Internautes, savez-vous que vos données personnelles valent de l'or... pour vous ?

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Copyright Reuters (Crédits : © 2009 AFP)
Le débat sur la protection des informations stockées sur les réseaux est en train de prendre de l'ampleur, en raison de leur commercialisation, un marché très lucratif pour certaines sociétés. Certains internautes ont décidé de valoriser par eux-mêmes leur profil, une initiative qui rencontre un certain succès sur la toile.

Federico Zannier vend sa vie privée pour deux euros. Cet étudiant qui vit à New York a mis aux enchères la totalité de ses données Internet, avec une mise de départ de deux euros. Sur le site de financement collaboratif Kickstarter, il propose à qui voudra d'acheter son « empreinte web », autrement dit ses traces et données personnelles stockées sur Internet. Ceci inclut les pages web qu'il a visitées, les achats qu'il a effectués en ligne, son activité sur les réseaux sociaux, les vidéos qu'il a regardées, ses e-mails... Tout est expliqué dans la vidéo qui accompagne son projet (la traduction en francais est ici), ainsi que sur le site qu'il a créé.

30 milliards de dollars de revenus de la publicité aux Etats-unis

Mais Frederico Zannier ne fait pas ça par simple désir d'argent. A travers son geste, il veut interpeller les internautes sur la protection de leurs données et des informations qu'ils livrent fréquemment sans s'en apercevoir aux publicitaires. Le jeune homme a parcouru les conditions d'utilisation des géants du net tels que Google, Apple, Facebook... Parmi ces conditions, on peut notamment lire des phrases telles que : "Vous accordez une autorisation mondiale, non-exclusive, gratuite pour l'utilisation, la copie, la reproduction, le traitement, l'adaptation, la modification, la publication, la transmission, l'affichage et la distribution de ce contenu dans tout media et suivant toute méthode de distribution."

Le jeune homme s'est alors rendu compte que ces sociétés avaient le droit d'exploiter toutes les données personnelles de leurs utilisateurs, et ce avec notre consentement. « J'ai tout simplement accepté de donner un droit à vie, international, re-licenciable d'utiliser mes données personnelles », ironise-t-il. Il a ensuite établi ce simple constat : « En 2012, les revenus de la publicité aux États-Unis étaient aux alentours des 30 milliards de dollars. La même année, je tirais exactement 0 dollar des mes propres données. » Alors pourquoi ne pas vendre directement lui-même ses données, quitte à en tirer "quelques dollars" ?

Cependant, quand le jeune homme affirme ne rien recevoir en échange de ces informations, ce n?est pas tout à fait juste. Il ne semble pas prendre en compte le fait qu?il profite gratuitement des services de ce système même qu?il dénonce : lorsque Google nous permet de stocker des informations via le Cloud, ce service nous est proposé sans que nous n?ayons à payer pour l?utiliser.
 

Des internautes rémunérés en échange de leurs informations

Frederico n'est pas le seul à avoir eu  l'idée de tirer profit des données internet. « Redevenez propriétaire de votre profil ». Tel est le slogan de la start-up fraîchement créée Yes Profile, qui se charge de collecter les données personnelles d'un individu... et de le rémunérer en échange de celles-ci. Sur son site, l'entreprise propose aux internautes de se créer un « profil », qu'elle définit par « l'accumulation de données personnelles ». Ces données proviennent à la fois des traces numériques sur le web, mais aussi des informations laissées dans des points de vente, comme lorsque l'on utilise une carte de fidélité par exemple. L'internaute est invité à fournir des informations telles que son e-mail, son adresse, son âge... Tant de critères indispensables aux publicitaires pour cibler les clients. Des questions plus poussées, telles que les centres d'intérêt, les revenus, la situation familiale... sont aussi demandées. Par la suite, l'internaute a la possibilité de « louer son profil » à des marques qui lui communiqueront ainsi des publicités ciblées, en échange d'une rémunération.

Le site insiste sur l'aspect de « contrôle » de nos données. Son principal argument est de pouvoir assurer au client qu'il reprend possession de ses informations, déjà utilisées par d'autres marques sans qu'il ne s'en aperçoive. En effet, comment s'assurer de leur protection ? Les réseaux sociaux ne sont pas à l'abri de failles de sécurité. A titre d'exemple, en octobre 2012, le blogueur et militant pour les droits numériques, Bogomil Shopov, déclarait sur son blog avoir eu accès à 1,1 million de données personnelles Facebook pour la somme de... 5 dollars. Ce dernier avait acheté ces informations en répondant à une annonce publiée par un certain Mertem, qui aurait collecté des données grâce à des applications Facebook.
 

Notre vie privée est-elle en vente sans qu'on ne le sache ?

Facebook, Google, Youtube... Tous ces sites exploitent nos données à des fins commerciales. En plus des informations qu'on leur fournit « volontairement » lors de l'inscription sur ces sites (nom, adresse mail, âge...), les géants du web traquent aussi nos goûts et habitudes. Grâce au ciblage des contenus que l'on diffuse, les réseaux sociaux nous proposent des publicités en accord avec nos préférences, aux pages que l'on a visitées ou aimées...

Sans le savoir, notre vie privée s'étale dans des dizaines de données web, et s'entasse dans d'énormes Data centers. Lorsque l'on « like » la page d'un restaurant, que l'on partage un article de journal... Nous fournissons des informations qui sont une véritable mine d'or pour les annonceurs : elles sont leur base de travail. Après être collectées par Google, Facebook ou Twitter, ces données sont revendues aux publicitaires. Ainsi, nos habitudes d'achats, nos goûts ont une valeur commerciale et un prix... Nous sommes en quelque sorte, sans s'en rendre compte, les produits d'un énorme marché.

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Commentaires
a écrit le 16/05/2013 à 20:41 :
La vie privée c'est fini.
a écrit le 16/05/2013 à 18:21 :
Si ça vaut de l'or, faut acheter sans hésiter.
a écrit le 16/05/2013 à 18:10 :
certains commencent seulement à réaliser ce que Facebook et d'autres font depuis des années sans se cacher (les CGU sont accessibles en 3 clics). Un exemple parmis d'autres de notre "exception culturelle", terme qui confirme que notre culture est inadaptée (excepter = ne pas comprendre dans un ensemble). La vraie culture n'a pas besoin d'exception.
a écrit le 16/05/2013 à 16:53 :
Comme le disent les guignols de l'info de Canal+ "l'information c'est vous qui la vivez, c'est nous qui en vivons". Chaque utilisateur du réseau internet et un contributeur du réseau des réseaux et taxer Google ou Facebook pour défendre les médias français qui perdent peu à peu leur monopole de l'information est ridicule. En revanche le glissement de l'économie physique vers l'économie numérique impose au gouvernement de former l'institution judiciaire aux infractions au droit d'auteur qui se sont banalisées sur internet. Ceci ne concerne pas seulement les lobbies du disque ou du cinéma mais aussi les citoyens lambda concernant les données qu'ils transmettent au réseau des réseaux.
a écrit le 16/05/2013 à 16:31 :
Ces services proposés par ces géants du net peuvent être utiles mais il nous appartient d'en tirer parti sans se laisser dépouiller de son identité. Il est possible de segmenter ses données en créant des profils sous des noms factices distincts associés à des boîtes courriel distinctes. Si vous supprimez toute possibilité de croiser vos données, elles acquièrent peu de valeur commerciale. Votre vraie identité peut être affichée lorsque vous avez intérêt à ce que des données précises soient publiées et diffusées, par exemple votre CV de carrière sur un réseau social professionnel.
a écrit le 16/05/2013 à 14:32 :
Et il aura fallu tout un article pour nous dire ce que nous savons déjà : nous sommes les produits d'un énorme marché.
Réponse de le 16/05/2013 à 14:42 :
@Creature: oui, mais ce n'est pas inutile de le souligner tant on voit d'idiots qui propagent leurs infos perso sur Facebook et cie. Le grand fichage a commencé :-)

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