Comment Google et Meta (Facebook) se servent de la crise pour « tailler dans le gras »

Malgré la chute des valorisations tech, l'inflation et les crises géopolitiques, Google et Meta (la maison-mère de Facebook) restent parmi les entreprises les plus profitables au monde. Pourtant, les deux géants de la tech se sont engagés dans un gel des embauches, voire des licenciements, et remettent en cause leur culture d'entreprise basée sur l'abondance.
Sylvain Rolland
Pourtant en très forte croissance, Google avait déjà choqué en mars dernier en licenciant 100 employés de sa division Google Cloud.
Pourtant en très forte croissance, Google avait déjà choqué en mars dernier en licenciant 100 employés de sa division Google Cloud. (Crédits : ANNEGRET HILSE)

Recrutements incessants et culture d'entreprise de l'abondance ont longtemps caractérisé les géants américains de la tech comme Google et Meta (la maison-mère de Facebook et Instagram). Buffet gratuit et à volonté de produits bio et locaux à toute heure de la journée, laverie et service de repassage de vêtements, salle de sport, crèche d'entreprise, voiturier... Pendant des années, travailler chez les rois de la tech incluait, en plus des meilleurs salaires du marché, de bénéficier d'avantages avec lesquelles les autres entreprises ne pouvaient tout simplement pas rivaliser.

Chez la plupart des géants de la tech, le bien-être du salarié a été érigé depuis dix ans en mode de vie. Non sans arrière-pensée économique : plus un employé est bien payé, motivé par des primes, et chouchouté par des avantages qui lui facilitent la vie, plus il s'impliquera dans son travail sans compter ses heures, et plus il sera loyal à l'entreprise, ce qui est crucial dans un contexte de guerre des talents.

Ainsi, on se sent parfois dans un parc d'attractions lorsqu'on visite les « campus » de Google ou de Meta dans la Silicon Valley, avec leurs allées parsemées de boutiques, distributeurs automatiques de billets et restaurants. Même impression à San Francisco en déambulant dans les couloirs des magnifiques sièges sociaux ultra-design de Twitter, Salesforce ou Airbnb, qui a dessiné chaque espace en s'inspirant de la culture d'une région différente du monde.

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Chute des valorisations, fin de l'insouciance

Mais tout ceci pourrait bientôt devenir de l'histoire ancienne. Le déclencheur : la fin de l'euphorie boursière pour les géants de la tech. Depuis le début de l'année, les investisseurs semblent revenus à la raison et ont corrigé leurs valorisations excessives, qui avaient explosé post-Covid. Le retour sur Terre est violent : -34% pour Google, -14% pour Apple, -33% pour Amazon, -30% pour Microsoft, et un spectaculaire -60% pour Meta.

A l'exception de Meta, qui a enregistré la première baisse de chiffre d'affaires de son histoire au deuxième trimestre, aucun de ces autres géants du numérique n'est sur le déclin, bien au contraire. Et même pour Meta, le déclin est, pour l'instant, très relatif. Ces cinq entreprises restent dans le top 10 mondial des entreprises les mieux valorisées au monde. Elles sont même plus profitables que jamais, et leur chiffre d'affaires reste supérieur au PIB de nombreux petits pays et à l'ensemble de celui du CAC 40 français.

Autrement dit, les Gafam ont toujours largement les moyens de maintenir le train de vie qui a fait leur renommée et leur attractivité auprès des talents. Pourtant, la fête semble bel et bien terminée. Tous profitent de la situation pour sabrer dans leurs effectifs et réduire la voilure dans le train de vie des salariés. L'objectif : montrer aux marchés que les entreprises tech savent aussi être résilientes quand l'économie est moins florissante. Rassurer sur la bonne utilisation du cash. Et se normaliser dans leur gestion des ressources humaines en mettant la pression sur les salariés pour produire davantage avec moins de ressources.

Suppressions de postes et nouvel état d'esprit plus économe

Ainsi, le PDG de Google, Sundar Pichai, a déclaré dans une note interne en juillet dernier, que les Googleurs « doivent être plus entreprenants » et travailler avec « une plus grande urgence, une concentration plus nette et plus de faim » que lors des jours « plus ensoleillés ». Autrement dit, renouer avec l'esprit startup d'un travail acharné pour innover, le tout avec moins de confort. Quitte à générer un stress nouveau chez les salariés.

Le PDG de Meta, Mark Zuckerberg, a formulé cette même idée de manière plus brutale encore en juin dernier devant ses salariés : « Je pense que certains d'entre vous pourraient se dire que cet endroit n'est plus pour eux. La sélection naturelle est d'accord avec moi... De manière réaliste, il y a probablement un tas de personnes dans l'entreprise qui ne devraient pas être ici », a affirmé le patron, d'après la presse américaine.

« Pendant très longtemps, les dépenses étaient illimitées. Il y avait beaucoup de gras dans les organisations, mais il est très sain de réduire cette graisse. La fête est finie », a déclaré un cadre de Meta au site américain Recode. L'empire des réseaux sociaux, qui revendique plus de 80.000 employés dans le monde, a ainsi annoncé à ses employés un budget 2023 « très serré » et un gel des embauches jusqu'à nouvel ordre. « Beaucoup d'équipes vont diminuer afin que nous puissions réaffecter notre énergie à d'autres domaines », avait prévenu Mark Zuckerberg lors de la présentation des résultats financiers du deuxième trimestre. Tous les départs ne seront pas remplacés, et le groupe prévoirait, selon le Wall Street Journal, de réduire ses dépenses de 10% en 2023, avec des coupes dans les avantages salariés perçus comme trop coûteux.

De son côté, Google avait déjà choqué en mars dernier en licenciant 100 employés de sa division Google Cloud, pourtant en très forte croissance année après année, y compris dans le contexte actuel.

Investir sur des projets technologiques stratégiques

Les deux entreprises ont aussi recentré leurs dépenses d'investissements sur quelques projets et technologies stratégiques. Chez Google, on met le paquet sur l'intelligence artificielle. Chez Meta, on recentre les investissements sur la construction du métavers, donc sur la réalité augmentée et virtuelle.

Si Meta et Google ont assumé clairement auprès de leurs salariés que la fête était terminée, de nombreuses entreprises de la tech ont décidé, ces derniers mois, de geler leurs embauches, voire de réduire leurs effectifs. Ainsi, fin août, Snap a annoncé la suppression de 20% de ses effectifs, soit près de 1300 postes, tandis qu'Amazon, qui emploie près de 1,5 million de personnes dans le monde, a réduit la voilure de 100.000 postes au deuxième trimestre.

Sylvain Rolland

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Commentaires 3
à écrit le 04/10/2022 à 14:54
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Facebook est sur la pente descendante, le contenu est de moins en moins intéressant, c'est normal qu'ils réduisent les charges pour rester profitables.

à écrit le 03/10/2022 à 20:02
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LIDL gèle également les embauches or LIDL ça fait trois ans qu'ils font un CA record grâce à la crise mais voilà, c'est la crise et c'est là que l'on voit qu'elle est sérieuse.

à écrit le 03/10/2022 à 18:23
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en août dernier, une étude de NGP Capital nous apprenait que le marché de l'emploi des entreprises de la Tech française était plus résilient que chez les autres pays développés. et aujourd'hui, une analyse de la banque d'affaires Avolta dévoile que...

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