Le français Ÿnsect lève 125 millions de dollars pour nourrir la planète avec des protéines alternatives

 |   |  737  mots
Pour automatiser sa chaîne de production et pouvoir produire à grande échelle ses protéines alternatives à base d'insectes, la startup Ÿnsect s'appuie sur une technologie de rupture protégée par 25 brevets.
Pour automatiser sa chaîne de production et pouvoir produire à grande échelle ses protéines alternatives à base d'insectes, la startup Ÿnsect s'appuie sur une technologie de rupture protégée par 25 brevets. (Crédits : Ynsect)
La startup parisienne veut devenir le premier fournisseur mondial de fertilisants naturels pour les cultures et de protéines alternatives à base de scarabées pour l'alimentation animale. Pour conquérir l'énorme marché mondial, Ÿnsect va construire la plus grande ferme d'insectes au monde dans les Hauts-de-France et s'étendre en Europe et aux États-Unis.

Le rêve de Ÿnsect de nourrir la planète avec des protéines alternatives plus respectueuses de l'environnement, plutôt que d'origine animale, se rapproche. La startup parisienne annonce ce jeudi 21 février le succès d'une méga-levée de fonds de 125 millions de dollars (110 millions d'euros), soit le record de la French Tech en 2019, pour l'instant.

Cette troisième levée depuis sa création en 2011, porte à 175 millions de dollars (154 millions d'euros), le total des fonds récoltés par la pépite française de l'AgTech, déjà leader mondial dans l'élevage d'insectes et leur transformation en ingrédients à forte valeur ajoutée pour l'aquaculture et la nutrition des animaux de compagnie.

Lire aussi : Élevage d'insectes : la Française InnovaFeed lève 40 millions d'euros

25 brevets pour transformer le scarabée Molitor en protéine alternative

Cet apport massif de liquidités va permettre à Ÿnsect de financer Ÿnfarm, son nouveau site de production à Poulainville (Hauts-de-France), qui devrait être "la plus grande ferme d'insectes au monde". Cette ferme verticale élèvera et transformera à grande échelle le Molitor, un petit scarabée connu sous le nom de ver de farine, avec l'objectif de produire environ 20.000 tonnes de protéines par an.

Contrairement à ses principaux concurrents, le néerlandais Protix et le sud-africain AgriProtein, qui misent sur les mouches considérées comme moins riches pour l'alimentation animale, le pari de Ÿnsect de travailler sur le Molitor, aux grandes qualités nutritionnelles, lui donne l'occasion de prendre les devants. Le petit scarabée lui permet de produire deux produits "premium": ŸnMeal, un nutriment pour les animaux particulièrement adapté à l'élevage de crevettes, saumons, truites et bars ; et ŸnFrass, un fertilisant de haute qualité « dont l'efficacité est prouvée sur de nombreuses cultures », affirme Antoine Hubert, le président et fondateur d'Ÿnsect.

Très discrète dans l'écosystème de la French Tech, Ÿnsect incarne aussi l'excellence de la deep tech hexagonale. Pour automatiser sa chaîne de production et pouvoir produire à grande échelle, la startup s'appuie sur une technologie de rupture protégée par 25 brevets, ce qui positionne l'entreprise comme le premier détenteur mondial de brevets sur les insectes.

Lire aussi : Levées de fonds : la France en passe de réussir sa mue en "scale up nation"

Un colossal marché mondial en ligne de mire

Au-delà des coûts de production de sa nouvelle usine, Ÿnsect utilisera une partie de sa levée de fonds pour amorcer son développement à l'international, notamment en Europe et en Amérique du Nord où la startup compte ouvrir prochainement une nouvelle usine.

Pour cela, la pépite de 105 employés en France peut s'appuyer sur ses nouveaux investisseurs, notamment les fonds internationaux Astanor Ventures (qui a déjà investi dans La Ruche Qui Dit Oui ou dans l'allemand InFarm) dirigé par le serial entrepreneur français Eric Archambea et le britannique Talis Capital. Les français Bpifrance (à travers les fonds Large Ventures et Ecotechnologies) et IdInvest Partners, remettent au pot, ainsi que les groupes Finasucre et Compagnie du Bois Sauvage.

« Le niveau d'ambition de Ÿnsect est remarquable et le procédé de production est expansible, ce qui confère à l'équipe la capacité de produire l'impact et le changement systémique que nous recherchons dans nos investissements », indique Eric Archambeau, le cofondateur d'Astanor Ventures, dans un communiqué.

D'après Antoine Hubert, le marché global de l'alimentation animale et des engrais organiques s'élève à "700 milliards de dollars". De quoi positionner Ÿnsect comme le "chef de file d'une nouvelle filière industrielle" en plein boom qui aurait attiré 8,8 milliards de dollars d'investissements en 2017 d'après le fonds de capital-risque dédié aux Agtech Agfunder, contre 6,9 milliards en 2016. Effectivement, les insectes sont déjà naturellement présents dans le régime alimentaire des poissons et des crustacés sauvages, à hauteur de 40%, et permettent d'importants bénéfices nutritionnels grâce à une forte teneur en protéines et en acides gras polyinsaturés.

« S'il est correctement maîtrisé et structuré, l'élevage d'insectes a un faible impact environnemental : faibles émissions de gaz à effet de serre, préservation de la biodiversité des océans, et améliorations significatives de la productivité liée à l'utilisation des sols », indique la startup sur son site internet. Les insectes se positionnent ainsi comme une nouvelle ressource naturelle, durable et responsable, pour répondre aux enjeux de la nutrition des élevages aquacoles.

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 22/02/2019 à 8:54 :
On atteint le summum de la bêtise humaine... quoique, avec les humains on se dépasse.

Les élevages intensifs de poissons, auxquels sont destinés les insectes, sont une source préoccupante de pollutions biologiques, biochimiques (produits sanitaires) et de malbouffe. Les viandes produites étant en général de moins bonne qualité.

Idem pour les engrais rapportés, la nature y pourvoit pourvu qu'on la laisse vivre dans ses rythmes et sa diversité.

Il vaut bien mieux en revenir à une exploitation raisonnable du milieu naturel que de se lancer dans des monocultures de substitution.
a écrit le 21/02/2019 à 23:06 :
Élever des milliards d'insectes dans un lieu confiné ne manquera pas de poser des problèmes sanitaires. Il est supposable que des insectes mutent, puissent s'échapper et se reproduire à l'extérieur...de nouvelles catastrophes sont désormais à prévoir.
A vouloir à tout prix "nourrir" l'humanité, toutes les technologies qui manipulent le vivant vont la précipiter dans le néant.
a écrit le 21/02/2019 à 22:07 :
Ce serait intéressant de savoir de quoi se nourrissent les fameux insectes. De produits agricoles neufs (ce qui serait dommage d'un point de vue environnemental), de déchets agroalimentaires (ce qui serait génial). Je ne sais pas s'il serait possible d'en savoir un peu plus sur ce secteur d'activité, des technos envisagées, des produits actuels qui vont être remplacés et de la manière dont ils sont produits. Si LT veut nous en dire un peu plus.
a écrit le 21/02/2019 à 17:52 :
Dépêchez vous les gars :

À en croire les auteurs de cette synthèse de 73 études publiée dans la revue Biological Conservation, nous assistons même "au plus massif épisode d'extinction" depuis la disparition des dinosaures. Aujourd'hui, environ un tiers des espèces d'insectes sont menacées d'extinction "et chaque année environ 1 % supplémentaire s'ajoute à la liste", ont calculé Francisco Sanchez-Bayo et Kris Wyckhuys, des universités de Sydney et du Queensland. En clair, "dans 50 ans il n'en restera que la moitié et dans 100 ans il n'y en aura plus".
a écrit le 21/02/2019 à 13:42 :
Le dossier est évidemment intéressant, mais les avantages environnementaux demandent tout de même à être confirmés. Sauf preuve du contraire, les insectes vont tous comme nos vaches (ruminants -pas terrible pour les gaz à effet de serre), mais aussi mouton, lapins, etc..consommer des matières végétales. Je pense également aux possibles développement de ces insectes dans nos environnements; y-a-t-il des risques de nuisances non controlées? Puis on verra quels sont les avantages en terme de production de protéines. Les efficacités dans la transformation sont-elles réelles et avérées? Se pose aussi la question de la digestibilté des produits (les kératines produites par les insectes sont essentiellement non digestibles..). Et rapport au tonnage produit, quid des coûts des bâtiments et autre structures.. et on se rappellera aussi les questions éthique sur la distribution de farines animales à des bovins; donner des farines d'insectes à des poissons est-il si différent.. bien des questions..
a écrit le 21/02/2019 à 12:08 :
C'est surprenant de ne pas citer le Français InnovaFeed parmi les concurrents. D'autant plus surprenant que vous avez mis le lien vers l'article parlant de la levée de fonds de ce dernier au milieu de l'article...
a écrit le 21/02/2019 à 11:44 :
La différence entre une start up et une entreprise c'est que la start up ne fait pas de bénéfice c'est ça ?
Réponse de le 21/02/2019 à 22:00 :
Je pense que l'idée est qu'une startup vise un développement rapide, avec quelques années de déficit important compensé par les mises de fond des actionnaires, dans le but de rafler un marché et de faire de gros bénéfices après. Exemple facebook qui a mis des années à gagner un centime, mais qui gagne aujourd'hui des milliards.
Mais je suis d'accord avec vous que cette manie de toujours utiliser le mot de startup pour toute entreprise est assez fatiguant à la longue. Comme s'il n'existait plus de jeunes entreprises.

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :