Propagande russe pro-Trump : 126 millions d'Américains touchés sur Facebook

Un rapport du Sénat américain détaille l’ampleur et la complexité de la campagne d'ingérence menée par la Russie pour soutenir Donald Trump durant l’élection présidentielle de 2016. Les réseaux sociaux auraient aussi été utilisés pour de gigantesques opérations de ciblage afin de décourager l'électorat noir, majoritairement pro-Clinton, d'aller voter.
Estelle Nguyen

5 mn

Selon un rapport commandé par le Sénat américain et Menée conjointement par l'Université d'Oxford et des spécialistes des nouveaux médias Graphika, 126 millions d'utilisateurs Facebook ont été touchés par les posts rédigés par l'Internet Research Agency (IRA).
Selon un rapport commandé par le Sénat américain et Menée conjointement par l'Université d'Oxford et des spécialistes des nouveaux médias Graphika, 126 millions d'utilisateurs Facebook ont été touchés par les posts rédigés par l'Internet Research Agency (IRA). (Crédits : Regis Duvignau)

Un peu plus de deux ans après les faits, l'opération d'ingérence russe menée sur les réseaux sociaux est encore loin d'avoir livré tous ses secrets. Alors que certains Républicains du Congrès continuent de douter de la nature des manipulations faites par Moscou, un nouveau rapport commandé par le Comité du renseignement du Sénat américain, qui sera dévoilé dans les jours à venir, devrait apporter quelques réponses sur la manière dont le Kremlin aurait influencé l'issue du scrutin en faveur de l'actuel président des Etats-Unis.

Faux comptes sur tous les réseaux sociaux

Ce document, dont plusieurs extraits ont pu être consultés par le Washington Post, présente des analyses détaillées de millions de publications rédigées par l'agence Internet Research Agency (IRA), la fameuse ferme à "trolls" financée par le Kremlin, sur les réseaux sociaux, pour influencer l'électorat américain. Menée conjointement par l'Université d'Oxford et l'entreprise Graphika, spécialisée dans l'analyse des données des médias sociaux, l'étude, d'une ampleur inédite, a bénéficié du soutien des géants du Net, qui ont fourni les publications demandées.

"Ce qui est clair, c'est que tous les messages cherchaient clairement à faire profiter le Parti républicain, et plus particulièrement Donald Trump", indique le rapport cité par le quotidien américain.

Pour mener cette vaste opération de manipulation, l'IRA avait créé de faux comptes sous de faux profils américains. Quasiment tous les réseaux sociaux ont été mis à contribution : Facebook, Twitter, Instagram, Google+, Tumblr, Pinterest mais aussi la plateforme vidéo YouTube, ainsi que des messageries électroniques Yahoo, Hotmail et Gmail. Des premiers cas de tentative d'influence russe dans le débat public américain ont été identifiés dès 2013, mais les accusations d'ingérence ont véritablement pris de l'ampleur lors la campagne de 2016.

Les minorités manipulées pour ne pas aller voter

Le rapport détaille que l'IRA a cherché à persuader des franges de la population, plus ou moins proches des Démocrates, de ne pas se rendre aux urnes. L'agence basée à Saint-Pétersbourg visait, entre autres, les minorités ethniques (comme les Latino-américains, les musulmans ou encore les chrétiens), les jeunes et la communauté LGBT. Mais sa démarche s'est particulièrement focalisée sur les électeurs afro-américains.

"Cette campagne visait à convaincre que la meilleure manière d'améliorer la cause de la communauté afro-américaine était de boycotter les élections et de se concentrer sur d'autres sujets", écrivent les auteurs du rapport.

Un compte nommé "Blacktivist" publiait notamment des messages négatifs à l'encontre d'Hilary Clinton, la candidate démocrate, l'accusant d'être opportuniste. A l'époque, une enquête du Pew Center Research avait pointé le repli significatif de cinq points de la participation des électeurs noirs, par rapport à 2012. D'autres pages Facebook ont été identifiées comme étant des pages contrôlées par l'IRA, s'adressant aux conservateurs américains, dont "Being Patriotic", "Heart of Texas" et "Army of Jesus".

126 millions d'utilisateurs de Facebook confrontés à du contenu russe

Les 20 pages les plus populaires du réseau de Mark Zuckerberg ont généré, à elles réunies, 39 millions de "likes", 31 millions de partages, 5,1 millions de réactions et 3,4 millions de commentaires. Au total, 126 millions d'utilisateurs de Facebook ont été confrontés à des contenus fabriqués par l'espionnage russe, sur une population globale de 323 millions d'Américains en 2016. 146 millions ont été touchés sur Instagram. De son côté, Twitter avait identifié 36.746 comptes ayant créé des contenus automatiques relatifs aux élections et liés à la Russie.

"Les médias sociaux sont devenus l'infrastructure naturelle de partage des revendications collectives et de coordination de l'engagement civique pour devenir un outil informatique de contrôle social, manipulé par des consultants politiques avisés et à la disposition des politiciens des démocraties et des dictatures", soutient le rapport.

YouTube au cœur des inquiétudes des enquêteurs

Si le rapport permet d'avoir une analyse inédite et très détaillée de cette vaste opération d'interférence russe présumée, les auteurs de l'étude pointent toutefois le manque de coopération des entreprises comme Facebook et Google. Les géants du Net auraient mis trop de temps à détecter ce détournement, et encore plus à réagir.

Et depuis l'élection ? "La stratégie russe a certainement changé depuis", estime le Washington Post. Les chercheurs à l'origine du rapport du Sénat s'inquiètent désormais de "l'utilisation massive de vidéos YouTube par l'IRA", qui serait un moyen désormais privilégié pour "cibler et influencer le public américain". Le quotidien précise que l'utilisation de la filiale de Google par l'IRA a augmenté de manière significative après l'élection de Donald Trump. Six mois après l'arrivée au pouvoir du candidat républicain, le nombre de vidéos YouTube partagées sur Twitter a enregistré une hausse suspecte de 84%, selon les données du rapport.

La Russie aurait aussi attisé la colère des "Gilets jaunes"

Malgré les différents rapports de la communauté du renseignement américain, qui ont conclu qu'une intervention russe a bien été menée en 2016, la Russie continue de nier. Des premières inculpations ont eu lieu dès octobre 2017 à la suite d'enquêtes du ministère de la Justice, du FBI et des agences américaines de renseignement.

Plus récemment, le Kremlin a également été accusé d'avoir attisé le mouvement des "Gilets jaunes" sur les réseaux sociaux, comme l'avait révélé le Times, le 8 décembre dernier. Selon le quotidien britannique, plusieurs centaines de comptes liés à la Russie ont cherché à amplifier le mouvement social ces dernières semaines, en publiant notamment de fausses informations sur les violences policières.

Estelle Nguyen

5 mn

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Commentaires 16
à écrit le 31/12/2018 à 14:59
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Hum hum... Complot ! On se demande quand même seulement pourquoi Poutine aurait voulu mettre un président de la république américaine aussi puissant à la tête des états unis alors qu'avec une Clintion, compromise jusqu'aux os il était pépère. LE d...

à écrit le 18/12/2018 à 21:01
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Le Russiagate, psychodrame qui agite la classe politique américaine depuis plus de deux ans , va t-il se terminer avec ce rapport du sénat ? Sans doute pas, puisque le but premier des démocrates est la destitution de Trump. En tout cas Condoleezza Ri...

à écrit le 18/12/2018 à 15:20
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Les manipulations du Kremlin sont en effet permanentes pour qui s'intéresse au sujet et il faut être bien naïf et manquer d'intelligence pour ne pas constater les réalités (Géorgie, Moldavie, Crimée, Ukraine, Arctique, Syrie, Libye, enjeux énergétiqu...

à écrit le 18/12/2018 à 14:48
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Dingue ça. Des gens s'émeuvent de prétendues manipulations d'opinions de la Russie sur Facebook (on est pas obligé de croire ce qui s'y dit et ce n'est rien comparé aux informations partisanes de 90% des médias US pendant l'élection) alors que les U...

le 18/12/2018 à 18:10
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c'est en effet un peu l'histoire de l'arroseur arrosé mais est ce que pour autant on doit cautionner ce genre de démarche ?

le 18/12/2018 à 18:37
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"des gens".... Ces gens (dans l'article de LT ) ce sont les américains qui adorent pratiquer le deux poids-deux mesures. Ça ne les touche pas que la NSA espionnent Merkel et que l'armée US intervienne ouvertement dans les affaires internes de nom...

le 18/12/2018 à 19:51
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@Jeanmi74: 1. L'ingérence des Américains et des Russes sont deux problèmes différents. En théorie, c'est condamnable, en réalité tous les Etats qui peuvent le font. De point de vue des intérêts de la France, il faut les dénoncer. 2. Sans être fan d...

à écrit le 18/12/2018 à 14:05
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En effet, cette affaire n'est pas près de livrer tous ses secrets, y compris ceux qui vont complètement à l'encontre de ce que développe ici cet article, ou du moins la thèse qui le sous-tend : https://www.washingtontimes.com/news/2018/dec/12/chris...

à écrit le 18/12/2018 à 13:27
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Si l'ancienne administration recherchait ses futurs adversaires pour avancer ses pions, celle qui se met en place recherche la paix dans des frontières reconnues. C'est un fait apprécié par toute les nations sauf pour certain pays européen, toujours ...

à écrit le 18/12/2018 à 11:32
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Hum hum... Complot ! On se demande quand même seulement pourquoi Poutine aurait voulu mettre un président de la république américaine aussi puissant à la tête des états unis alors qu'avec une Clintion, compromise jusqu'aux os il était pépère. LE ...

le 18/12/2018 à 13:36
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@Citoyen: 1. >>pourquoi Poutine aurait voulu mettre un président de la république américaine aussi puissant ? Parce que a. les sanctions américaines étaient déjà en place, le Kremiln cherchait de les réduire. En vain, évidemment, mais l'intelligenc...

le 18/12/2018 à 15:06
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"Pourquoi les Russes auraient-ils voulu mettre Trump au pouvoir?" Pour plusieurs raisons, on parle de déclin russe, mais le déclin américain est accéléré par Trump. Réduction de l'influence des US au Proche-Orient. Ensuite, désolé mais Trump est un...

le 18/12/2018 à 15:17
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"Les fermes à trolles existent bel et bien" Depuis très longtemps avant même que poutine allume un pc... "elles présentent à l'étranger," Comprends pas... "la faveur des média et les politiciens russes envers Trump étaient plus que év...

le 18/12/2018 à 15:52
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"L'histoire nous en dira plus sur la ou les mandatures de Trump et comment il est arrivé au pouvoir. " Oui voilà c'est ça mais synonyme de votre profonde naïveté puisque tout comme l'histoire nous a dit qui a tué Kennedy hein... -_- Vous pouv...

le 18/12/2018 à 18:51
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Trump n'est pas puissant et les USA n'ont jamais été aussi faibles. Des centaines de postes clefs pour le bon fonctionnement du pays n'ont toujours pas été pourvus La Maison blanche est une pétaudière et le turn over est affolant. La conjonct...

le 31/12/2018 à 14:59
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@ multipseudos: "Trump n'est pas puissant et les USA n'ont jamais été aussi faibles" Tu prêches. Signalé

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