Covid-19 : les biotech françaises sont aussi dans la course aux vaccins mais manquent de moyens

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Plus d'une centaine de solutions contre le coronavirus sont en cours de développement par des entreprises de la healthtech dans l'Hexagone. Et parmi elles, les fameux vaccins.
Plus d'une centaine de solutions contre le coronavirus sont en cours de développement par des entreprises de la healthtech dans l'Hexagone. Et parmi elles, les fameux vaccins. (Crédits : Pixabay)
Valneva, Ose Immunotherapeutics, FlashTherapeutics, Aiova, Osivax... Ces pépites françaises de la biotechnologie planchent sur des projets de vaccins contre le Covid-19. Pour y parvenir, et financer des essais cliniques entre autres, lever des fonds est souvent primordial. Une étape compliquée pour les startups dans le domaine de la santé.

Mise au point d'outils de diagnostics, développement de traitements préventifs ou curatifs... Plus d'un an après l'apparition de la Covid-19, la recherche continue de battre son plein parmi les biotechs françaises. Pour preuve : plus d'une centaine de solutions contre le coronavirus sont en cours de développement par des entreprises de la healthtech dans l'Hexagone, a affirmé mercredi France Biotech, association regroupant des entrepreneurs de l'innovation en santé.

Parmi ces solutions, les fameux vaccins. "Différentes sociétés ont mobilisé leurs plateformes technologiques pour développer des candidats-vaccins qui aujourd'hui sont à différents stades de développement et viennent enrichir la diversité de l'arsenal vaccinal pour être en capacité de répondre aux besoins croissants et à venir", explique France Biotech.

Actuellement, seulement trois vaccins ont été autorisés à date par la Haute Autorité de Santé en France : Pfizer-BioNTech, Moderna - des vaccins reposant sur la technique de l'ARN messager - et AstraZeneca - un vaccin à vecteur viral prenant comme support un autre virus. Mais les retards de production et de livraison, les difficultés d'acheminement et de stockage ouvrent la voie à d'autres initiatives pour pouvoir répondre à la demande et élargir les campagnes vaccinales.

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Des essais cliniques toujours en cours

Parmi les pépites françaises, Valneva est dans les starting-blocks. Lancée en 2012, cette société nantaise développe un vaccin à virus inactivé - un processus déjà utilisé pour les vaccins contre la grippe, la rage ou encore l'hépatite A. Avec cette méthode, le virus injecté a été préalablement "tué" pour perdre de sa capacité à nuire à l'organisme, mais il reste suffisamment "puissant" pour pouvoir être identifié par le système immunitaire. Malgré des essais cliniques toujours en cours, Valneva a déjà lancé la production de son vaccin pour pouvoir être en mesure de livrer à horizon 2022.

Son premier partenaire est le gouvernement britannique, qui lui a déjà passé une commande de 100 millions de doses d'ici à 2022 pour une facture de 470 millions d'euros. Le gouvernement britannique se réserve également des options pour 90 millions de doses supplémentaires, pouvant être livrées en 2023 et 2025. Montant total de l'ardoise : 1,4 milliard d'euros pour les 190 millions de doses, si toutes les options sont exercées. La jeune pousse est également en discussion avec la Commission européenne pour la fourniture de 60 millions de doses.

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Une arrivée espérée sur le marché à horizon 2022

FlashTherapeutics, Aiova, Osivax, Ose Immunotherapeutics... A l'instar de Valneva, ces startups françaises se sont aussi lancées dans la course aux vaccins. Essais cliniques oblige, tous visent sur une arrivée sur le marché pas avant 2022... Un horizon trop lointain ?

"Je ne pense pas. Je crois qu'en 2022 nous aurons toujours besoin de nouveaux vaccins car les mutations et les variants du Covid-19 devraient continuer de se développer. Et les vaccins de première génération ne seront peut-être plus efficaces", avance Alexis Peyroles, directeur général d'Ose Immunotherapeutics.

Son entreprise, basée à Nantes et Paris, planche sur un projet de vaccin "multi-cibles", ciblant onze protéines du virus au lieu d'une. Le but : lutter contre les variants actuels et à venir.

Son constat est partagé par Alexandre Le Vert, cofondateur et directeur général d'Osivax. Spécialisée dans les virus respiratoires et pandémiques, cette société lyonnaise s'inspire de son "vaccin universel" s'attaquant à toutes les souches de la grippe pour son projet de vaccin anti-Covid.

"Regardons ce qu'il se passe avec la grippe - elle mute au fur et à mesure des vaccins. C'est pourquoi les vaccins changent tous les ans et leur efficacité est très variable selon les années. Avec le coronavirus, il est possible que la même chose se produise, amputant l'efficacité des vaccins actuels."

Lire aussi : Une autre mutation du virus questionne l'efficacité des vaccins anti-Covid

Bpifrance n'a pas été à la hauteur

Pour mener à bien leurs recherches, poursuivre leurs essais cliniques et entamer une production, ces biotech doivent se confronter à la délicate étape de la levée de fonds. Ce passage obligé est particulièrement compliqué pour une startup dans le domaine de la santé car les temps de développement des vaccins et des traitements sont généralement longs et coûteux, avec un retour sur investissement parfois incertain.

"Il est extrêmement difficile de trouver des financements, privés comme publics", témoigne Corinne Ronfort, fondatrice de la société Aiova qui développe un vaccin anti-Covid et se dit en "recherche active de fonds" pour pouvoir financer la poursuite de ses essais précliniques.

Et de poursuivre : "Il faut souvent avoir atteint un certain stade de développement déjà avancé pour parvenir à séduire des investisseurs, publics comme privés."

Or, bien souvent, "les projets sont lancés avec des fonds limités", complète Alexandre Le Vert. "Nous sommes toutes des petites sociétés, donc nous focalisons nos ressources sur un projet phare." Pour pouvoir se lancer dans la recherche d'un vaccin contre le Covid-19, son entreprise Osivax est parvenue à bénéficier d'un financement "existentiel" de la part de Bpifrance de 11 millions d'euros sur trois ans. Mais il admet que la Banque publique d'investissement "n'a pas été proactive. Ils communiquaient simplement sur les différents dispositifs d'aides."

Même son de cloche chez Alexis Peyroles, d'Ose Immunotherapeutics, qui a obtenu un financement de 5,2 millions d'euros de la part de Bpifrance. Dans ce cadre-là, la startup s'est engagée à accorder à l'État une option d'achat sur les doses de son vaccin anti-Covid en contrepartie du remboursement de l'aide obtenue. "Bpifrance n'a pas été proactive, regrette-t-il. L'appel d'offres qui a été mis en place était intéressant. Mais lorsque l'on regarde du côté de l'Allemagne, qui a apporté de très larges financements à ses biotech, cela donne à réfléchir sur notre financement en France."

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Commentaires
a écrit le 05/02/2021 à 23:24 :
A défaut de la médecine humaine, ils iront rejoindre la même technologie chez les scientifiques vétérinaires. Ça paye bien plus et les clients ne portent pas plainte.
a écrit le 05/02/2021 à 14:55 :
C'est sûr, les "pépites" françaises sont dans la course. Mais en queue du peloton. ce qui n'a d'ailleurs aucune importance car, comme d'habitude, le "made in france" va encore foirer lamentablement comme toujours. Quand l'incompétence et le manque de vision s'associent, on a le "made in france". Bah ! C'est pas mal, dans le fond. ca fait bien rigoler dans le monde, surtout quand un polichinelle élyséen vient faire des effets de manche à la télé
Réponse de le 06/02/2021 à 0:02 :
Il faut arrêter avec les délires sur les soi-disantes pépites françaises. Depuis l'élection de M. MACRON, certains essayent de nous faire croire que nous serions devenus le pays le plus compétitif du monde.

Dans la réalité, M. MACRON nous a propulsé dans la troisième division en ne faisant rien de réel depuis 4 ans, et en dépensant des milliards d'euros dans des baisses d'impôts qui ont seulement creuser notre déficit.
Mais qui n'ont pas permis le moindre investissement.

L'année dernière, nous avons même été obligés d'importer près de 30 milliards de masques, dont beaucoup en provenance de Tunisie et du Vietnam.

Notre enseignement est dévasté, en particulier par la semaine de 4 jours en primaire (contre 5 jours dans l'immense majorité des autres pays). Nous avons un ministre de l'éducation obsédé par faire n'importe quoi, qu'il appelle réforme (Voir son obsession du latin alors qu'il manque déjà de l'argent et ce truc délirant qui s'appelle parcours sup.., qui est unique au monde ! .).

Comme je l'ai écrit précédemment, j'ai un rapport de l'éducation nationale
sous les yeux, où un inspecteur ose écrire que lors de l'étude de la miscibilité des mélanges, un élève de cinquième n'a pas à connaitre que l'huile et l'eau sont non miscibles. Et oui...

Les chercheurs français, après au minimum 7 ans après le bac commence aux alentours de 1700 euros / mois, et les ingénieurs de recherche aux alentours de 1500 euros par mois (Bac + 5).

Mais notre premier ministre revendique le travail de la dernière prix Nobel de chimie française, qui n'a jamais travaillé en FRANCE (alors qu'elle en avait fait de la demande)....
Que de la com, comme cet article...
a écrit le 05/02/2021 à 12:44 :
Je suis frappée par le manque de stratégie de nos gouvernants et maintenant je doute de leurs compétences , ils reproduisent les mêmes erreurs que de début de crise de l'année 2020 . ils sont dans l'attente , alors qu'il faudrait agir , bon nombres de vaccins sont disponibles dans le monde même le petit dernier cubain, ils en sont à la 3ème phase , comme ceux actuellement autorisés. A mon avis il serait bon de tous les croisés dans la population , ceci nous permettrais d'avoir une vaste couverture vaccinale empêchant les variants de s'adapter et de ce répliquer .
a écrit le 05/02/2021 à 12:32 :
Il manque cruellement de fonds de pension à capitaux français pour financer nos Start-up
et sécuriser le capital de nos sociétés cotées ou pas.
a écrit le 05/02/2021 à 9:20 :
Sanofi a signé un bon millésime 2020. Porté par Dupixent (bond de 73,9% à 3,534 milliards d'euros) et les vaccins, le chiffre d'affaires du géant français de la santé a grimpé de 3,3% à 36,041 milliards d'euros. Le BNPA (bénéfice par action) des activités est de 5,86 euros, en hausse de 3,9% à données publiées et de 9,2% à taux de change constants, un résultat supérieur aux objectifs de croissance annoncés de 7% à 8%. 1,68 milliard d'euros d'économies ont été générées en 2020 dont environ 60% ont été réinvestis. Hier, de nombreux salariés avaient manifesté contre les suppressions d'emplois annoncées dans la R&D.
Le BNPA IFRS est de 9.82 euros (en hausse de 338,4%) reflétant la plus-value générée par la vente des actions Regeneron. Sanofi se place à l'avant-garde de la finance durable avec la signature de ses deux premières lignes de crédit renouvelables indexées sur des indicateurs de performance en développement durable. Le conseil d'administration du 4 février a proposé un dividende de 3,20 euros.
a écrit le 05/02/2021 à 9:15 :
Pendant ce temps :


La sentence est tombée ce mercredi, dans le Journal officiel : comme de nombreux autres non-génériques, les conditions de remboursement du Smecta, un médicament 100 % made in France, sont durcies. Et c'est son concurrent direct, un générique produit en Chine par le laboratoire américain Mylan, qui va en profiter.

Désormais, le prix de référence de ce pansement intestinal, utilisé en cas de diarrhées ou de douleurs à l'estomac, est de 4,39 euros pour la boîte de 30 sachets, avec un reste à charge de 0,79 euro pour le patient. Celui du générique, produit en Asie par l'Oncle Sam : 3,60 euros, sans que le patient n'ait à débourser le moindre centime pour s'en procurer. Du dumping économique au détriment d'un champion français, avalisé par notre administration ?

Les autorités n'ont pas souhaité s'exprimer sur ce dossier qui fait désordre, à l'heure où notre souveraineté industrielle en matière de santé se trouve mise à mal par la crise du Covid. C'est qu'en ce moment, les réussites françaises dans le domaine pharmaceutique, ne courent pas les rues. En témoignent les récents déboires de Sanofi, à la peine dans la course aux vaccins .

Certes, Ipsen, le laboratoire qui produit le Smecta, ne joue pas dans la même catégorie. Il n'empêche : son médicament est connu dans le monde entier et est incontournable dans nos armoires à pharmacie depuis des décennies. « Si rien n'est fait, la situation deviendra vraiment compliquée pour nous, alerte une source interne du laboratoire, au siège de Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine). Fin 2020, 90 postes ont déjà été supprimés, sur les 400 que compte le pôle Santé familiale du groupe en France.
En 2014, Arnaud Montebourg avait bloqué le générique

Mais pourquoi donc les autorités publiques prennent-elles le risque de fragiliser un tel poids lourd de l'industrie pharmaceutique française ? « A trop vouloir favoriser l'essor des génériques, ils en oublient de défendre leurs laboratoires, regrette Gilles Bonnefond, président de l'Union de syndicats de pharmaciens d'officine (USPO). Ce n'est pourtant pas faute de les avoir alertés. » Le CEPS (Comité économique des produits de santé), l'organisme en charge de la fixation des prix des médicaments, est ainsi resté sourd aux demandes répétées d'Ipsen de prendre en compte l'impact de leur décision.

Des garde-fous avaient pourtant été mis en place. En 2014, la qualité du générique ne répondant pas totalement aux standards européens, Arnaud Montebourg, alors ministre de l'Economie et du Redressement productif, avait réussi à bloquer son remboursement par la Sécurité sociale. En échange, Ipsen avait dû diminuer de 15 % le prix de vente du Smecta.

Mais patatras ! En novembre 2019, retournement de situation : la Chine a amélioré ses méthodes de production et le générique de Mylan a obtenu le Graal du remboursement par l'Assurance maladie. En bénéficiant de surcroît d'une souplesse réglementaire, légale mais généralement peu utilisée : alors que le remboursement d'un générique est autorisé si son prix est au moins inférieur de 60 % à celui de son « princeps » (le médicament originel), Mylan a bénéficié d'une dérogation pour ne baisser que de 30 %. En parallèle, les pouvoirs publics ont demandé une nouvelle fois à Ipsen de revoir son prix à la baisse.
« Cette demande survient alors qu'Ipsen a investi 60 millions d'euros dans la modernisation de ses deux sites, déplore-t-on au laboratoire. L'un à L'Isle-sur-la-Sorgue (Vaucluse) et l'autre à Dreux (Eure-et-Loir). Avec même la création d'un centre de recherche en partenariat avec le CNRS. »
Le CEPS n'a pourtant rien voulu entendre. L'instance a proposé à Ipsen deux choix. Le premier ? Baisser encore son prix de 20 % par rapport au prix actuel (soit -35 % depuis 2013). « Cela impacterait forcément nos exportations, explique-t-on chez Ipsen. Or c'est là qu'on réalise la moitié de notre chiffre d'affaires Smecta. Ce serait la faillite assurée. » Le second, c'est que le laboratoire accepte que son produit soit remboursé au même tarif que le générique, 3,60 euros donc, avec le reste du prix à la charge du patient. La mort dans l'âme, c'est l'option « la moins pire » qu'a donc choisie Ipsen.
« S'aligner sur la concurrence, c'est forcément du perdant-perdant, déplore encore Gilles Bonnefond. Le laboratoire va perdre de l'argent. Le patient aussi, avec des remboursements moins importants, et un générique pas forcément bien distribué partout. Et même nous, les pharmaciens, on se retrouve avec une rémunération par l'Assurance maladie à la baisse. »

Contacté, le président du CEPS, Philippe Bouyoux, indique ne pas « communiquer sur les discussions en cours ». Du côté de Bercy, le cabinet de la Ministre déléguée chargée de l'Industrie, Agnès Pannier-Runacher, nous a répondu « ne pas faire de commentaire sur des dossiers individuels ». Le ministère de la Santé, en charge lui aussi du dossier, n'a quant à lui pas donné suite à nos sollicitations.
a écrit le 05/02/2021 à 8:24 :
Forcément vu ce que nous coûte le glouton Sanofi en argent public hein, on ne sait toujours pas pourquoi par contre, enfin si on le sait bien trop pourquoi.

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