Prix 10.000 startups 2020 : Fonto de Vivo apporte l'eau potable aux populations sinistrées

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Le purificateur d'eau Orisa, de la startup Fonto de Vivo, en Colombie.
Le purificateur d'eau Orisa, de la startup Fonto de Vivo, en Colombie. (Crédits : DR)
La startup nantaise Fonto de Vivo est le gagnant 2020 du prix Coup de Cœur du concours 10.000 startups pour changer le monde, organisé par La Tribune. La pépite fondée en 2017 s'apprête à lancer l'industrialisation d'Orisa, une solution autonome, peu coûteuse, légère, capable de produire 120 litres d'eau potable à l'heure, n'importe où sur la planète, pour venir en aide aux victimes de catastrophes naturelles.

Si à 20 ans son avenir ne coulait pas de source, à 50 ans, David Monnier a trouvé sa voie. A travers l'humanitaire, d'abord, où pendant vingt ans, il a mené et piloté de nombreuses missions en ex-Yougoslavie, aux Comores, au Libéria, en Guinée, au Tchad, au Sud Soudan, à Haïti, en Iraq ou en Afghanistan, pour aider les populations malmenées par les conflits ou les catastrophes naturelles. «A chaque fois, l'accès à l'eau potable s'avère une problématique majeure pour les ONG et les populations », indique l'humanitaire devenu expert en interventions d'urgence et en coordination de projets de développement international (Croix-Rouge française et britannique, handicap international, solidarité internationale...).

Car partout sur le terrain, pour produire de l'eau potable, les solutions sont coûteuses (200€/jour pour 1000 personnes d'après l'entrepreneur), lourdes, imposent l'installation d'un générateur, l'utilisation de carburant, de produits chimiques et le recours à des spécialistes... « Dès que les ONG s'en vont, les réfugiés, qui ne sont pas voués à rester sur place, se retrouvent sans solution », déplore David Monnier qui, de retour d'Haïti en 2013, intègre une société britannique spécialisée dans la micro-filtration de l'eau comme business développeur. Le début d'une nouvelle aventure.

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De l'humanitaire à l'entrepreneuriat

La startup nantaise Fonto de Vivo, « Fontaine de Vie » en esperanto, est née de cette problématique. A savoir, produire de l'eau potable, rapidement, simplement, de façon autonome à moindre frais. « Très vite, j'ai sollicité les ONG (Médecins sans frontières, Terre des hommes, Action contre la Faim...). Toutes, conscientes du besoin, ont joué le jeu et sont venues à Nantes participer à des réunions préparatoires pour bâtir un cahier des charges », raconte l'humanitaire devenu entrepreneur, aujourd'hui, installé dans le vignoble nantais, proche de ses racines pornicaises.

« Mais l'entreprise, les marchés... je n'y connaissais rien », reconnait le jeune créateur. Plus habile avec le recrutement, il frappe aux portes de l'université de Nantes. Et c'est Anthony Cailleau, 34 ans, responsable développement marketing et international de la SAS Capacités, filiale de valorisation de la recherche de l'université nantaise, qui lui ouvre les portes. Après huit années à côtoyer la recherche académique, lui aussi a des fourmis entrepreneuriales dans les jambes. Le duo s'associe, en 2017, pour développer Fonto de Vivo.

Système breveté qui traite 99,9% des bactéries présentes dans l'eau

Hébergée par le Village by CA nantais, la jeune entreprise construit son écosystème : elle s'appuie sur le savoir-faire d'un cabinet d'études vendéen, fait appel à un spécialiste européen pour miniaturiser la membrane de filtration, le cœur du système. Un dispositif similaire aux filtres utilisés par les stations d'épuration urbaines. La startup sollicite de nombreuses entreprises des Pays de la Loire dont la société vendéenne MTO plastics pour construire une solution durable, économiquement viable, dépourvue d'obsolescence programmée... Ils mettent au points un modèle manuel, et donc autonome, léger (2kg), doté d'un système de rétro-lavage de la membrane pour garantir la qualité de l'eau et facilement réparable par n'importe qui.

Surtout, l'appareil est capable de rendre potable 120 litres d'eau à l'heure. « C'est presque comme si l'on amenait l'eau courante ! », remarque David Monnier, dont le système d'ultrafiltration, breveté, s'appuie sur les directives de l'OMS (Organisation Mondiale de la Santé) pour traiter 99,9% des virus et bactéries. La forme, elle aussi, a été pensée pour satisfaire aux exigences logistiques des palettes humanitaires. Un développement, dont les fondateurs ne préfèrent pas divulguer le montant.

Baptisé Orisa, ce purificateur, dont la durée de vie est estimée à cinq ans, est commercialisé 80€ hors taxes. Un coût amortissable entre 4 et 12 mois, selon les ONG consultées. Autrement dit, compétitif. Une pré-série de 500 unités vient d'être produite par MTO plastics. Retardée par la crise sanitaire, l'industrialisation bénéficie du soutien financier du Fonds Litto Invest et du Crédit Agricole Atlantique Vendée, via son fonds d'investissement Atlantique Vendée Innovation.

L'objectif est de produire 6000 appareils d'ici la fin de l'année, 20.000 l'an prochain et 50.000 en 2022. De 400.000 € en 2020, le chiffre d'affaires pourrait, si le Covid ne vient pas enrayer la dynamique esquissée par le business plan, rapidement grimper à 2 millions d'euros l'an prochain et 6 millions € à l'horizon 2022.

L'eau, entre enjeux sanitaires et politiques

Au-delà des ONG ciblées qui constituent à la fois des clients potentiels et des prescripteurs de confiance, Fonto de Vivo est de plus en plus sollicitée par de modestes et nombreuses associations locales engagées, ici avec un village, là un dispensaire ou un orphelinat, confrontées à la problématique de l'eau potable. « Les gens viennent à nous », se réjouit David Monnier qui, par le biais des ONG, pourrait rapidement déployer sa solution dans vingt-cinq pays.

D'ores et déjà, 2400 purificateurs ont été réservés pour la Colombie dans le cadre d'un FASEP (fonds d'études et d'aide au secteur privé) Innovation Verte mis en œuvre par la Direction Générale du Trésor français, pour déployer un démonstrateur et démontrer la réplicabilité d'une technologie. Objectif : pouvoir installer un réseau de vente et de réparation. Autonomes et réparables, ces 2400 purificateurs seront distribués dans le département de Vichada, au Nord du pays, à la frontière du Venezuela, une zone rurale et très isolée.

« On offre une solution à la ruralité et on suscite beaucoup d'intérêt en Amérique du Sud. Dans beaucoup de pays, on vous promet d'amener de l'eau, souvent sans jamais tenir ces promesses. Or, il faut être honnête, si l'on parle beaucoup de l'eau pour des enjeux de santé, l'eau, c'est aussi un vrai enjeu politique... », souligne l'humanitaire, passionné de géopolitique.

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Le prix 10.000 startups pour changer le monde, organisé par La Tribune et soutenu par BNP Paribas, Enedis, WeHealth Digital Medicine, Bpifrance et Business France, récompense depuis 8 ans les startups françaises les plus prometteuses dans six catégories qui incarnent les défis de demain : Environnement & Energie, Industrie du futur, Data & IA, Smart tech -innovations d'usage-, Santé et Start -pépites en phase d'amorçage. Lors d'un tour de France entre janvier et mars dans 8 métropoles françaises (Lyon, Marseille, Toulouse, Bordeaux, Nantes, Paris, Lille et Strasbourg), son jury d'experts et de journalistes a récompensé dans chaque région 6 startups, une par catégorie, soit 48 finalistes. Après sa victoire lors de la sélection régionale de Nantes dans la catégorie Environnement & Energie, Fonto de Vivo remporte le prix spécial Coup de Cœur du jury.

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