Propagande russe pro-Trump : 126 millions d'Américains touchés sur Facebook

Lasses, les gerants de fonds se detournent de facebook
Regis Duvignau

Lasses, les gerants de fonds se detournent de facebook
Regis Duvignau
Un peu plus de deux ans après les faits, l'opération d'ingérence russe menée sur les réseaux sociaux est encore loin d'avoir livré tous ses secrets. Alors que certains Républicains du Congrès continuent de douter de la nature des manipulations faites par Moscou, un nouveau rapport commandé par le Comité du renseignement du Sénat américain, qui sera dévoilé dans les jours à venir, devrait apporter quelques réponses sur la manière dont le Kremlin aurait influencé l'issue du scrutin en faveur de l'actuel président des Etats-Unis.
Ce document, dont plusieurs extraits ont pu être consultés par le Washington Post, présente des analyses détaillées de millions de publications rédigées par l'agence Internet Research Agency (IRA), la fameuse ferme à "trolls" financée par le Kremlin, sur les réseaux sociaux, pour influencer l'électorat américain. Menée conjointement par l'Université d'Oxford et l'entreprise Graphika, spécialisée dans l'analyse des données des médias sociaux, l'étude, d'une ampleur inédite, a bénéficié du soutien des géants du Net, qui ont fourni les publications demandées.
Pour mener cette vaste opération de manipulation, l'IRA avait créé de faux comptes sous de faux profils américains. Quasiment tous les réseaux sociaux ont été mis à contribution : Facebook, Twitter, Instagram, Google+, Tumblr, Pinterest mais aussi la plateforme vidéo YouTube, ainsi que des messageries électroniques Yahoo, Hotmail et Gmail. Des premiers cas de tentative d'influence russe dans le débat public américain ont été identifiés dès 2013, mais les accusations d'ingérence ont véritablement pris de l'ampleur lors la campagne de 2016.
Le rapport détaille que l'IRA a cherché à persuader des franges de la population, plus ou moins proches des Démocrates, de ne pas se rendre aux urnes. L'agence basée à Saint-Pétersbourg visait, entre autres, les minorités ethniques (comme les Latino-américains, les musulmans ou encore les chrétiens), les jeunes et la communauté LGBT. Mais sa démarche s'est particulièrement focalisée sur les électeurs afro-américains.
Un compte nommé "Blacktivist" publiait notamment des messages négatifs à l'encontre d'Hilary Clinton, la candidate démocrate, l'accusant d'être opportuniste. A l'époque, une enquête du Pew Center Research avait pointé le repli significatif de cinq points de la participation des électeurs noirs, par rapport à 2012. D'autres pages Facebook ont été identifiées comme étant des pages contrôlées par l'IRA, s'adressant aux conservateurs américains, dont "Being Patriotic", "Heart of Texas" et "Army of Jesus".
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Les 20 pages les plus populaires du réseau de Mark Zuckerberg ont généré, à elles réunies, 39 millions de "likes", 31 millions de partages, 5,1 millions de réactions et 3,4 millions de commentaires. Au total, 126 millions d'utilisateurs de Facebook ont été confrontés à des contenus fabriqués par l'espionnage russe, sur une population globale de 323 millions d'Américains en 2016. 146 millions ont été touchés sur Instagram. De son côté, Twitter avait identifié 36.746 comptes ayant créé des contenus automatiques relatifs aux élections et liés à la Russie.
Si le rapport permet d'avoir une analyse inédite et très détaillée de cette vaste opération d'interférence russe présumée, les auteurs de l'étude pointent toutefois le manque de coopération des entreprises comme Facebook et Google. Les géants du Net auraient mis trop de temps à détecter ce détournement, et encore plus à réagir.
Et depuis l'élection ? "La stratégie russe a certainement changé depuis", estime le Washington Post. Les chercheurs à l'origine du rapport du Sénat s'inquiètent désormais de "l'utilisation massive de vidéos YouTube par l'IRA", qui serait un moyen désormais privilégié pour "cibler et influencer le public américain". Le quotidien précise que l'utilisation de la filiale de Google par l'IRA a augmenté de manière significative après l'élection de Donald Trump. Six mois après l'arrivée au pouvoir du candidat républicain, le nombre de vidéos YouTube partagées sur Twitter a enregistré une hausse suspecte de 84%, selon les données du rapport.
Malgré les différents rapports de la communauté du renseignement américain, qui ont conclu qu'une intervention russe a bien été menée en 2016, la Russie continue de nier. Des premières inculpations ont eu lieu dès octobre 2017 à la suite d'enquêtes du ministère de la Justice, du FBI et des agences américaines de renseignement.
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Plus récemment, le Kremlin a également été accusé d'avoir attisé le mouvement des "Gilets jaunes" sur les réseaux sociaux, comme l'avait révélé le Times, le 8 décembre dernier. Selon le quotidien britannique, plusieurs centaines de comptes liés à la Russie ont cherché à amplifier le mouvement social ces dernières semaines, en publiant notamment de fausses informations sur les violences policières.