho, directeur associé au cabinet d'études
Strategy Analytics.Concernant la reconnaissance faciale 2D, qui permet l'authentification à partir d'une simple photo, "elle est beaucoup plus courante et moins sécurisée", affirme l'analyste. "Nous estimons qu'environ 13 millions de smartphones vendus en France en 2018 en sont équipés."
Le ministère de l'Intérieur et l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) développent l'application Alicem (pour Authentification en ligne certifiée sur mobile). Elle permettra aux utilisateurs qui le souhaitent de s'identifier sur smartphone via un système de reconnaissance faciale pour accéder aux services publics en ligne. Le but : sécuriser les échanges sur Internet, selon le ministère.
Concrètement, les utilisateurs devront être dotés d'un passeport biométrique, délivré après juin 2009, et équipé d'une puce sécurisée. Pour se connecter, l'utilisateur devra scanner et lire la puce de son passeport et procéder à la reconnaissance faciale. Cette dernière étape passe par la prise d'une petite vidéo, où plusieurs actions doivent être réalisées (cligner des yeux, tourner la tête de gauche à droite...)
"L'authentification par reconnaissance faciale ne s'effectue qu'une seule fois, le jour où l'application est installée sur smartphone", précise Jérôme Letier, directeur de l'ANTS. "La photo du passeport et le flux vidéo sont envoyés sur les serveurs de l'ANTS pour être comparés. Une fois la vérification effectuée, toutes les données biométriques sont effacées dans les secondes qui suivent", insiste Jérôme Letier, face aux nombreuses inquiétudes soulevées par le déploiement de cette application.
Dans une interview accordée au Parisien fin décembre, Cédric O affirmait n'être "pas certain" qu'Alicem soit un jour déployé sous cette forme. Interrogé sur la mise en service de l'application, Jérôme Letier exlique :
Les aéroports à Orly et Roissy-Charles-de-Gaulle ont installé des sas équipés d'un système de reconnaissance faciale depuis l'été 2018 pour tous les voyageurs majeurs, titulaires d'un passeport biométrique et ressortissants de l'Union européenne, de la Suisse, de l'Islande, de la Norvège ou du Liechtenstein. Environ
45% des passagers des aéroports parisiens sont éligibles à ce nouveau système de reconnaissance faciale, contre seulement 10% des usagers pouvant emprunter les sas de reconnaissance digitale.L'idée est de fluidifier les contrôles aux frontières, au regard de la croissance du nombre de passagers et des menaces terroristes qui pèsent sur le transport aérien. Le voyageur doit scanner son passeport et attendre quelques secondes qu'une première porte s'ouvre. Une fois dans le sas, une caméra scanne le visage et le compare avec la photo du passeport, avant d'actionner l'ouverture de la deuxième porte. Temps total du processus, entre 10 à 15 secondes par passage. Des dispositifs similaires sont également déployés à la Gare du Nord, à Paris, pour prendre l'Eurostar.
Depuis 2018, la Société Générale permet d'ouvrir un compte à distance via reconnaissance faciale, grâce à la technologie du français Idemia. L'authentification en ligne était suivie dans la foulée par un tchat vidéo avec un conseiller.
La Société Générale, qui ne communique pas de chiffres, se contente d'affirmer que ce nouveau dispositif est "deux fois plus utilisé" que le précédent.
L'utilisation de la reconnaissance faciale dans le secteur de la banque n'en est qu'à ses débuts puisque la directive européenne DSP2 pourrait favoriser de nouveaux usages. Entrée en vigueur en janvier 2018 pour réduire la fraude dans l'e-commerce, elle impose de renforcer l'authentification pour les paiements en ligne supérieurs à 30 euros, en recourant notamment aux données biométriques comme le visage ou l'empreinte digitale. En France, les banques ont jusqu'à la fin de l'année pour s'y conformer.
Au-delà des opérations en ligne, la banque de détail espagnole, CaixaBank, permet depuis février 2019 aux clients qui le souhaitent de s'authentifier par reconnaissance faciale dans ses distributeurs automatiques de billets pour retirer de l'argent. Cette initiative était présentée comme une "première mondiale".
Exit les QR codes et les invitations à imprimer pour se rendre à un événement culturel ou sportif. Votre ticket, c'est votre visage. C'est l'expérimentation menée à Paris le 18 avril dernier, lors du Sommet européen de l'intelligence artificielle, et déployée par l'entreprise française Artefact. Un système de reconnaissance faciale a été mis en place à l'entrée du Palais de Tokyo pour un accès sans billet.
Sur la base du volontariat, les visiteurs pouvaient s'inscrire en envoyant au préalable une photo afin d'être reconnu une fois sur place. "Nous avons développé une application mobile qui filmait les visiteurs pour les reconnaître en temps réel", détaille Philippe Rolet, cofondateur et directeur de la technologie chez Artefact. Sur 2.000 visiteurs attendus, "environ la moitié des personnes se sont portées bénévoles", chiffre le cofondateur.
À lire également
Recourir à la reconnaissance faciale pour remplacer un billet, l'idée commence à faire son bout de chemin. Les Jeux Olympiques de 2020, qui se dérouleront à Tokyo cet été, vont déployer pour la première fois de la reconnaissance faciale pour le système de contrôle d'accès sur l'ensemble des quelques 300.000 athlètes, journalistes, bénévoles et organisateurs.