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Investir (dans) l'intelligence, le grand chantier de Google

Photo de Sylvain Rolland

Sylvain Rolland

Publié le 20 mai 2016 à 09:14 - Mis à jour le 26 mai 2016 à 10:17

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

Photo d'illustration de l'article
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Lors de sa traditionnelle conférence des développeurs, Google a annoncé une série de nouveaux projets dans l’intelligence artificielle, la messagerie instantanée, le mobile, la réalité virtuelle ou encore la maison connectée. L’objectif : créer des produits et des services interconnectés, auto-apprenants et intelligents, pour asseoir sa domination sur l’internet mondial.

A chaque printemps, c'est le même rituel. Pendant trois jours (du 18 au 20 mai cette année), Google réunit à San Francisco la crème des développeurs pour leur en mettre plein la vue avec ses nouveaux projets, services et produits qui seront lancés dans les semaines et les mois à venir.

L'édition 2016 n'a pas fait exception à la règle. Elle est même particulièrement prolixe en annonces : une dizaine. Celles-ci laissent entrevoir les orientations stratégiques du géant de l'Internet. Avec un crédo : l'intelligence, sous toutes ses formes. Qu'il s'agisse d'améliorer les services existants à l'aide d'algorithmes de plus en plus perfectionnés, de les faire évoluer pour prendre en compte les nouveaux usages (requêtes orales, objets connectés, mobile) ou, carrément, d'inventer des nouveaux services comme dans la réalité virtuelle ou la voiture autonome.

Google Now, ou la quête du résultat de recherche parfait

Si Google (ou plutôt, Alphabet, sa maison-mère), est une pieuvre aux multiples bras, son cœur de métier reste la recherche en ligne, moteur de la croissance du groupe et source de l'essentiel de ses revenus. Pour la rendre plus intuitive, plus efficace, la firme a décidé d'offrir un sérieux lifting à son assistant personnel, Google Now, qui devient Google Assistant.

L'objectif est clair : améliorer la pertinence des résultats grâce à l'analyse des données, ce qui permet de prendre en compte le contexte de la requête. Google Assistant améliore aussi la fonction vocale, qui plaît visiblement aux utilisateurs puisqu'une requête sur cinq est formulée oralement. A partir d'une requête exprimée à haute voix, l'assistant personnel est capable de saisir le contexte et de lier la demande à d'autres requêtes similaires ou sur le même sujet, pour apporter une réponse plus personnalisée.

Par exemple, si vous demandez "qu'est-ce que c'est ?" en référence à une photo sur votre écran, l'outil va comprendre que vous voulez en savoir plus sur l'objet de la photo. Evidemment, Google Now fonctionne sous tous les supports, du PC fixe au smartphone, en passant par les tablettes.

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Google Home, ou comment Google compte s'approprier la maison

Toujours dans l'optique de simplifier la vie de ses utilisateurs, Google s'apprête à lancer Home, un appareil domotique aux multiples fonctionnalités. Doté d'une intelligence artificielle, cet appareil cylindrique, comme un petit vase, se pose sur une table. Il intègre le puissant moteur de recherche de Google et ses dernières applications pour reconnaître la voix et effectuer une requête pendant que l'utilisateur reste assis sur son canapé.

Home permet surtout de contrôler tous les objets connectés de la maison (téléviseur, réveil, appareils ménagers, enceintes...), pour peu qu'ils soient compatibles, ce qui devrait être rapidement le cas pour la plupart des objets connectés puisque Google a incité les développeurs à plancher sur le sujet.

Grâce à l'intelligence artificielle (qui apprend au fur et à mesure, comme il se doit), une simple commande vocale à Google Home permet donc d'allumer sa cafetière connectée, d'envoyer un courriel ou encore de consulter son agenda électronique tout en s'habillant le matin.

Si les "centralisateurs" d'objets connectés sont nombreux à voir le jour, Google Home marche surtout sur les plates-bandes d'Echo, le service similaire proposé par un autre géant du Net, Amazon. Qui gagnera la bataille de la domotique et de l'Internet des objets ?

Allo et Duo, ou comment Google veut dominer les communications

Si Google est le champion de la recherche en ligne et veut devenir celui de la maison connectée, il reste à la traîne dans la messagerie instantanée, de plus en plus populaire et dominée par Facebook (Messenger, WhatsApp), Apple (iMessage), Microsoft (Skype) ou encore le système de messagerie de Twitter. D'autant plus que la plateforme de messagerie et de visioconférence Hangouts, lancée en 2013, ne rencontre pas le succès espéré.

| Lire. Comment les robots de Facebook vont transformer Messenger

Google compte revenir dans la course grâce à Allo et Duo, toutes deux disponibles cet été sur iOS et Android. Avec la stratégie suivante : prendre le meilleur de la concurrence, et ajouter la touche maison, à savoir l'intelligence artificielle ou une fonctionnalité supplémentaire.

A première vue, Allo est une messagerie instantanée classique, comme Messenger ou iMessage. Sauf qu'elle propose aussi des "réponses automatiques" en fonction du contexte de la discussion, pour "vous faire gagner du temps". Plus le temps passe, plus l'intelligence artificielle connaît votre manière d'écrire et de réagir et vous proposera des suggestions de réponses de plus en plus appropriées. Comme son concurrent WhatsApp, Allo pratiquera aussi le chiffrement de bout en bout, pour garantir la confidentialité.

La deuxième application, Duo, se veut le FaceTime ou le Skype de Google. Cette appli d'appels vidéos propose la même chose que les concurrents (des appels gratuits partout dans le monde), mais se distingue avec deux particularités. D'abord, son logiciel adaptera la qualité de la vidéo en fonction de votre bande-passante (Skype et Viber pourraient s'en inspirer). Ensuite, la fonctionnalité "Knock knock" permettra de voir le visage de celui qui appelle avant de décrocher.

Daydream, ou comment Google veut préempter la réalité virtuelle

Comme ses concurrents Facebook ou encore Microsoft, Google se positionne depuis plusieurs années sur le secteur porteur de la réalité virtuelle, appelé à révolutionner les communications et le divertissement dans les cinq ou dix années à venir. Mais jusqu'à présent, la firme proposait uniquement le Cardboard, un casque de réalité virtuelle en carton, lancé il y a deux ans. Une entrée en douceur et un produit un peu « cheap », loin des véritables ambitions de Google dans ce domaine.

| Lire. Tay, l'intelligence artificielle raciste et sexiste de Microsoft

A partir de septembre, Google passera aux choses sérieuses avec Daydream. Il s'agit ni plus ni moins que d'une plateforme dédiée à la réalité virtuelle, dont le but non-avoué est de cannibaliser le marché en faisant en sorte que le maximum d'applications de réalité virtuelle passent par l'écosystème Google, en l'occurrence Android, qui équipe actuellement environ 80% des smartphones aux Etats-Unis et en Europe.

Concrètement, Daydream est d'abord un projet de casque de réalité virtuelle, accompagné d'une manette. Dans la guerre actuelle entre les géants du Net pour fabriquer le meilleur casque, celui qui convaincra le grand public de sortir le portefeuille, Google aimerait gagner cette bataille de l'équipement et en appelle à l'inventivité des développeurs.

Surtout, Daydream est une plateforme destinée à accueillir des applications de réalité virtuelle conçues par les autres, qui fonctionneront donc sous Android N, la nouvelle version du système d'exploitation mobile de Google. Les fabricants de smartphones Samsung, LG, Xuawei, Xiaomi, Asus, Alcatel et ZTE, qui fonctionnent sous Android, sont d'ores et déjà compatibles avec Daydream.

| Lire. A Barcelone, la réalité virtuelle fait son show

Domination de l'internet mondial

Plus que jamais, Google est sur tous les fronts pour créer un environnement toujours plus large de produits, de services et d'applications, qui s'appliquent à toutes les facettes de la vie numérique au XXIè siècle. De quoi lui permettre de récolter, et d'exploiter, toujours plus de données personnelles, pour affiner sans cesse sa connaissance de l'humanité et lui proposer toujours plus de nouveaux services.

La firme de Mountain View a également annoncé des améliorations pour sa montre connectée, Android Wear, qui pourra, comme la nouvelle version de l'Apple Watch, fonctionner sans avoir besoin de garder son smartphone à proximité. Le système d'exploitation Android va aussi subir quelques changements. En plus de la nouvelle version qui porte, pour l'instant, le nom de N (Google a invité le public à lui trouver une meilleure appellation), la fonctionnalité Instant Apps permettra de lancer des applications Android sans avoir à les installer. Pratique pour économiser de la data ou que l'on n'a pas une bonne connectivité. Au moment de cliquer sur un lien, par exemple, Instant Apps permettra de voir la page dans son environnement mobile, sans avoir besoin de télécharger l'application.

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Preuve du succès de ce business model, le chiffre d'affaires d'Alphabet, la maison-mère de Google, progresse toujours de manière insolente trimestre après trimestre, comme Facebook qui se dote des mêmes ambitions. Depuis février, Google joue même au chat et à la souris avec Apple pour la place de première capitalisation mondiale. Au 19 mai, Apple, qui a perdu deux fois son titre, avait réussi à repasser (provisoirement ?) devant.

Sylvain Rolland

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