Cyberharcèlement : quand les violences conjugales se répliquent avec le numérique

Blanquer veut interdire les telephones portables au college
Siegfried Modola

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« Les cyberviolences conjugales sont des violences virtuelles aux conséquences bien réelles », affirme en guise de préambule Isabelle Perdereau, élue du conseil régional d'Île-de-France et vice-présidente du centre Hubertine Auclert, qui présentait ce mardi 20 novembre au matin un rapport sur les cyberviolences conjugales. Cette étude, première du genre réalisée en France, vise à mesurer et caractériser ces nouvelles "violences contemporaines", souvent difficiles à repérer car invisibles d'un regard extérieur (voir méthodologie en bas de l'article).
Premier constat : 9 femmes sur 10 victimes de violences conjugales ont également fait l'objet de cyberviolence de la part de leur partenaire. Car dans 87% des cas, les cyberviolences sont apparues au cours de la vie commune et se cumulent aux autres formes de violences conjugales. Les cyberviolences passent aussi bien par les outils - smartphones et ordinateurs -, que par "l'espace numérique" - comme les applications et les réseaux sociaux. « Le numérique offre aux autres violences conjugales des moyens faciles, accessibles et instantanés pour davantage surveiller, contrôler et humilier les femmes », note le rapport.
Les cyberviolences peuvent prendre plusieurs formes. Parmi les plus répandus, le cybercontrôle (subi par 93% des femmes victimes de violences conjugales) consiste à connaître et vérifier régulièrement les déplacements et relations sociales de sa partenaire. Il est suivi par le cyberharcèlement (82%) et la cybersurveillance (64%). Ainsi, 8 femmes sur 10 déclarent que leur partenaire (ou ex) a exigé qu'elles soient joignables en permanence. La moitié des femmes s'est vu confisquer son téléphone et 1 femme sur 3 déclare même être contrainte d'envoyer une photo pour prouver l'endroit où elle se trouve, sous peine de menaces ou de violences. Avec des messages types : "Prouve moi que tu es chez ta mère. Tu dois envoyer une photo avec trois doigts. Il faut que je reconnaisse le décor. Tu as cinq minutes", selon des captures d'écrans et témoignages compilés par le centre Hubertine Auclert.
Cette tentative de contrôle de l'autre va parfois plus loin et passe par de la cybersurveillance. 21% des femmes déclarent avoir été surveillées à leur insu et à distance via des logiciels espions installés par leur partenaire. Un chiffre "certainement sous-estimé", selon Aurélie Latourès, chargée d'études au centre Hubertine Auclert, en raison même de la nature du logiciel espion. "Les logiciels espion peuvent être installés sur un téléphone portable ou ordinateur afin de surveiller à l'insu de la victime ses activités, ses déplacements et ses relations", explique Iman Karzabi, chargée d'étude au centre Hubertine Auclert.
Les logiciels espion permettent a minima d'accéder aux contacts, au journal d'appels, de lire les SMS de la personne épiée, d'accéder aux applications - y compris les réseaux sociaux et la géolocalisation via WiFi ou GPS. Certains logiciels, plus élaborés et payants, peuvent également fournir un accès aux mails, photos, vidéos, historiques de navigation, mais aussi l'enregistrement de frappe pour récupérer tous les identifiants et mots de passe tapés sur le téléphone, le blocage des appels entrants pour rendre la victime injoignable... Même sans logiciel espion, 62% des répondantes disent subir une cybersurveillance "imposée" suite aux exigences de leur partenaire de connaître leurs codes (téléphone, réseaux sociaux, compte bancaire, mails...)
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Cette connaissance des codes privés de sa partenaire peut conduire à des cyberviolences économiques ou administratives, visant à réduire l'autonomie financière ou à contraindre des démarches administratives. Ainsi, 58% des femmes disent être victimes de ce type de cyberviolence - dont 35% des femmes ont vu leur mot de passe changé par leur partenaire pour leur y interdire l'accès (compte bancaire, pôle emploi, CAF, abonnements divers...)
Enfin, 34% des femmes disent avoir subi une forme de cyberviolence sexuelle (menace et diffusion de contenus intimes, obligation de filmer des pratiques sexuelles). Ici, les femmes de moins de 25 ans sont sur-représentées avec plus de 50% d'entres elles qui se sont vus obliger de filmer des actes sexuels.
Conséquence : après avoir subi des cyberviolences conjugales, 42% des femmes sondées limitent leur activité numérique. "Les victimes s'isolent davantage, et sans numérique, elles obtiennent moins de soutien à travers les échanges qu'elles peuvent avoir avec leurs proches via messageries", souligne Aurélie Latourès.
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Etude conduite en 2017-2018 réalisée par le Centre Hubertine Auclert et 22 structures spécialisées dans l'accueil et l'accompagnement de femmes victimes de violences conjugales en IDF. 302 victimes ont répondu à des questionnaires.