Le CSA stoppe net l'ascension éclair de Mathieu Gallet, Pdg de Radio France

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Le Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA) a annoncé mercredi avoir décidé de retirer son mandat au Président de Radio France, Mathieu Gallet (photo), à compter du 1er mars 2018.
Le Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA) a annoncé mercredi avoir décidé de retirer son mandat au Président de Radio France, Mathieu Gallet (photo), à compter du 1er mars 2018. (Crédits : Reuters)
Le jeune Pdg de la Maison ronde a été révoqué par le CSA hier soir. Cette décision ouvre une période d'incertitude pour le groupe de service public, désormais sans pilote, malgré des audiences radiophoniques exceptionnelles. C'est aussi un camouflet pour le CSA qui l'avait nommé en 2014.

Le titre du communiqué du CSA, en date du mercredi 31 janvier 2018, est lapidaire :

"Présidence de Radio France : le CSA retire son mandat à Mathieu Gallet"

Le communiqué qui suit est du même acabit :

"Le Conseil supérieur de l'audiovisuel, réuni ce jour en assemblée plénière, a décidé de retirer son mandat au Président de Radio France Mathieu Gallet et ce, à compter du 1er mars 2018.

La décision motivée prescrite par la loi sera publiée ultérieurement dans la journée."

Ainsi, après la condamnation en première instance pour favoritisme du Pdg de Radio France - et bien qu'un appel soit en cours-, le CSA, qui l'avait nommé en 2014, a décidé mercredi soir de le démettre de ses fonctions.

Une ascension éclair stoppée net (et un camouflet pour le CSA)

La décision du gendarme de l'audiovisuel, qui sera effective au 1er mars, ouvre une période d'incertitude pour le groupe radiophonique public et ses 4.500 salariés alors qu'une vaste réorganisation de l'audiovisuel public est en chantier.

Elle marque un coup d'arrêt brutal à l'ascension éclair de Mathieu Gallet, 41 ans cette année, qui avait gravi les échelons quatre à quatre, atteignant il y a trois ans l'une des plus hautes marches du service public.

Sa condamnation en première instance avait infligé un camouflet pour le régulateur de l'audiovisuel qui l'avait choisi en 2014 pour prendre la tête de la Maison ronde.

Les motifs de la décision du CSA rendus publics "dans la journée"

Le CSA rendra public les motifs de sa décision, comme la loi le requiert, ultérieurement dans la journée, a-t-il précisé dans un bref communiqué. Le régulateur n'a pas précisé à ce stade les modalités de la succession du Pdg.

Mathieu Gallet a été condamné mi-janvier par le tribunal de Créteil à un an de prison avec sursis et 20.000 euros d'amende pour des commandes de prestations auprès de sociétés de conseil lorsqu'il présidait l'Institut National de l'Audiovisuel (INA). Mais le dirigeant a réfuté ces accusations et fait appel.

Lire aussi : INA: Mathieu Gallet visé par la justice pour "favoritisme"

Nyssen intraitable

La ministre de la Culture Françoise Nyssen avait jugé inacceptable son maintien à la tête du groupe public de radios.

Dans un communiqué, elle a dit prendre acte de la décision du CSA tout en réaffirmant la position de l'exécutif.

"Je rappelle que le gouvernement a tenu une position très claire : l'exemplarité des dirigeants des entreprises est nécessaire", explique-t-elle, ajoutant que "Radio France est au coeur de notre réflexion et des travaux en cours sur la transformation de l'audiovisuel public".

Lire aussi : INA : Mathieu Gallet lâché par la ministre de la Culture, Françoise Nyssen

Les avocats de Mathieu Gallet, Mes Christophe Ingrain et Rémi Lorrain, ont dénoncé dans la décision du CSA une "atteinte aux droits" de leur client et un "mauvais signe".

"C'est une décision que nous regrettons profondément. La pression de l'Etat a été plus forte que la présomption d'innocence", ont-ils déclaré à Reuters.

Ils ajoutaient :

"C'est inquiétant de voir l'Etat promouvoir le principe d'exemplarité parce que c'est le règne de l'arbitraire (...) Désormais, tout homme est présumé coupable jusqu'à ce qu'il prouve son innocence."

Radio France sans pilote

Seul le CSA, qui a nommé Mathieu Gallet à la tête de Radio France en 2014, était habilité à le révoquer. Le PDG s'était expliqué lundi devant les sages du gendarme de l'audiovisuel lors d'une audition à huis clos.

L'une des principales interrogations porte désormais sur les modalités de désignation de son successeur alors que l'une des pistes étudiées par le gouvernement consisterait à ôter au CSA son pouvoir de désignation des dirigeants de l'audiovisuel public pour le confier aux conseils d'administration.

Certains, comme la présidente de la commission de la Culture, de l'Education et de la Communication du Sénat Catherine Morin-Desailly, plaident par ailleurs pour la mise en place d'une gouvernance commune pour l'audiovisuel public, qui regrouperait notamment France Télévision et Radio France.

Syndicats très inquiets, malgré les audiences exceptionnelles

"Aujourd'hui sans capitaine, le navire Radio France, qui pourtant affiche des résultats d'audience exceptionnels, n'a plus ni gouvernail, ni boussole", s'est alarmé le syndicat SNJ de Radio France.

"Le SNJ demande l'interruption des discussions sur l'avenir de l'audiovisuel public jusqu'à ce que Radio France ait retrouvé un dirigeant légitime, aucun intérimaire ne pouvant raisonnablement engager l'avenir et l'existence même de l'entreprise", ajoute-t-il.

Lire aussi : "Radio France est au bout de son modèle économique", dit Mathieu Gallet

Radio France, qui a bénéficié de bons scores d'audience sous la mandature de Mathieu Gallet, devrait renouer cette année avec un budget à l'équilibre pour la première fois depuis 2014, notamment grâce à des mesures d'économie et au développement de ses ressources en propre.

(Avec Reuters)

| Lire le communiqué du CSA

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ANNEXE :

Le grand pouvoir du CSA, retiré par Sarkozy, rendu par Hollande en 2013

En 2009, Nicolas Sarkozy s'était arrogé le droit, en tant que président de la République, de nommer les présidents des chaînes de télé et de radios publiques (de France Télévisions, Radio France et France Médias Monde). En octobre 2013, pendant le mandat de François Hollande, l'Assemblée nationale vote définitivement le projet de loi pour l'indépendance de l'audiovisuel public, qui restitue au Conseil supérieur de l'audiovisuel son pouvoir de nomination.

Extrait du site du CSA :

"La loi du 15 novembre 2013  a redonné au CSA la mission de nommer les présidents des sociétés nationales de programme, pouvoir dont il ne disposait plus depuis 2009. Il a donc aujourd'hui la charge de nommer les présidents de France Télévisions, de Radio France et de France Médias Monde, la société en charge de l'audiovisuel extérieur de la France. Ces présidents sont nommés pour cinq ans, à la majorité des membres du Conseil, et leur nomination doit faire l'objet d'une décision motivée se fondant sur des critères de compétence et d'expérience."

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Commentaires
a écrit le 01/02/2018 à 19:41 :
Gallet roule pour Macron pas d'inquiétude donc ..!
Réponse de le 01/02/2018 à 20:41 :
Je ne sais pas d’où vous tenez ca.

En fait Macron cherche à avoir la peau de Gallet depuis la campagne électorale de 2017 ainsi que celle de Schrameck (et du CSA, trop indépendant à son goût).
a écrit le 01/02/2018 à 19:36 :
Le CSA se ratrape en virant ce coucou, qu'il n'aurait jamais dû nommer. Dont la présidence se réduira à avoir forcé des coupures musicales sur des chaînes où elles ne sont absolument pas pertinentes. Les media de service public doivent subsister; face aux dérives des "commerciales", où des réseaux à gogaux; qui ont démontré leur quasi absence de réflexion et/ou déontologie. Reste à en affiner le profil; pas sûr que la 2, qui ne sait rien faire d'autre que copier TF1; ou la 4, voire la 5, aît une pertinence pour la télé. Quant à la vulgarité que l'on retrouve sur certaines chaînes de radio (maintenant pourries de pub, de la part des mêmes animateurs que la TV, elle est consternante. Et on ne s'étendra pas sur France Info TV (la grenouille qui... ?). En matière de chaînes d'info, il y en déjà trop...
Qu'ils nous trouvent des dirigeants qui n'aient pas que l'audimat comme outil; un qui nous crée du "Qualimat".
Réponse de le 01/02/2018 à 20:55 :
avec un peu d'objectivité il faut acter que Gallet a réussi à faire progresser les audiences de Radio-France tout en contenant les coûts (restrictions qui lui ont été imposées par les gouvernements successifs et non de son chef).
Sur le plan professionnel, on ne peut que lui accorder un satisfecit même s'il a fait grincer des dents (dont les miennes).

Par contre il est normal qu'il ait été viré pour ses acrobaties financières passées. Le CSA a bien fait, même si il a évidemment subi des pression de la part du gouvernement.

Ce qu'on retiendra c'est le double langage du pouvoir.

Gallet est viré alors que techniquement le procès n'est pas termné alors que Stéphane Richard deux fois mis en examen pour des faits gravissimes et fraudeur fiscal avéré, est maintenu dans ses fonctions de pdg d'Orange.
Mais Richard fait partie du gratin de la mafia HEC-ENA qu'affectionne Macron, alors que Mathieu Gallet n'en est pas...
a écrit le 01/02/2018 à 11:11 :
On ne va pas s'inquiéter pour lui...il sera recasé en qualité de conseiller spécial de la Présidence de la République pour l'audiovisuel ou à la tête d'une structure étatique lambda...voire ambassadeur en Amérique du sud....(le poste d'ambassadeur des pôles arctique et antarctique est déjà pris....il reste la Lune ou Mars peut-être....:)
Radio France sans pilote? J'imagine que 15 personnes sont déjà sur les rangs pour prendre le poste....:)

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