Inclusion numérique : pourquoi le gouvernement a opté pour une stratégie low-cost

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Mounir Mahjoubi a dévoilé à Nantes le Plan national pour un numérique inclusif.
Mounir Mahjoubi a dévoilé à Nantes le Plan national pour un numérique inclusif. (Crédits : BENOIT TESSIER)
Mounir Mahjoubi a présenté à Nantes le Plan national pour un numérique inclusif, afin d'aider les 13 millions de Français en état d'illectronisme. Un plan économe et avare en nouvelles initiatives, qui mise plutôt sur la fédération des projets existants et une meilleure organisation des acteurs de l'aide sociale sur tout le territoire.

Critiqué par sa gauche et décrit comme "le président des riches", Emmanuel Macron enclenche la phase "sociale" de son mandat. En parallèle du "plan pauvreté", présenté également le 13 septembre, le secrétaire d'Etat au Numérique, Mounir Mahjoubi, a dévoilé à Nantes la stratégie de l'Etat pour un numérique inclusif.

Lire aussi : Illectronisme : l'État prévoit jusqu'à 100 millions d'euros pour former 13 millions de Français

Au menu : quelques nouveautés (les Pass numérique, un "kit d'inclusion numérique" pour les aidants...), mais surtout, la fédération des projets et des acteurs existants sur le tout le territoire. Une méthode économe, à rebours des traditionnelles annonces spectaculaires, pour faire en sorte que la réduction de la fracture numérique soit au cœur de l'action de l'aide sociale.

L'inclusion, un levier de croissance ?

L'enjeu est important pour Emmanuel Macron. Le président s'est engagé à effectuer la transformation numérique de l'Etat et à réduire drastiquement la fracture numérique, qui touche près de 20 % de la population. Ainsi, 13 millions de Français utilisent pas ou peu Internet et se sentent en difficulté avec les usages, d'après le Baromètre du Numérique 2018.

Parmi eux, 6,7 millions ne se connectent jamais à Internet et plus de 7 millions disposent d'un faible niveau de compétences numériques. L'appétence pour la technologie est aussi différente en fonction des classes sociales : si 76 % des Français se disent prêts à adopter de nouvelles technologies, la proportion tombe à 57 % pour les non-diplômés.

"Le déploiement d'infrastructures pour l'accès à un réseau de bonne qualité pour tous, et l'accompagnement de chacun dans les usages, sont les deux piliers pour lutter contre la fracture numérique et les inégalités qu'elle peut engendrer", a expliqué Mounir Mahjoubi mercredi 13 septembre.

Lire aussi : Le numérique sans les femmes : ni envisageable... ni acceptable !

Pour les réseaux, le gouvernement s'est engagé à fournir le très haut débit pour tous d'ici à 2022. Pour les usages, la Stratégie nationale pour un numérique inclusif vise à réduire drastiquement l'illectronisme. Une nécessité pour qu'Emmanuel Macron puisse tenir sa promesse d'un "Etat 100% numérique" en 2022. Et aussi une opportunité économique, puisqu'une étude de France Stratégie de juillet 2018 indique qu'un plan d'inclusion numérique qui toucherait un tiers de la population cible sur dix ans, soit environ 4,5 millions de personnes éloignées du numérique, pourrait représenter un gain de 1,6 milliard d'euros par en moyenne sur la période.

Pass Numérique, Pix, Hubs France Connectée...

Dans le détail, la stratégie présentée par Mounir Mahjoubi s'articule autour de quelques actions phares, avec un investissement minimal de l'Etat.

  • Des "Pass Numérique" pour lutter contre l'illectronisme

Mounir Mahjoubi a donné plus de précisions sur ce vaste plan de formation au numérique destiné aux personnes en difficulté par rapport à son annonce du début de semaine. Il s'agit de crédits de formation, de 10 heures ou 20 heures.

Alors qu'il avait laissé entendre que l'Etat mobiliserait "entre 75 et 100 millions d'euros", il a précisé qu'il s'agissait en fait d'un co-financement entre l'Etat, les collectivités territoriales, les opérateurs sociaux et les entreprises. La part de l'Etat ne sera que de 10 millions d'euros. Il se chargera en revanche de recenser les acteurs "qui démontreront leur capacité à opérer un dispositif de Pass numérique" en accord avec la stratégie nationale, à l'image du pass APTIC, plus connu sous l'appellation "chèque culture numérique".

  • Des "Hubs France Connectée"

Il s'agit de structures "têtes de réseaux"  dans les territoires, dont la mission est de fédérer les acteurs du secteur de la médiation numérique et professionnaliser la filière. L'Etat mobilisera 5 millions d'euros en 2019-2020 pour faire émerger une dizaine de Hubs qui devront "recenser, conseiller et outiller les acteurs de terrains" pour accueillir et dispenser des ateliers numériques partout sur les territoires. L'appel à projets est d'ores et déjà lancé.

Lire aussi : Fracture numérique : vers un accord entre l'État et les opérateurs ?

  • Vaste dispositif de formation destinée aux aidants

Pour assurer la qualité et l'efficacité des formations, le gouvernement veut mettre en place un vaste dispositif qui commence par la formation des travailleurs sociaux. L'Etat soutient ainsi la coproduction d'un MOOC, qui sera disponible fin 2018, destiné aux agents des collectivités territoriales, sur les enjeux et bonnes pratiques de la médiation numérique.

Une offre de formation sera aussi mis en place pour les volontaires en services civiques, qui ont été identifiés comme des acteurs œuvrant pour l'inclusion numérique. Enfin, une Charte devra être signée par les opérateurs de service public, comme la branche Famille de la Sécurité sociale, La Poste qui va diffuser le Pass numérique, ou encore Pôle Emploi qui propose déjà des ateliers de formation aux outils numériques.

L'Etat va également créer un outil « France Connect Aidants ». Il permettra à un tiers de réaliser une démarche administrative en ligne à la place d'une personne ne parvenant pas à les faire seule, en bénéficiant d'une connexion sécurisée.

  • Un "Kit inclusion numérique"

Les aidants seront aussi aidés par la mise à disposition d'outils clé-en-main. Ce kit inclusion numérique comprend par exemple des outils de diagnostic des compétences numériques ainsi que des outils papier proposés par certaines CAF et des outils en ligne tels que Les Bons Clics.

  • Déploiement de la startup d'État Pix

Il s'agit d'un service public en ligne qui mesure l'acquisition de compétences numériques. Un parcours pour évaluer les compétences numériques de base va être créé pour permettre aux personnels (intervenants sociaux, médiateurs numériques) de mieux connaître et accompagner les personnes en difficulté.

  • Un événement national annuel : Numérique en commun[s]

Pensé comme un "espace de rencontre et de construction d'outils communs" et un "temps d'inspiration et de formation à destination des décideurs publics", ce rassemblement annuel, qui se tient cette année le 13 et 14 septembre à Nantes, est porté par la Mission Société Numérique de l'Etat et la coopérative nationale des acteurs de la médiation numérique La MedNum. Il vise à contribuer à donner une visibilité médiatique et un portage politique à la stratégie nationale d'inclusion numérique.

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a écrit le 14/09/2018 à 16:59 :
Puis :

La ministre de la Culture, Françoise Nyssen, a annoncé ce vendredi vouloir réformer la contribution à l’audiovisuel public, la redevance qui finance France Télévisions et Radio France. Elle souhaite qu’elle soit « déconnectée de la détention d’un téléviseur ».
Actuellement, la redevance TV est payée par les contribuables imposables à la taxe d’habitation qui déclarent posséder un téléviseur ou un dispositif assimilé.
« Je souhaite qu’un débat soit ouvert sur la contribution à l’audiovisuel public », pour la moderniser et l’adapter aux nouveaux usages numériques, a indiqué la ministre.Son objectif est que cette réforme soit adoptée dans « le projet de loi de finances pour 2020 », qui sera présenté dans un an.
L’idée, alors que le budget de l’audiovisuel public va baisser de 36 millions d’euros en 2018, est d’étendre cette redevance aux détenteurs de PC, de tablettes et de mobiles… Une mesure qui avait déjà été annoncée pendant le mandat de François Hollande avant d’être abandonnée. En juillet, Bercy avait pourtant affirmé que l’extension de la redevance TV n’était plus à l’ordre du jour.
Réponse de le 14/09/2018 à 17:44 :
Dans la mesure où une tablette ou un smartphone peuvent suffire à voir les programmes de la TV et que beaucoup de personnes utilisent les fonctions replay, il ne semble plus adapté que seuls les possesseurs de postes TV conventionnels soient mis à contribution.

On devrait, en attendant la fin de la TV hertzienne, étendre la redevance aux box internet permettant la réception des bouquets numériques tout en veillant à éviter la double imposition pour ceux qui ont aussi une TV conventionnelle (99% des abonnés internet je suppose).

Ça ne fait pas plaisir à ceux qui ne regardent pas la TV, ou grognent parce qu'ils ne regardent que TF1 alors qu'ils ont 25 chaines numériques avec l'antenne.
a écrit le 14/09/2018 à 16:07 :
Demain malgré les biais et les doublons de l’intelligence artificielle, les l’algorithme donneront une réponse basée sur des milliards de données corrélées, sur des probabilités, et comme l’écrit @bernard_jomard personne ne sera en mesure d’analyser ou de contester une décision discriminante ou misogyne prise dans la bloc box du Deep Learning lire la suite : http://bernard-jomard.com/2018/09/10/lintelligence-artificielle-est-elle-discriminante-et-misogyne/
a écrit le 13/09/2018 à 17:45 :
pour le super haut debit y a schizophrenie avec du toujours moins cher et du toujours plus d'investissements!
avant d'investir dans les reseaux, faut se demander a quoi ca sert, et comment certains seront prets a payer... ( je vous passe le marketing par charite)
concernant la formation des gens.... il suffit de recuperer tout ce que jettent les universites et administrations car les budgets ont permis de racheter gratuit
( oui vous savez, comme quand l'armee faisait tourner les camions pour voir le budget essence reconduit)
voila pour le hardware
pour le software, ya ce qui faut sur le web; en france framasoft recense tres bien tout ca.... ca coute rien
reste un peu de bonne volonte pour montrer aux vieux, aux voisins, ou autres... la, bizarrement, tt le monde explique que l'etat ne fait rien , c'est pour se dedouanner........
reste la peur des personnes agees / numerique, ca c'est plus complique, mais avec un peu de pedagogie on y arrive tres bien, ca prend juste un peu de temps et ca coute rien ( au passage, notons que dans ce cas il faut degager des formations ceux qui viennent resoudre leurs pbs personnels de drivers, en monopolisant la parole sur des pbs qui n'interessent qu'eux, pour economiser un gars)
Réponse de le 13/09/2018 à 19:55 :
Comme vous dites pourquoi faire ce haut débit? Quand à la numérisation de tous, je ne vois pas en quoi imposer à nos plus vieux de ce numériser va améliorer leur vie... Déjà je me demande comment ils vont faire leurs déclarations de revenus que notre état veux rendre obligatoire par internet. Personnellement plus je vieilli et plus je cherche la déconnexion. Voir même au final une zone blanche. Dans un monde qui veux tous nous connecter où reste notre liberté de choisir et de vivre comme nous le désirons?
Réponse de le 14/09/2018 à 8:54 :
pour les declarations de revenu
il suffit de regarder les hall du fisc, ils sont plein de gens ages qui ne s'en sortent pas.....
parfois ils ont un peu de comprehension, voire on leur trouve une solution
ssouvent on leur dit ' vous n'avez qu'a demander a un voisin, ou a votre fils/fille de faire la declaration; ou sinon prenez un expert comptable' ( soit dit en passant aucun expert comptable n'est interesse par ce genre de dossier, mais bon, c'est pas le pb de l'administration)
a écrit le 13/09/2018 à 17:22 :
"Inclusion numérique"

Intrusion numérique, plutôt et de force en plus,pas le choix.C'est quand même ma première fois que l'on oblige des gens à utiliser un outil comme l'ordinateur sans moyen de refuser sous peine de plus être connecté à ce virtuel ou de perdre ces prestations qui ne peuvent être effectué que par ce biais.Effrayant.
a écrit le 13/09/2018 à 16:47 :
Parce que c'est un gouvernement "low-cost", pour une fois qu'ils sont logiques avec eux mêmes !
Réponse de le 13/09/2018 à 18:09 :
vive les petites phrases qui servent a rien!
Réponse de le 13/09/2018 à 19:57 :
Macron est "low cost" ? Bous devriez le dire à ceux qui ont perdu 5€ d'APL par mois pour que notre président "low cost" puisse s'offrir une piscine "low cost" pour 2 semaines de vacances à 20 mètres de l'océan !!!
Réponse de le 14/09/2018 à 2:46 :
A Citoyen blase.
La Mediterranee est une mer.
L'Atlantique, un ocean.
Réponse de le 14/09/2018 à 8:51 :
@ Citoyen blasé (même si j'ai un peu l'impression de me répondre là... ^^)

Oui notre président, notre gouvernement et les députés lrem sont low cost.

Basse qualité pour un prix pas cher et beaucoup de marge bénéficiaire de l'actionnaire dedans.
Réponse de le 14/09/2018 à 15:52 :
Ce gouvernement me rappelle les produits made in China des années 80. On se souvient tous des marteaux en métal mou, des équerres pas d'équerre, des scies qui rouillent en 1/2 heure et sont inaffutables...

Pas chers à l'achat, plutôt flatteurs à l'aspect, mais finalement inutilisables et revenant beaucoup plus cher sur le long terme.

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