Fake news : les pro-Trump jouent au chat et à la souris avec Facebook et Twitter

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Une phrase prononcée par Joe Biden dans un discours a été coupée et sortie de son contexte par des partisans pro-Trump, et est devenue virale sur les réseaux sociaux.
Une phrase prononcée par Joe Biden dans un discours a été coupée et sortie de son contexte par des partisans pro-Trump, et est devenue virale sur les réseaux sociaux. (Crédits : MIKE BLAKE)
Traumatisés par le fiasco de l'élection présidentielle de 2016, les réseaux sociaux Facebook et Twitter musclent leur dispositif contre la manipulation électorale. En pré-campagne, Donald Trump en est la première victime : Facebook a retiré des publicités frauduleuses en sa faveur, tandis que Twitter a affublé l'une des vidéos du président de son nouveau tag "contenu manipulé" qui s'affiche sur des photos et vidéos truquées. Mais il reste très facile de contourner cette modération.

Les réseaux sociaux pourriront-ils l'élection présidentielle américaine de 2020 comme ils l'ont fait en 2016 ? Facebook et Twitter sont au garde-à-vous pour l'éviter. Sous la pression des régulateurs et de l'opinion publique depuis la révélation, en 2018, du scandale Cambridge Analytica -manipulation électorale à grande échelle sur les réseaux sociaux via des campagnes de pub frauduleuses et des fake news en faveur de Donald Trump ou encore du Brexit-, les deux géants multiplient les initiatives. L'enjeu : supprimer les publicités frauduleuses et promouvoir une information vérifiée contre les fake news. Un jeu du chat et de la souris permanent, qui limite mais n'empêche pas la circulation des fausses nouvelles, et qui pousse ceux qui veulent manipuler l'opinion à recourir à de nouveaux stratagèmes.

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Twitter affuble une vidéo pro-Trump d'un tag "contenu manipulé", Facebook supprime des pubs frauduleuses pro-Trump

Ainsi, Twitter a lancé un nouveau tag intitulé "contenu manipulé" (manipulated media), qu'il a choisi d'afficher au-dessous des vidéos ou des photos identifiées comme truquées par son équipe de modération. La première vidéo incriminée est un extrait de 13 secondes d'un discours de campagne de Joe Biden, candidat à l'investiture démocrate, dans lequel on l'entend dire : "On ne peut que réélire Donald Trump". La vidéo a été rendue virale (plus de 6 millions de vues) une fois partagée par Dan Scavino, le responsable de la communication de la Maison-Blanche, et retweetée par Donald Trump lui-même.

Sauf que la phrase de Joe Biden a été coupée et sortie de son contexte. La phrase complète était : "On ne peut que réélire Donald Trump que si on s'engage dans ce peloton d'exécution" [en référence aux attaques personnelles et aux propos négatifs qui polluent la campagne, Ndlr]. Twitter a donc ajouté lundi 9 mars la mention "Contenu manipulé" en-dessous de la vidéo, visible dans le fil d'actualité des personnes qui la partagent.

Twitter trump

De son côté, Facebook a retiré vendredi dernier une publicité frauduleuse pro-Trump qui se faisait passer pour des informations sur le recensement de la population. Les messages sponsorisés encourageaient les utilisateurs de Facebook à participer au recensement officiel de 2020, mais ils les redirigeaient vers le site de campagne du président. Les personnes se retrouvaient sur un sondage en ligne qui leur demandait leur opinion sur le président américain, ainsi que leur âge, leur nom et des informations pour les contacter. Ils étaient ensuite incités à faire une donation.

Discréditer et contourner la modération, tout un art dans ce jeu du chat et de la souris

Les publicités frauduleuses pro-Trump sur Facebook ont été signalées jeudi dernier par Nancy Pelosi, la présidente démocrate de la Chambre des représentants, quand elles étaient encore en ligne. Si Facebook a réagi moins de 24 heures plus tard, cela a suffit à relancer le débat houleux sur les annonces à caractère politique sur les réseaux sociaux, qui restent autorisées par Facebook malgré les risques de dérives. "Même si nous sommes satisfaits que Facebook ait mis fin à la tentative de Donald Trump de semer la confusion sur comment et quand participer au recensement de 2020, il est perturbant que les publicités n'aient pas été immédiatement enlevées", a commenté Vanita Gupta, la présidente d'une ONG de défense des droits humains, dans un communiqué.

La dirigeante pointe du doigt un problème bien connu : malgré le recours à l'intelligence artificielle pour détecter les faux comptes, les fake news et les initiatives frauduleuses, malgré les armées de modérateurs humains des plateformes, il suffit de peu de temps à une campagne de désinformation pour trouver son public et devenir virale, donc hors de contrôle. En témoigne l'information actuelle sur le coronavirus : si Facebook et Twitter font leur maximum pour promouvoir des informations officielles et vérifiées, les infox pullulent, partagées de compte en compte, inondant les commentaires parfois sur des publications officielles, et se faufilant dans l'immense galaxie des groupes publics et privés complotistes.

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Discréditer et contourner la modération fait donc partie intégrante du jeu du chat et de la souris. Dans le cas de la vidéo truquée de Joe Biden, la sphère pro-Trump de Twitter a massivement tweeté et retweeté des commentaires de la décision de Twitter, nourrissant le discours du président sur la chasse aux sorcières qui serait pratiquée par "l'establishment", et alimentant diverses théories du complot.

Autrement dit, bien qu'indispensable et malgré leurs efforts, la modération des plateformes montre encore vite ses limites et peut facilement être retournée à l'avantage de ceux qui la subissent. D'autant plus que de nouveaux outils, comme les deepfakes, ces fausses vidéos truquées grâce à l'intelligence artificielle, donnent déjà de nombreux fils à retordre aux plateformes.

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Commentaires
a écrit le 09/03/2020 à 16:42 :
Pourquoi uniquement les pro-Trump? Les anti-Trump sont blancs comme neige?
Réponse de le 09/03/2020 à 17:27 :
Evidemment non mais Trump est depuis son élection est la cible des néoconservateurs us qui veulent le faire tomber. La calotte d' Hillary qui ne tenait n' est tjrs pas digérée. On a là la bataille des partisans de l' Etat-nation via Trump au service de son pays contre les globalistes, partisans du pays des autres.

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