Levées de fonds : les greentech tricolores ne connaissent pas la crise… pour l'instant

Les startups françaises développant des solutions innovantes pour le climat et l'environnement ont levé 2,5 milliards d'euros en 2022, un montant en hausse de plus de 50% sur un an, révèle un panorama dressé par Bpifrance. Mais la banque publique d'investissement s'inquiète d'un possible décrochage dans les mois à venir, alors que l'ensemble de la tech européenne est en crise.
En 2022, Bpifrance a investi un peu moins de 200 millions d'euros en direct dans une trentaine de greentech et 130 millions d'euros en fonds de fonds.
En 2022, Bpifrance a investi un peu moins de 200 millions d'euros en direct dans une trentaine de greentech et 130 millions d'euros en fonds de fonds. (Crédits : Charles Platiau)

Les investissements dans les jeunes pousses françaises qui développent des solutions en faveur du climat et de l'environnement se sont envolés en 2022. L'année dernière, les startups de la greentech ont levé un peu plus de 2,5 milliards d'euros, contre 1,6 milliard d'euros en 2021, soit une hausse de 53%, révèle le nouveau panorama de Bpifrance, publié ce mardi 4 avril à l'occasion de son grand raout annuel dédié à la transition écologique et énergétique, le Jour E. En 2022, 150 greentech ont levé des fonds, contre 93 un an auparavant.

Ce boom s'explique aussi par la multiplication des tours de table supérieurs à 100 millions d'euros. Back Market, la marketplace de produits tech reconditionnés, a ouvert le bal en janvier 2022 avec un tour de table XXL de 450 millions d'euros. Deepki, spécialisée dans l'analyse des données pour accélérer la transition énergétique des acteurs de l'immobilier, a quant à elle levé 150 millions d'euros. NW Storm, de son côté, a officialisé un tour de table de 300 millions d'euros en juin pour déployer son modèle hybride, couplant système de stockage sur batteries et chargeurs pour véhicules électriques. Dans la foulée, son concurrent Electra, a également annoncé une augmentation de capital de 160 millions d'euros pour ses bornes de recharge ultra rapides. Dans un tout autre secteur, le bordelais Flying Whales a bouclé, au cours de l'été, un tour de financement de 122 millions d'euros pour son dirigeable à propulsion électrique dédié au transport de fret.

Deux moteurs spécifiques

Cette forte dynamique est tirée par deux moteurs bien spécifiques, explique Paul-François Fournier, directeur exécutif de la direction innovation de Bpifrance : les appels à projet lancés dans le cadre de France 2030 (le plan du gouvernement à 54 milliards d'euros destiné à rattraper le retard industriel français tout en soutenant la transition écologique) et le début du déploiement d'importants financements liés aux Projets importants d'intérêt européen commun (IPCEI) autour de l'hydrogène.

« Cette croissance significative est de plus en plus prononcée sur le [financement, ndlr] privé. Lorsque le financement public entraîne le financement privé, c'est un très bon signal », observe-t-il.

De son côté, la banque publique a investi 194 millions d'euros en direct dans une trentaine d'entreprises (contre 201 millions d'euros l'année précédente) et a investi 130 millions d'euros en fonds de fonds (en hausse de 30% par rapport à 2021).

Pour l'heure, la dynamique française contraste avec le recul des investissements en capital-risque dans la cleantech observé à l'échelle européenne et mondiale, souligne l'étude. Au sein de l'UE, les investissements dans ce secteur se sont repliés de 14% en 2022 et ils sont en retrait de 17% en Amérique du Nord. De manière générale, la French Tech se distingue des autres écosystèmes européens  avec 13,5 milliards d'euros levés en 2022, en hausse de 17%. Une vraie performance dans une Europe de la tech en crise.

Inquiétudes pour 2023

« 2023 ce sera toutefois un peu plus dur dans un contexte de retournement de cycle traditionnel de la tech », anticipe le directeur innovation. « L'inquiétude porte sur l'ensemble du marché mondial de la tech. Ce que l'on perçoit, à date, c'est qu'il n'y a pas un décrochage plus fort sur la greentech que sur l'ensemble du marché. Les signaux ne sont pas tout à fait au rouge, des tours de tables significatifs se font », rapporte-t-il. Les greentech pourraient même être davantage épargnées par la hausse des taux que d'autres secteurs en raison des impératifs de décarbonation obligeant les grandes entreprises à accélérer leurs transitions écologique et énergétique et donc à recourir à leurs solutions.

L'investisseur public se préoccupe toutefois du maintien des financements privés. « Il faut parvenir à mobiliser suffisamment d'investissements privés pour prendre le relais de la dynamique que nous avons mise en place. C'est un gros pari que l'on fait. En 2022, cela a fonctionné, il faut que cela se maintienne dans la durée, même si 2023 ne fera pas office d'arbitre définitif », explique Paul-François Fournier.

Au-delà de la progression importante des levées de fonds, l'étude dresse un panorama d'un écosystème grandissant avec 2.153 greentech françaises identifiées à fin 2022, soit 300 de plus qu'un an auparavant. Une part importante de ces jeunes pousses sont issues de laboratoires de recherche (19%) et elles sont 47% à avoir des enjeux industriels.

Un écosystème grandissant

« Il y a des secteurs qui prennent de plus en plus de poids, en particulier le pôle transition environnementale, qui représente désormais 24% des sujets », pointe Paul-François Fournier. Cette vaste catégorie englobe, entre autres, la décarbonation de l'industrie et le traitement de ses rejets, la biodiversité, mais aussi l'économie circulaire. Dans cette verticale, on retrouve, notamment, Metron qui exploite l'analyse des données pour réduire l'empreinte carbone des industriels. Autre exemple avec Revcoo, une startup spécialisée dans le recyclage des fumées d'usines. Ou encore la toute jeune pousse Bioteos, qui a mis au point un purificateur d'air à partir de microalgues afin de traiter des polluants atmosphériques.

L'autre grande catégorie est celle des énergies nouvelles (23%), regroupant la production d'énergies renouvelables et nucléaire, l'hydrogène, mais aussi la distribution, les infrastructures, le stockage et les questions d'efficacité énergétique. Y gravitent de nombreuses greentech comme McPhy, Lhyfe ou encore Sylfen, Genvia et Hysilabs dans l'hydrogène. Mais aussi des nouvelles startups développant des réacteurs innovants, comme Jimmy, Naarea, Hexana ou encore Stellaria qui entendent bien surfer sur la relance du nucléaire. Fadilec a, quant à elle, mis au point un robot capable de détecter les déchets nucléaires. De son coté, la bretonne Sweet Energy entend exploiter l'énergie osmotique, qui consiste à produire de l'électricité à partir de la différence de salinité entre l'eau douce des rivières et l'eau de mer.

Selon Paul-François Fournier, l'écosystème tricolore ne présente pas « de trou dans la raquette », reste que ces jeunes pousses doivent gagner en visibilité et parvenir à se faire davantage connaître auprès des grands groupes et notamment des industriels. Créer des ponts entre ces deux mondes, c'est l'un des principaux enjeux du Jour E. « La valeur ajoutée des greentech, c'est de s'insérer dans un terreau existant de filières traditionnelles qui ont besoin de se décarboner », rappelle le dirigeant.

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Commentaire 1
à écrit le 04/04/2023 à 20:33
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2.5 milliards pour 150 sociétés c'est peanuts. A mettre en comparaison aux 11,8 milliards de rachat d'action des entreprises du CAC 40.

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