Streaming : l'américain AT&T aux limites de la neutralité du Net

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Là où les Français peuvent jouir d'un accès illimité ou presque à Internet via leur ligne fixe, une proportion de plus en plus importantes d'Américains est abonnée à des offres qui imposent une limite de données sur la ligne fixe.
Là où les Français peuvent jouir d'un accès illimité ou presque à Internet via leur ligne fixe, une proportion de plus en plus importantes d'Américains est abonnée à des offres qui imposent une limite de données sur la ligne fixe. (Crédits : © Shannon Stapleton / Reuters)
Le service de streaming DirecTV Now lancé par AT&T ne "consommera" pas de données, permettant de passer outre les limitations que le fournisseur d'accès à Internet et premier distributeur de télévisions payantes aux États-Unis imposent à ses usagers.. et à ses concurrents.

La convergence média-télécoms à son paroxysme. Le géant américain de la télévision payante (plus de 25 millions de clients) et fournisseur d'accès à Internet AT&T lance ce 30 novembre son offre de streaming DirecTV Now aux États-Unis pour tenter de séduire des Américains qui délaissent de plus en plus les offres traditionnelles de télévision et se tournent vers le tout numérique pour suivre leurs programmes préférées. Jusqu'ici, rien d'anormal. Mais face à la concurrence toujours plus nombreuse dans l'industrie du streaming, AT&T a dans ses bagages un atout de poids : il est fournisseur d'accès à Internet (FAI) pour 15,6 millions d'Américains. Désireuse de profiter de cet avantage, l'entreprise a donc décidé que les films et séries visionnées sur DirecTV Now ne compteraient pas dans les limites de données, lui accordant ainsi le statut de "zero-rate" (taux zéro). De quoi faire enrager une bonne partie des États-Unis à l'heure où la neutralité du Net est mise en péril par les déclaration du président élu Donald Trump.

Ce genre de pratiques est justement ce que craignaient les spécialistes du secteur lors du rachat l'an passé du leader de la télévision par satellite aux États-Unis, DirecTV, par AT&T. Dans une lettre adressée mi-novembre au numéro 2 des télécoms aux États-Unis, le régulateur des télécoms américains, la Federal Communications Commission (FCC), avait exprimé son inquiétude, estimant que "cela pourrait obstruer la compétition et porter atteinte aux consommateurs en limitant leur capacité d'accès à des services [...] non-affiliés à AT&T". Le groupe avait répondu dix jours après que l'initiative était "en faveur des utilisateurs" et conforme à la loi, AT&T appliquant à DirecTV les mêmes tarifs pour son programme "Sponsored data" offrant un "taux zéro" qu'à n'importe quelle autre entreprise.

Le "taux zéro", une pratique "discriminatoire"

Là où les Français peuvent jouir d'un accès illimité ou presque à Internet via leur ligne fixe, une proportion de plus en plus importantes d'Américains est abonnée à des offres qui imposent une limite de données sur la ligne fixe. Passée une certaine quantité d'informations téléchargées - entre 150 Go et 1 To en général selon les offres -, les abonnés se voient facturer les données supplémentaires utilisées ou couper leur accès internet. Un "bonus" qui a un coût faramineux - 10 dollars les 50 Go (prix pratiqué chez Comcast et AT&T notamment), avec une limite fixée entre 100 et 200 dollars selon les opérateurs - mais bien sûr évitable : il suffit de souscrire au supplément "illimité", vendu entre 30 et 50 dollars.

Aux États-Unis, la pratique est largement décriée par le grand public, qui y voit une façon pour les FAI de grossir leurs marges et sont obligés de rationaliser leur usage du web. Les plaintes formulées à ce sujet auprès du gendarme des télécoms sont ainsi passées de 863 au premier semestre 2015 à 7.904 au second semestre, d'après le Wall Street Journal. Les services de contenus dénoncent également cette pratique anti-concurrentielles qui vise à limiter l'accès à leur service et pousse certains consommateurs à résilier leur abonnement, par peur d'être surfacturés par leur FAI. Il leur est bien sûr possible de passer outre cette barrière en payant pour se voir accorder un "taux zéro" sur les données qu'ils émettent, une façon encore pour les FAI d'augmenter leurs marges.

Dans un document de 10 pages remis le 6 septembre à la FCC, Netflix a ainsi demandé à la commission d'enquêter pour savoir si chaque foyer pouvait librement regarder la télévision sur Internet, estimant que les limitations de données entravaient la libre utilisation.

"Les limitations de données sur les lignes fixes ne servent pas un but légitime : elles sont un outil de management de réseau inefficace. [...] Elles ont été décrites alternativement comme une façon d'aligner l'usage du réseau par le consommateur avec ce qu'il paie. [...] Un fournisseur d'accès Internet à haut-débit pourrait employer la limitation de données d'une façon implicitement discriminatoire en faveur d'une source ou d'une autre, limitant davantage le choix du consommateur."

    |  Lire aussi Pourquoi AT&T casse sa tirelire pour Time Warner (CNN, HBO...)

Un groupe qui aime jouer avec le feu

Début novembre déjà, le géant des télécoms et sa filiale avaient été pointés du doigt par la justice américaine, qui avait alors annoncé le dépôt d'une plainte pour entente illégale. D'après le département de la Justice (DOJ), DirecTV, AT&T et les câblo-opérateurs Cox et Charter (qui a racheté l'an passé son rival Time Warner Cable pour 78,7 milliards de dollars) se sont coordonnées lors de leurs négociation avec SportsNet LA, détenteur des droits de diffusion TV en direction pour presque tous les matchs des Dodgers, l'équipe de baseball de Los Angeles. Les négociations n'avaient vraisemblablement pas abouti puisque la chaîne n'est diffusée sur aucun de ces réseaux.

"La concurrence, et non la collusion, sert le mieux les consommateurs, et c'est particulièrement vrai quand, comme dans le cas des diffuseurs de télévision payante, les consommateurs n'ont qu'un choix limité sur le marché", avait commenté Jonathan Sallet, un responsable de la division antitrust du DoJ.

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Commentaires
a écrit le 01/12/2016 à 16:53 :
Encore un exemple des raisons à éliminer le TAFTA avec les USA et d'une manière générale, avec les anglosaxons

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