Peut-on faire confiance à un entretien en visioconférence ? Plus vraiment, si on s'en tient aux récents incidents de deepfake. Le dernier cas en date, révélé par les enquêteurs en cybersécurité de Palo Alto Networks, met en lumière un usage troublant de l'intelligence artificielle dans le processus de recrutement.
Tout commence avec une fuite de données touchant Cutout.Pro, une plateforme populaire d'édition d'images dopée à l'IA. En analysant une base de plus de 20 millions d'utilisateurs, les experts tombent sur plusieurs adresses email suspectes, potentiellement liées à des hackers nord-coréens. Dans un rapport publié le 21 avril, Palo Alto dévoile les portraits de ces cybercriminels, ainsi que les images modifiées qu'ils ont généré.
Leur objectif n'est pas de se créer un tout nouveau visage, mais plutôt de modifier subtilement le leur. Ce procédé de morphing offre deux avantages : il permet à un même opérateur de postuler plusieurs fois ou à différents postes dans un même secteur en changeant simplement d'identité, et il complique leur identification par les services de renseignement, qui s'appuient sur des photos de recherche diffusées dans les mandats d'arrêt internationaux.
Les hackers ne s'arrêtent pas à la phase de test, ils mettent en pratique leur escroquerie. En mars dernier, la start-up polonaise Vidoc Security, spécialisée dans la cybersécurité par IA, reçoit la candidature d'un développeur. Dès l'entretien en visioconférence, plusieurs éléments éveillent les soupçons du recruteur : le candidat prétend avoir étudié en Serbie, mais ne parle pas la langue, son accent semble plus asiatique que slave, et ses résultats techniques dépassent de très loin ceux des autres postulants.