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Marre d’être espionné sur Internet ? Qwant et DuckDuckGo surfent sur la vague anti-Google

Photo de Delphine Cuny

Delphine Cuny

Publié le 23 avril 2015 à 05:00 - Mis à jour le 05 mars 2026 à 13:13

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Le moteur de recherche français et son homologue américain mettent en avant le respect de la vie privée pour attirer les internautes. Mais leur trafic en hausse reste lilliputien face à celui de Google.

« Les internautes ont le choix. La concurrence est à un clic » faisait valoir le président exécutif de Google, Eric Schmidt, en octobre dernier. « Il existe de nombreux autres moteurs de recherche tels que Bing, Yahoo, Quora, DuckDuckGo et une nouvelle vague d'assistants à la recherche comme Siri d'Apple et Cortana de Microsoft » arguait la semaine dernière Amit Singhal, le directeur de Google Search, dans un billet de blog au lendemain de l'accusation formelle d'abus de position dominante par la Commission européenne. Avant de citer le français Qwant, dans lequel le groupe de presse allemand Axel Springer a investi en juin 2014.

Pour autant, qui utilise un autre moteur que Google, devenu un verbe pour dire rechercher sur Internet (« googliser » ou « googler ») ? En France, sa part de marché est estimée entre 90% et 95%, comme dans la plupart des pays de l'Union européenne, sauf en République tchèque. Selon l'adage, nul n'est prophète en son pays : aux Etats-Unis, la part de marché de Google s'est érodée autour de 64% selon comScore en mars, Bing grimpant à un niveau record de 20%, devant Yahoo à 12,8%, Ask à 1,8% ou AOL à 1,1%. En Russie, Google n'a jamais percé face au champion local Yandex, en Corée du Sud encore moins face à Naver.

(graphique Qwant)

Or « Google sait tout sur vous ! » explique Tristan Nitot, l'ex-évangéliste en chef de Mozilla, quiprépare un livre sur la protection des données personnelles. « La somme d'informations que Google a de nous est inimaginable » met-il en garde. « Nous donnons consciemment des données à Google, mais il en collecte aussi sur nous sans que nous en ayons conscience, puis il recoupe ces données automatiquement entre elles pour les valider », détaille-t-il surson blog, exemples à l'appui.


Des alternatives vertueuses au trafic encore lilliputien

D'autres moteurs moins connus ont justement décidé de se poser en « anti-Google », en alternative vertueuse sur ce sujet sensible de l'utilisation des données personnelles.

« Le moteur de recherche qui ne vous espionne pas » promet le site américain DuckDuckGo, qui vous invite à « récupérer votre vie privée » insiste la société éditrice, fondée en 2008 par le multi-entrepreneur Gabriel Weinberg.


Il s'agit en fait d'un méta-moteur, agrégeant des informations d'autres sites, notamment Yahoo, Bing, Wikipedia. En 2014, le nombre de requêtes traitées a doublé, pour atteindre les 7 millions par jour. Une croissance qui s'est accélérée après la signature de deux partenariats : DuckDuckGo est depuis septembre proposé comme moteur par défaut du navigateur Safari sur l'iPhone et sur Mac, aux côtés de Yahoo, Bing ou bien sûr Google, et depuis novembre sur Firefox de Mozilla.


Ce qui n'est pas le cas du français Qwant, plus récent, lancé il y a deux ans en version bêta et qui vient d'être entièrement refondu, dans une version épurée, faisant disparaître la colonne shopping au profit de l'actualité et des réseaux sociaux.

« Le moteur de recherche qui respecte votre vie privée » promet Qwant sur sa page d'accueil. « La philosophie de Qwant repose sur 2 principes : ne pas tracer les utilisateurs et ne pas filtrer le contenu d'internet. »

« Bravo au nouveau Qwant ! Un Google français en marche » avait même lancé sur Twitter le ministre de l'Economie, de l'Industrie et du Numérique Emmanuel Macron, à cette annonce. La ministre de l'Education nationale Najat Vallaud-Belkacem s'était associée, souhaitant sur Twitter « bon vent à Qwant nouveau format du moteur de recherche. Et bientôt Qwant Junior dans les classes », une version expurgée de violence, de sexe et de publicité, qui sera mise à la disposition des établissements scolaires à la rentrée, de façon expérimentale, avant d'être ouverte au grand public.

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Qwant revendique 6 millions de requêtes quotidiennes et 1,6 milliard sur l'année 2014, en triplement sur un an (507 millions en 2013). Pour mémoire, même si Google n'a pas communiqué de chiffres récents, le leader mondial de la recherche traite plus de 3 milliards de requêtes par jour et plus de 100 milliards par mois soit plus de mille milliards par an !

« Qwant, c'est un peu comme les salades, on a rien contre, mais on préfère quand même prendre des frites » ironise un porte-parole de l'Open Internet Project, le lobby anti-Google monté par de grands éditeurs européens du web (Lagardère, Springer, CCM Benchmarck).

Un argument commercial dans l'environnement actuel selon la CNIL

Concrètement, DuckDuckGo insiste sur le surf anonyme : il ne garde aucune trace numérique, ne stocke aucune adresse IP et ne les partage pas donc, avec des annonceurs. « Ce que vous cherchez ce sont vos affaires » souligne la société éditrice, implantée en Pennsylvanie. Elle se rémunère essentiellement par l'affiliation, les commissions versées par des sites tels qu'Amazon ou eBay quand la navigation de l'internaute aboutit à une transaction d'e-commerce.

« Pas de traque, pas de profilage, ni de monétisation de vos données » insiste Qwant, qui « donne le choix d'une navigation anonyme, respectueuse des données privées ».

Il met aussi en avant l'absence de filtres, en fonction de la navigation antérieure, et l'idée qu'il cherche dans « tout le Web, le vrai Web, avec le social Web : demain on ajoutera les données de l'Internet des objets par exemple celle des stations météo Netatmo » explique Eric Léandri, le directeur général et cofondateur.


Le modèle économique de Qwant repose essentiellement sur l'audience et l'affiliation. Même les partenaires commerciaux, comme TripAdvisor ou Voyages Sncf, qui apparaissent dans la rubrique shopping, sont priés de supprimer les « e-tags » et autres dispositifs de « tracking.» Cependant, une fois que vous quittez les pages de Qwant, qui n'est pas encore intégré dans un navigateur et n'a pas encore d'application mobile, revoilà les cookies de tout poil.


La société française, implantée à Paris, Nice et Rouen, a développé ses propres algorithmes de recherche, qui demeurent propriétaires, ce qui fait tiquer le milieu des « libristes », les promoteurs du logiciel libre, pourtant les plus en pointe dans la recherche d'alternatives à Google et aux grandes marques de l'Internet.


Lire : « Dégoogliser Internet », le combat d'irréductibles Gaulois du logiciel libre

« Les individus sont de plus en plus demandeurs de protection de la vie privée et aussi d'une meilleure maîtrise de l'utilisation de leurs données, ce qui est nouveau » » relève Isabelle Falque-Pierrotin, la présidente de la CNIL (Commission nationale Informatique et Libertés). « Le respect de la vie privée peut être un argument commercial dans l'environnement actuel » ajoute-t-elle.

Une alternative européenne à Google

C'est le pari de Qwant qui veut désormais s'européaniser en s'appuyant sur son actionnaire à 20%, Springer (un investissement estimé autour de 8 millions d'euros), et en ouvrant son capital à d'autres groupes de médias européens, éventuellement français, afin de lever « beaucoup, beaucoup plus que la dernière fois: on est déjà sursouscrit » affirme Eric Léandri.

« Nous avons besoin d'alternative. Partout où il y a une alternative à Google, sa part de marché varie entre 8% et 65%. Le seul endroit au monde où il n'y en a pas, c'est l'Europe ! » relève Jean-Manuel Rozan, le cofondateur et président de Qwant.


Il oublie une autre solution alternative européenne, le métamoteur Ixquick de la société néerlandaise Surfboard Holding (sous la marque StartPage) qui se présente comme « le moteur le plus confidentiel au monde. » Il a lui aussi atteint son record historique de fréquentation avec 5,7 millions de requêtes quotidiennes traitées en février 2015 (autour de 5 millions en avril), s'approchant donc de Qwant.

Grâce à Springer, dont l'argent frais lui a permis de multiplier par dix le nombre de serveurs, désormais de 500, Qwant va aussi devenir le moteur par défaut de deux sites de presse majeurs, "Die Welt" et "Bild", qui devraient lui apporter énormément de trafic supplémentaire. Et l'aider peut-être à sortir du milieu des « geeks », « hackers » et internautes hautement sensibles au respect de leur vie privée « et ceux qui s'intéressent à l'information sociale » insiste Eric Léandri. Cependant, Google vient de signer un accord avec Twitter pour rendre les messages en 140 signes de ce dernier plus visibles dans les résultats. « Nous avons déposé plusieurs brevets et nous allons continuer à tout ouvrir, y compris Facebook et d'autres réseaux utilisés par les jeunes » rétorque Le DG de Qwant.

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Qwant compte se déployer dans tous les pays européens d'ici à 2017. Actuellement, 40% des utilisateurs sont Français, 28% Allemands. Mais le site assure « cartonner » au Canada, en Australie et au Brésil.

Delphine Cuny

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