Qui sera le Netflix ou le Spotify de la lecture en streaming ? Si l'écoute de musique et la télévision en ligne et sur abonnement changent les usages du grand public, le marché du livre en streaming se cherche encore un modèle. Alors que le Salon du livre (devenu Livre Paris) ouvre ses portes ce vendredi 15 mars au Parc des expositions à Paris, les acteurs de la librairie numérique fourbissent leurs armes, dans un marché physique du livre qui résiste encore à la révolution digitale. Le marché de l'édition réalise un chiffre d'affaires total de 4 milliards d'euros et connaît une lente érosion annuelle, mais le livre physique continue de représenter 95 % de parts de marché en volume comme en chiffre d'affaires (source Institut GSK).
Avec 47,8 millions de dollars levés et un million d'abonnés depuis janvier, Scribd, créé en 2007, semble le plus disposé à endosser le rôle de « Netflix du livre ». Son catalogue est alimenté par les cinq plus grosses maisons d'édition américaines (Simon & Schuster, HarperCollins, Penguin Random House, Macmillan et Hachette). Pour 8,99 euros par mois, on y retrouve des best-sellers, des classiques, la collection « Pour les Nuls », l'autobiographie de Michelle Obama, ou encore le dernier livre de l'humoriste et youtubeur aux 20 millions d'abonnés Shane Dawson. Côté magazines et livres audio, l'offre s'avère tout aussi impressionnante. La version française de la plate-forme existe depuis quelques années, mais son catalogue reste intégralement anglophone. La jeune pousse se concentre sur ce marché gigantesque, tiré par les États-Unis et l'Inde. Avec succès : le compteur d'abonnés explose avec plus de 50 % d'abonnés supplémentaires d'une année à l'autre.
Problème : contrairement à la musique ou à la vidéo, qui se consomment de plus en plus en ligne, le papier résiste bien dans les usages. Les éditeurs ne se sentent donc pas obligés de proposer leur catalogue en streaming. Par conséquent, ils ne vendent pas de licences globales. Ils choisissent ce qui atterrit sur Scribd et se font payer en fonction du nombre de vues que leurs livres réalisent en ligne. Autrement dit, plus un livre est populaire sur Scribd, plus sa facture aux maisons d'édition devient salée. C'est la logique du restaurant buffet : une fois le ticket d'entrée payé, tout ce que consomme le client réduit sa marge, jusqu'à la faire passer en négatif... Netflix, lui, ne rencontre pas ce problème. Comme il achète des licences d'exploitation pour ses films et séries, il paye le même montant, que le contenu ait été visionné une seule fois ou 40 millions.