Les usages numériques arrivent enfin à maturité en France

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(Crédits : DR)
Le Baromètre du Numérique 2018 note une "hyper-accélération" des usages numériques dans la société française. L'équipement en terminaux atteint un pallier, mais les Français sont de plus en plus exigeants sur la qualité du réseau Internet et mobile pour supporter l'intensification de leurs activités en ligne, notamment la vidéo qui supplante la télévision.

La société française entre dans l'âge de la maturité digitale. C'est le principal enseignement de l'édition 2018 du Baromètre du Numérique, réalisé par le Credoc pour l'Agence du Numérique, l'Arcep et le Conseil Général de l'Economie, de l'industrie, de l'énergie et des territoires (CGE). Présenté ce lundi 3 décembre par le secrétaire d'Etat au Numérique, Mounir Mahjoubi, le rapport permet de constater "la rapidité de l'équipement des Français en terminaux informatiques depuis cinq ans, et l'adoption massive de nouveaux usages numériques par la population", souligne Martine Lombard, membre du collège de l'Arcep.

Le smartphone est devenu l'équipement de référence

Premier signe de cette maturité : le taux d'équipement des Français en terminaux informatique stagne. Pour les ordinateurs de bureau et les tablettes, il est même en baisse. Ainsi, 78% de la population possède un ordinateur (-3 points sur un an), 41% dispose d'une tablette (-3) et 30% profite de plusieurs ordinateurs à domicile (-3). Une situation qui révèle à la fois que les besoins d'équipement ont atteint un pallier, et que les usages se concentrent de plus en plus vers un autre terminal : le smartphone.

Baromètre numérique 2018

Effectivement, le smartphone est le seul outil dont l'équipement progresse en 2018 : désormais, trois personnes sur quatre en ont l'usage (75%, +2 points). Cette augmentation s'explique par deux phénomènes. D'abord, l'amélioration des réseaux, avec le déploiement de la couverture en 4G du territoire et la réduction des zones blanches. Ensuite, la tendance chez les smartphones est aux écrans plus grands et plus confortables, ce qui favorise les usages vidéo et le e-commerce, et creuse l'écart avec l'ordinateur pour accéder à Internet. De plus, l'essor du smartphone reconditionné, qui devient une vraie tendance de consommation avec 10% des ventes d'après GfK, permet aussi aux catégories populaires de s'équiper en raison des prix moins élevés.

Ainsi, 46% (+4 points) des Français préfèrent surfer sur la Toile sur un smartphone, tandis que 35% privilégient toujours l'ordinateur (-3 points) et 7% se connectent principalement via la tablette (=). Mais l'ordinateur risque de ne pas résister longtemps, car seuls les plus de 60 ans lui sont encore fidèles. Chez les jeunes, 98% des 18-24 ans possèdent un smartphone, 86% utilisent la 4G et 83% privilégient leur smartphone pour se connecter à Internet, quitte à ne même plus passer par le Wi-Fi de leur box télécom. Même les seniors s'y mettent. En 2015, seuls 15% des plus de 70 ans possédaient un smartphone. Trois ans plus tard, ils sont 35% et leur taux d'équipement ne semble pas ralentir.

Autrement dit, l'avenir est au mobile, qui change les usages. Pour communiquer, les Français utilisent de plus en plus les messageries instantanées comme WhatsApp et Messenger, qui enregistrent année après année un taux de progression très élevé. Ainsi, 53% des Français les utilisent pour envoyer des messages texte (+10 points sur un an), et 41% le font tous les jours (+6 points). Si le SMS a toujours les préférences de près des deux tiers de la population (64%, stable), l'usage de la messagerie instantanée se répand et devrait encore progresser avec l'amélioration de la couverture mobile du territoire. En revanche, téléphoner via WhatsApp, Skype ou Messenger est encore minoritaire, bien que 40% des Français y ont recours (+9 points).

La télévision de plus en plus concurrencée par Internet

Autre signe qui indique la maturité des usages numériques, Internet commence à changer massivement la manière dont les Français regardent les contenus audiovisuels. Le taux d'accès déclaré à la TNT sur le poste de télé principal a chuté de 10 points depuis 2014. Désormais, 71% de la population utilise des réseaux fixes pour regarder la télé, ce qui confirme le succès des abonnements audiovisuels via les box des opérateurs télécoms.

D'ailleurs, puisqu'on regarde de plus en plus la télévision sur son smartphone, sa tablette ou sur son ordinateur (27%), les Français s'équipent moins en télévisions : une majorité se contente désormais d'un seul poste à la maison (53%, +4 points). Le temps hebdomadaire passé devant le petit écran a chuté de deux heures depuis 2016, au profit d'Internet. 33% des Français ont regardé la télévision en replay via Internet en 2018, et ce taux s'établit à 75% chez les jeunes adultes, prescripteurs en matière de comportements. La popularité des plateformes de vidéo à la demande et sur abonnement (SVOD) joue dans cette évolution. 25% des Français se sont désormais convertis au streaming vidéo, via Netflix, OCS ou encore Amazon Prime Video (+5 points sur deux ans).

Toujours plus d'internautes mais la fracture numérique persiste

Enfin, en 2018, 89% de la population est internaute, ce qui constitue un plus haut historique (+1 point). 80% des Français se connectent quotidiennement (+4 points). Bien évidemment, les jeunes (100% des 18-24 ans sont connectés) sont davantage en ligne que les plus de 70 ans (60%), mais ces derniers sont de plus en plus nombreux à se laisser convaincre par la Toile (+7 points en un an, +12 points sur deux ans).

Si l'on observe pas d'évolution drastique dans les usages si ce n'est que les moins de 24 ans tendent à déserter des réseaux sociaux comme Facebook et Twitter au profit d'autres plateformes comme les messageries instantanées, la sensibilité sur le sujet de la protection des données personnelles s'accroît depuis l'entrée en vigueur du Règlement général sur la protection des données (RGPD), en mai 2018. En revanche, si la conscience de la valeur des données progresse, une majorité d'internautes indique ne pas être disposée à payer des services qui garantiraient leur protection. 30% seraient mêmes prêt à partager leur informations de géolocalisation ou d'autres données pour continuer de bénéficier de services gratuits. Les Gafam ont de beaux jours devant eux...

Enfin, la maturité des usages ne signifie pas que tout le monde maîtrise les outils et s'intègre dans cette nouvelle société numérique. Parmi les non-internautes, 31% estiment toujours qu'Internet est trop compliqué à utiliser. Plus inquiétant, 36% des Français sont inquiets à l'idée d'effectuer toutes leurs démarches administratives en ligne, comme le souhaite Emmanuel Macron d'ici à 2022. En revanche, l'appétence pour le numérique est réelle, signe que la population a intégré l'inéluctabilité de la révolution numérique. Parmi ceux qui rencontrent des difficultés, 40% sont prêts à se former. Revers de la médaille : un quart d'entre eux ne sait pas comment ni à qui s'adresser. Le gouvernement a encore du pain sur la planche.

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Commentaires
a écrit le 04/12/2018 à 14:30 :
le gros problème est qu'à quantité d'information utile constante, il faut de plus en plus de débit par client pour transporter les images de pub, vidéos de pub, .. donc le taux débit transporté/débit utile explose, donc des investissements pour les opérateurs à chiffre d'affaire constant, donc baisse de la marge qui est récupérée par les gafam...
il faut facturer au juste prix les données en fonction de la source, voire faire les sites propres hors pub...
a écrit le 04/12/2018 à 13:38 :
...«smartphone» en créole franglais!...plutôt «ordiphone» en bon français!..
a écrit le 04/12/2018 à 13:09 :
le gros problème est qu'à quantité d'information utile constante, il faut de plus en plus de débit par client pour transporter les images de pub, vidéos de pub, .. donc le taux débit transporté/débit utile explose, donc des investissements pour les opérateurs à chiffre d'affaire constant, donc baisse de la marge qui est récupérée par les gafam...
il faut facturer au juste prix les données en fonction de la source, voire faire les sites propres hors pub...
a écrit le 04/12/2018 à 12:18 :
Au-delà des freins à l'usage liés à l'âge ou aux moyens financiers, problèmes de la fiabilité vis-à-vis du piratage et de pannes (électriques, hackers, fermeture par certains pays, ....). D'où une grande fragilisation de la société
a écrit le 04/12/2018 à 11:56 :
On ne doit pas vivre sur la meme planete. Ici a Seoul la redaction d'un contrat se finalise sur du papier, tampons et le toutim, juridique a l'appui.
Les preliminaires peuvent s'envisager par telephone, le final en aucun cas au format numerique, loin s'en faut, et heureusement. Vive le papier.
a écrit le 04/12/2018 à 9:35 :
Le Smart Phone, c'est bien, mais rappelons nous que le Smart Phone est de la telephonie, fiabilite/ precision = 5%.
L'Ordinateur (laptop ou desktop) est de l'informatique (precision/ fiabilite = 0,001%). Evitons le Smart Phone quand c'est possible, ou quand le contenu du message est important.

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