Alors que les politiques et même certains grands groupes déplorent leur dépendance envers les technologies américaines, et que l'Union européenne s'est dotée d'une stratégie pour créer un marché unifié du numérique et de l'innovation à l'heure où les relations se tendent avec l'Amérique de Donald Trump, les start-up européennes, elles, continuent de privilégier les États-Unis pour se développer.
À contre-courant de l'ambiance actuelle, rien ne semble entraver le phénomène : en à peine cinq ans, le nombre de start-up européennes implantées aux États-Unis dès le stade de l'amorçage a doublé. D'après Winning in the US, le nouvel ouvrage du fonds d'investissement américain Index Ventures, 64 % des start-up européennes ayant levé des fonds se sont lancées dès le début, ou presque, aux États-Unis, contre seulement 33 % en 2019.
Un chiffre qui illustre une mutation profonde : les start-up « born global » ne sont plus l'exception mais la norme. « Il faut aller à rebours de la petite musique qu'on entend sur la fragmentation et sur la distance entre l'Europe et les États-Unis. Ce serait une erreur énorme de se replier sur marché domestique européen », met en garde Martin Mignot, partner chez Index Ventures, coauteur de l'ouvrage, et investisseur historique de pépites européennes telles que Revolut ou Algolia.
Contrairement aux idées reçues, ce n'est pas la quête de capitaux qui motive ce saut transatlantique. Au contraire, 76 % des fondateurs citent l'attrait du marché américain, donc la possibilité de toucher leurs clients, comme la première raison de leur expansion, loin devant les considérations de financement. « Il y a un avantage énorme à développer des produits en Europe et à les vendre aux États-Unis. Le marché y est deux fois plus gros, avec des clients plus 'early adopters', qui achètent plus vite et plus cher », insiste Martin Mignot.