La crise de la tech, révélateur d'un changement d'ère
Natasa Laporte
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Asma Mhalla, Olivier Sichel, et Mounir Mahjoubi-Jozefowicz au Tech For Future 2023.
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Asma Mhalla, Olivier Sichel, et Mounir Mahjoubi-Jozefowicz au Tech For Future 2023.
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Serait-ce un « Big Reset » ? En bon français, une réinitialisation ? La crise mondiale que traverse la tech depuis quelques temps a en tout cas de quoi soulever cette question. Plongée des valorisations boursières pour les géants numériques, hausse des taux d'intérêt, investissements en chute libre, faillite de la plateforme d'échanges de cryptomonnaies FTX ainsi que celle, retentissante, de la banque californienne des startups, la Silicon Valley Bank (SVB)... Autant dire que depuis quelque temps, des vents mauvais soufflent sur le secteur du numérique. « Nous sommes à un tournant financier », a lancé Olivier Sichel, directeur général délégué de la Caisse des dépôts et directeur de la Banque des territoires, en ouvrant le débat.
A un tournant géopolitique, aussi, à l'heure de la guerre en Ukraine et des tensions sino-américaines, notamment liées à TikTok. Et enfin, à un tournant technologique, avec l'arrivée de ChatGPT d'OpenAI, qui a relancé l'engouement pour l'intelligence artificielle (IA) et détourné les yeux des autres technologies, dont le métavers... « J'ajouterais un tournant philosophique et politique », analyse ce dirigeant, signataire de la lettre ouverte d'Elon Musk et de centaines d'experts demandant, du fait des risques de désinformation et de perte de contrôle, un moratoire de six mois sur les projets d'IA et davantage de réglementation. « Ce que dit cette tribune, c'est que tous ces risques ne doivent pas être délégués à des leaders de la tech non élus. Ce ne sont pas eux qui doivent décider, poursuit Olivier Sichel. Il faut mettre en place une gouvernance avec des 'policy makers' », donc à base de décisions politiques. Une véritable révolution pour la Silicon Valley, qui a prêché pendant des années que « le code faisait la loi ». Place, désormais, à la loi, qui va définir le code.
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« Est-ce que nous vivons actuellement une révolution ? Je ne crois pas », tempère toutefois Asma Mallah, maître de conférences à Columbia, Sciences Po et Polytechnique. « Les innovations technologiques s'inscrivent dans des courbes de temps long, dans des progressions, c'est un processus », explique-t-elle. La tendance, en fait, c'est que « tout est en passe de devenir totalement symbiotique », poursuit-elle. Entre réel et virtuel, vrai et faux, les frontières sont de plus en plus difficiles à tracer. Mais la question fondamentale, pointe cette spécialiste de la géopolitique du numérique, n'est pas technologique - elle est politique. « Nous sommes dans un moment de recomposition des blocs, de chahutage de l'ordre mondial tel que nous l'avons connu jusqu'ici. Et la rivalité se joue avant tout entre les Etats-Unis et la Chine, en particulier sur la question technologique. »
Natasa Laporte