Deliveroo s'allie à Amazon pour contrer Uber Eats

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Depuis sa création à Londres en 2013, la licorne britannique Deliveroo a levé 1,53 milliard de dollars.
Depuis sa création à Londres en 2013, la licorne britannique Deliveroo a levé 1,53 milliard de dollars. (Crédits : REUTERS/Charles Platiau)
La licorne britannique de livraison de repas à domicile vient de boucler une série G de 575 millions de dollars, menée par le géant de l'e-commerce Amazon. Face à la concurrence féroce d'UberEats et Just Eat, Deliveroo dit vouloir miser sur l'ouverture de ses propres cuisines. La startup veut également agrandir son équipe Tech et s'étendre sur de nouveaux marchés.

L'appétit des investisseurs pour Deliveroo ne semble pas avoir de limite. La licorne britannique - ces startups non cotées en Bourse et valorisées plus d'un milliard de dollars - a annoncé vendredi 17 mai avoir bouclé une série G de 575 millions de dollars (environ 515 millions d'euros). Cette giga levée de fonds a été menée par le géant américain Amazon. Les investisseurs historiques ont également remis au pot : T. Rowe Price, Fidelity Management and Research Company, ainsi que Greenoaks. Depuis sa création à Londres en 2013, la jeune pousse a ainsi levé 1,53 milliard de dollars. Deliveroo est valorisé 2 milliards de dollars depuis sa dernière levée de fonds en septembre 2017, d'un montant de 385 millions de dollars.

Créée par Will Shu et Greg Orlowski, la société permet de se faire livrer des repas à domicile - en vélo ou en scooter - après avoir passé commande sur l'application. Un secteur en plein boom, où la startup a pour principaux concurrents Uber Eats, filiale du service de VTC Uber, et Just Eat. Après l'annonce de ce dernier tour de table, Just Eat perdait d'ailleurs près de 10% à la Bourse de Londres.

"Amazon a été une source d'inspiration pour moi et pour l'entreprises", a affirmé le Pdg Will Shu. "Nous avons hâte de travailler une entreprise qui a une telle obsession du client."

Agrandir son équipe Tech

Cet argent frais va être utilisé pour recruter "fortement" des postes qualifiés et renforcer l'équipe Tech au siège londonien, selon le communiqué de presse. La startup emploie actuellement 2.500 salariés. Au-delà d'un simple service de livraison, Deliveroo est avant tout une entreprise Tech. La startup travaille en continu sur l'amélioration de ses algorithmes afin d'étudier, entre autres, quel type de nourriture est demandé en fonction des quartiers et des villes. L'intérêt ? Anticiper la demande, déterminer les lieux adéquats pour ouvrir leurs cuisines et démarcher des restaurants partenaires, et être capable de livrer en un temps record.

Deliveroo dit également vouloir toucher de nouveaux marchés, sans les nommer. La startup est actuellement présente dans 500 villes de 14 pays (Australie, Belgique,
France, Allemagne, Hong Kong, Italie, Irlande, Pays-Bas, Singapour, Espagne, Taïwan, Émirats arabes unis, Koweït et Royaume-Uni). Au total, la jeune pousse dit travailler avec 80.000 restaurants et 60.000 coursiers.

Régulièrement accusée de salariat déguisé à l'égard de ses coursiers, la startup dit vouloir utiliser cette levée de fonds pour "développer de nouveaux outils pour offrir du travail flexible et bien rémunéré" aux coursiers, sans donner plus de précisions. Ces derniers sont contraints de recourir au statut d'auto-entrepreneur. Selon leur argumentaire, ce statut donne davantage de flexibilité aux livreurs en leur fournissant un "complément de revenu", et non un salaire. Imposer le statut d'auto-entrepreneur leur permet de ne pas avoir à payer les congés payés, les arrêts maladie ou encore de ne pas garantir de salaire minimum... Tout en imposant certaines conditions pour l'exercice de leur travail, comme une disponibilité minimum sous peine d'encourir des pénalités.

Lire aussi : Coursiers à vélo : et si le salariat était possible ?

Deliveroo mise sur ses propres cuisines

Enfin, la licorne veut poursuivre son programme d'ouverture de ses propres cuisines, baptisé "Editions". Lancé à Londres en avril 2016, ce programme a depuis été répliqué sur d'autres marchés, notamment en France - son deuxième marché après le Royaume-Uni. Concrètement, Deliveroo ouvre des espaces de cuisine pour ses restaurateurs partenaires dans des zones denses en population, mais désertées par les restaurants. La startup tente ainsi d'optimiser ses temps de livraison, en permettant aux restaurateurs d'être présents dans un nouveau secteur, sans avoir à assumer les coûts d'investissements pour l'ouverture d'un autre point de vente.

Deliveroo dit vouloir "créer de nouveaux formats qui aideront les restaurants à s'étendre dans de nouvelles zones à moindre coût et à moindre risque, offrant ainsi plus de choix aux différents quartiers".

Comme souvent pour ce genre d'activités, les massifs investissements nécessaires pour espérer dominer le marché plombent la rentabilité. Les derniers résultats financiers dévoilés par Deliveroo remontent à octobre 2018. La plateforme avait présenté des résultats financiers mitigés pour 2017, avec un creusement de ses pertes (+43% à 185 millions de livres, environ 210 millions d'euros) mais un doublement sur un an de ses ventes à l'échelle mondiale pour atteindre les 277 millions de livres (environ 315 millions d'euros).

Amazon se renforce dans l'alimentation

De son côté, Amazon ne cache plus ses ambitions dans le secteur de l'alimentation. L'ogre du e-commerce a racheté en 2017 l'enseigne bio américaine Whole Foods pour 13,7 milliards de dollars. En parallèle, il plancherait sur l'ouverture d'une dizaine de supermarchés alimentaires aux États-Unis à partir de cette année.

La firme de Seattle s'essaye elle-même à la livraison de repas à domicile avec son service "Amazon Restaurants", lancé en 2016 aux États-Unis et au Royaume-Uni. Face à la concurrence féroce -- notamment celle de Deliveroo -- Amazon a fermé son service au Royaume-Uni seulement deux ans après son lancement. Le service est toujours disponible aux États-Unis.

| Lire aussi : Pourquoi Amazon veut lancer une nouvelle chaîne de supermarchés alimentaires

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Commentaires
a écrit le 18/05/2019 à 14:19 :
Tous ces "services" ne seraient pas rentables,(d'ailleurs le sont-ils?) sans l'utilisation des auto-entrepreneurs dont le statut est plus proche de l'esclavage que de celui du smicard en CDD.
L'auto-entrepreneur n'a droit... à rien! Et certainement pas à un minimum de protection sociale, quant-à la retraite, ce sera Zéro.
A l'origine le statut d'auto-entrepreneur était prévu pour faciliter la création d'une activité, développer une activité secondaire pour générer un complément de revenu.
Dans le cadre de la création d'une activité qui serait devenue rentable et pérenne, ce statut précaire et temporaire devait évoluer vers les statuts traditionnels ,indépendants,
artisans, commerçants, société qui
evoluent dans un cadre juridique, social, et réglementaire qui définit les droits et obligations auquels ils sont soumis dans leurs rapports avec les tiers....Rien de tout ça chez les auto-entrepreneurs.
Un statut à minima...et des entreprises de "services" qui en profitent, exploitent les vides juridiques et qui font de ces travailleurs rien moins que des esclaves. Esclaves que la Société devra assumer lorsque surviendront les problèmes de santé, d'accès au logement, de retraite...
a écrit le 18/05/2019 à 11:04 :
coolie, en voila un chouette metier !...en attendant le retour du servage et pour finir
de l'esclavage.
a écrit le 18/05/2019 à 0:53 :
Les investissements et les activités de recherche en direction des restaurants partenaires n'ont pas l'air très convaincants: ce sont des activités de restauration (aide à la recherche d'emplacement) qui a mon avis ont peu à voir avec les activités historiques de coursier. Mais ces dernières cadrent bien avec celles d'Amazon.
Je trouve scandaleuses les pertes colossales générées par l'entreprise malgré le salariat déguisé. Il est assez probable que sans les capitaux d'Amazon (2 ans de ventes) l'entreprise aurait tot ou tard fait faillite. Au contraire, elle va maintenant pouvoir étendre son dumping salarial, jusqu'à ruiner ou racheter ses concurrents (cf Flixbus). La 'tech' et l'intelligence artificielle ne sont que des alibis, ici aussi, il y a longtemps que ce secteur n'invente plus rien mais recycle de vieilles pratiques - qu'on croyait bannies- sous un autre nom!
a écrit le 17/05/2019 à 17:47 :
Ca envoie un type en scooter chercher un repas à sa place à l'autre bout de la ville et après ça vient se lamenter sur l'effondrement écologique et la disparition des espèces. On vit décidément une époque formidable.

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