Pourquoi Amazon commercialise sa technologie de magasins sans caisse

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Le leader mondial du e-commerce revendique 25 supermarchés sans caisse Amazon Go aux États-Unis.
Le leader mondial du e-commerce revendique 25 supermarchés sans caisse "Amazon Go" aux États-Unis. (Crédits : Amazon)
Le leader mondial du e-commerce a annoncé lundi la commercialisation de sa technologie dédiée aux magasins sans caisse. Il l'avait initialement développée pour les propres besoins de ses supermarchés connectés, baptisés "Amazon Go".

Les magasins sans caisse, un nouveau standard pour la grande distribution ? Amazon, qui lorgne sur la distribution physique depuis quelques années, a annoncé lundi la commercialisation à des tiers de sa technologie dédiée aux magasins sans caisse. Jusqu'ici, le groupe l'utilisait seulement pour les propres besoins de ses supermarchés connectés, baptisés "Amazon Go" (actuellement au nombre de 25, aux États-Unis). Selon Reuters, l'ogre du e-commerce aurait déjà "plusieurs accords signés" avec des clients intéressés par sa technologie, désormais labellisée "Just walk out technology" (en français, "vous avez juste à sortir").

Supprimer les files d'attente

Concrètement, il s'agit de portiques installés à l'entrée du magasin et d'une myriade de capteurs dispatchés dans les rayons pour détecter et comptabiliser virtuellement les produits pris ou reposés par les clients pendant qu'ils font leurs courses. Le but : permettre aux consommateurs de parcourir les rayons sans scanner aucun produit, sans passer en caisse, et donc, sans file d'attente.

Jusqu'ici - la technologie étant uniquement utilisée dans les magasins du groupe - les consommateurs devaient télécharger l'application Amazon Go. Ils scannaient alors leur smartphone à l'entrée du magasin, en passant par un tourniquet automatique. L'application, associée à une carte de crédit, servait de panier virtuel.

Insérer directement la CB dans les portiques

Pour la commercialisation de sa technologie, Amazon a supprimé le recours à l'application. Les clients devront directement insérer leur carte de crédit dans les portiques pour pouvoir entrer dans le magasin. Seuls les tourniquets arboreront le logo "Just walk out technology by Amazon", mais tous les autres aspects liés à la marque seront gérés par les magasins tiers eux-mêmes, souligne Reuters.

| Lire aussi : Amazon : comment fonctionne son magasin sans caisse ni file d'attente ?

Les équipements seront installés par Amazon, qui, sur son site Internet dédié, dit pouvoir le faire "en quelques semaines". La firme de Seattle n'a donné aucune indication sur le business model de cette nouvelle division. Mais il n'est pas étonnant de la voir commercialiser cette technologie. Amazon a déjà par le passé développé de nouveaux services pour ses propres besoins, avant de les transformer en activité lucrative. Cela a été le cas avec ses data centers. Désormais, son activité cloud via sa filiale Amazon Web Services est devenue sa division la plus lucrative, avec la publicité.

Un "cheval de Troie pour contrôler les détaillants concurrents"?

La technologie "Just walk out" opère d'ailleurs sur le cloud d'Amazon. Pour le géant américain, c'est comme faire d'une pierre deux coups. Aucune précision n'a été fournie quant à la propriété des données qui seront agrégées par les portiques. Pour les supermarchés, ces données sont très précieuses car elles permettent de connaître finement les préférences des consommateurs et donc, de pouvoir leur proposer des promotions ciblées. Si Amazon accède à ces données, celui lui permettra de mieux connaître les habitudes de consommation au-delà de ses propres magasins.

C'est d'ailleurs ce que redoute Marc Perrone, président du United Food and Commercial Workers International Union (syndicat américain pour les employés des commerces et de la grande distribution).

"Cette technologie dite sans caissier n'est rien d'autre qu'un cheval de Troie qui permettra à Amazon de contrôler les détaillants concurrents et de donner à Jeff Bezos (Pdg et fondateur d'Amazon, Ndlr) un accès direct aux données des clients", a-t-il déclaré dans un communiqué de presse.

Plus la technologie sera utilisée par un nombre important de supermarchés, plus elle sera fiable. Lors de son déploiement officiel en 2018, Amazon comparait cette technologie à celle utilisée par les voitures autonomes - combinant "vision machine, capteurs et 'deep learning' [une technique d'intelligence artificielle, Ndlr]".

Il a fallu près quatre ans de développement, avant l'ouverture en 2016 d'un premier supermarché connecté "Amazon Go" réservé dans un premier temps à ses salariés. Après une série de bugs, le groupe de Jeff Bezos avait du décaler d'un an l'ouverture de son magasin intelligent au public. Désormais, le groupe revendique 25 Amazon Go aux États-Unis.

| Lire aussi : Amazon et ses magasins sans caisse partent à l'assaut des aéroports

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Commentaires
a écrit le 10/03/2020 à 13:43 :
va y avoir plein de freins psychologiques
suffit de voir comment les gens reagissent avec les caisses ou ils scannent et payent eux memes
comment ca va se passer quand le prix du produit ne sera pas bon, qu'on se sera fait facture un produit non achete, que le code promo n'aura pas ete valide, etc
les caddies pilotes par rfid ont ete abandonnes, trop chers et pas ecolos
la, generaliser un systeme comme ca, ca va prendre des decennies
( et encore sous reserve qu'on donne acces plein pot a amazon a son compte en banque)
Réponse de le 10/03/2020 à 15:03 :
Avec la disparition du ticket de caisse sous 20 puis 30 euros plus tard, ce genre de question disparaitra, pas moyen de vérifier... Ils cacheront le bouton "je veux, réclame, exige une facture". :-) On peut espérer (mode ironique) que ces systèmes seront parfaits, 0 faute par année (sauf saisie manuelle dans le fichier des prix, là rien en garantira la perfection)
a écrit le 10/03/2020 à 13:10 :
"Un "cheval de Troie pour contrôler les détaillants concurrents"?"

Il est évident que les GAFA ne sont pas dans l'état d'esprit de rogner toujours plus les marges de leurs salariés elles font juste comme les autres, ce qu'on leur permet et c'est déjà énorme, par contre il est bien évident que ce contrôle des concurrents et certainement d'autres raisons, liées à nos données par exemple les motivent au plus haut point.

Une pierre deux coups minimum telle est leur devise, tandis que pour une multinationale européenne c'est plusieurs pierres pour même pas un coup.

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