Plan e-santé de Touraine : "Il faut être vigilant sur le déploiement"

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Marisol Touraine promet ement d'agir pour renforcer la sécurité des systèmes d'information en santé.
Marisol Touraine promet ement d'agir pour renforcer la sécurité des systèmes d'information en santé. (Crédits : Reuters)
Pour développer l'e-santé en France, un secteur jugé immature par certains acteurs, Marisol Touraine mise sur la télémédecine, la démocratisation de l'usage des outils numériques pour les patients et le rapprochement entre les acteurs du numérique, les professionnels de santé et les Français. Rassurés par l'orientation stratégique du gouvernement, les industriels attendent des mesures concrètes.

Publié le 04/07/2016 à 13:31. Mis à jour le 05/07/2016 à 15:46.

Ces derniers mois, Marisol Touraine a multiplié les annonces pour que la France accélère dans "la médecine de demain". Après l'annonce d'un investissement de deux milliards d'euros pour moderniser les hôpitaux, elle a dévoilé un plan France Médecine Génomique le mois dernier. Lundi 4 juillet, lors d'une visite de locaux de la startup BePatient, une plateforme web dédiés aux "coaching" des patients, la ministre de la Santé a cette fois-ci dévoilé la stratégie nationale visant à développer la e-santé en France d'ici à 2020.

Un plan big data pour accélérer dans la télémédecine

Marisol Touraine a ainsi annoncé un "plan « big data » en santé" pour mettre en place "de nouvelles applications de suivi à distance ou d'interprétation des données médicales pour assister les médecins dans leurs diagnostics". Une volonté affichée d'accélérer dans la télémédecine, notamment. Ce pan important de la e santé est pour le moment expérimenté de façon éclatée par plusieurs Agences régionales de santé, mais sans réelle mise à l'échelle au niveau national.

Des appels à projet pour rapprocher citoyens, acteurs économiques et professionnels de santé

Marisol Touraine a également des appels à projets pour associer les initiatives des acteurs de la santé aux citoyens et acteurs économiques dans des outils de télémédecine. Une mesure censée répondre à une réalité : la difficulté du développement du marché de la e-santé en France. Il est jugé immature par des personnes rattachées au ministère de l'Economie. Aymeric Buthion, expert objets connectés et santé à la Direction Générale des Entreprises souligne notamment le manque d'intérêt des Français pour les objets connectés. Et les médecins sont encore réticents à prescrire des objets connectés ou des applis santé.

Faciliter l'usage numérique en santé pour le patient

En outre, la ministre de la Santé a promis la création une plateforme numérique pour faciliter "la consultation et la participation des usagers". Une plateforme qui pourrait bien concurrencer des startups de prise de rendez-vous médicaux en ligne, comme Doctolib qui travaillent avec plusieurs établissements hospitaliers.

Toujours dans l'idée de faciliter l'usage pour les patients, elle assure que "dès 2017, tous les citoyens pourront, s'ils le souhaitent, créer en quelques clics leur dossier médical partagé". Seuls 581.000 patients ont recours à ce système pourtant opérationnel depuis 2011.

Renforcer la sécurité des données santé

Enfin, Marisol Touraine promet d'agir pour renforcer la sécurité des systèmes d'information en santé, alors que plusieurs acteurs français s'inquiètent, sur fond de scandale aux Etats-Unis. Dernier exemple en date : l'hôpital de York aux Etats-Unis avait révélé que les données personnelles de 1.400 employés avaient été compromise suite à une cyberattaque. Dans une tribune publiée sur le site The Conversation, en mars, Nathalie Devillier, Professeur de droit à Grenoble soulignait que la France n'était pas suffisamment préparée pour face à la cybercriminalité.

Pour mettre en œuvre ce plan, la ministre de la Santé a annoncé la création d'un conseil stratégique à l'automne. Il réunira des représentants des professionnels du secteur, des usagers, des industriels et les institutions publiques concernées.

Les lobbies industriels saluent l'orientation, mais sont prudents sur l'application du plan

Guillaume Marchand, président de France eHealthTech, organisation qui regroupe une centaine de startups de l'e-santé, estime que le gouvernement va dans le bon sens. "L'orientation stratégique de ce plan est bonne", explique-t-il à La Tribune, mardi. Elle "se centre plus sur l'utilisateur que sur l'industriel. Cela manquait pour donner davantage de voies d'adoption aux innovations présentes", ajoute-t-il en faisant référence aux difficultés que connait le secteur pour se développer sur le marché français.

Mais "le document publié est conceptuel et généraliste, il n'acte aucune décision. Il va falloir dérouler maintenant un plan d'action concret", nuance-t-il.

Même son de cloche du côté d'Eric Le Roy, directeur général du Snitem, Syndicat national de l'industrie des technologies médicales. "Il faut saluer cette démarche et cette orientation, mais rester vigilant sur le déploiement."

"Ces mesures doivent également mener à un déblocage technico-administratifs", qui gèle certains projets du secteur, ajoute-t-il, interrogé par La Tribune.

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Commentaires
a écrit le 05/07/2016 à 9:16 :
A quand la fin du monopole des pharmacies d'officines, épiceries de luxe qui margent à plus de 70% ?
a écrit le 04/07/2016 à 18:35 :
Faudrait déjà s'occuper de la santé "normale": 6 à 8 mois pour avoir un rendez-vous chez un ophtalmo !
Réponse de le 04/07/2016 à 18:57 :
dans ma région, si l'on n'est pas déjà client chez eux, ils refusent de vous donner un RDV.

Il ne me reste plus qu'à aller de l'autre coté de la frontière. La dernière fois que j'ai appelé au Grand Duché de Luxembourg, la standardiste s'est excusée de ne pas pouvoir me proposer de RDV pour la semaine qui suivait, mais pour la semaine suivante !!! Ca me coutera 70€, mais au moins je serai soigné.
a écrit le 04/07/2016 à 18:22 :
se prononce i-santé, i comme imaginaire.

Tous ces bidules ne sont qu'un rideau de fumée pour tenter de cacher une réalité crue et rude, les besoins élémentaires de couverture médicale de l'ensemble de la population française ne sont plus assurés.

C'est une faillite totale des autorités de santé, qui pour des raisons uniquement politiques ont tenté de faire avaler aux malades que plus un centre médical est lointain, plus il est performant, que plus un médecin est rare, moins il coute cher, que plus l'accès à un spécialiste est compliqué, mieux c'est !!!

Maintenant qu'on a organisé la pénurie de médecins, d’hôpitaux de proximité, d'ophtalmos et de gynéco, on voudrait nous faire croire que la visite électronique en multiplierait le nombre et la compétence?
a écrit le 04/07/2016 à 14:08 :
"la médecine de demain"

Celle qu'il va falloir qu'on fasse soi même en somme, c'est vrai c'est un sacré "progrès" ya pas à dire...

Cela risque par contre de devenir délicat en matière de chirurgie mais bon, c'est ça le néolibéralisme, une société de winners !
Réponse de le 04/07/2016 à 16:53 :
Il n'y a pas de modèle standard ou classique de faire de la médecine. Ni de modèle standard de l'organisation des soins. Tout a toujours évolué, on ne soigne plus comme il y a 20 ans et dans 20 ans ce sera encore différend.
Quand j'étais jeune, il y avait très peu de médecins et des structures existaient qui ont été remplacées par l'institution actuelle des médecins généralistes. Demandez à des infirmiers comment ils ont vécus ce remplacement dans les années 70.

Beaucoup de gens demandent aujourd'hui une autre médecine que celles des généralistes, qui est considérée comme souvent inefficace, y compris par d'autres membres du corps médical. C'est cette médecine là qui coûte cher, pas celle des spécialistes. La réformer serait un immense progrès.

On a su par le passé mettre à la retraite des millions de personnes dont la profession n'était plus adaptée à la demande sociétale, il est temps que les médecins eux-mêmes, proposent d'autres rôles aux généralistes.
Réponse de le 04/07/2016 à 19:14 :
Je suis entièrement d'accord sur plusieurs des points que vous soulevez, notamment que la médecine est plurielle et qu'il faut la réformer par contre si c'est la réformer pour que les pauvres soient encore plus pauvres et en mauvaise santé, comme il se passe en ce moment, j'ai un ami qui bosse à son compte mais qui n'a pas de mutuelle qui a de gros problèmes aux dents et va devoir sortir les sous de sa poche alors que déjà il gagne très peu, c'est proprement scandaleux.

Donc une médecine plurielle et de qualité pour tous et gratuite voilà ce que le progressisme, le vrai, doit engendrer.

Je ne reviens pas sur cette idée grotesque de se faire ses propres soins par contre, j'espère que votre intervention n'était pas là pour soutenir une idée aussi stupide.

la médecin c'est un minimum de 9 ans, c'est pas pour rien.

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