Rand Hindi, chevalier blanc anti-Gafa

Le créateur de Snips veut prouver qu'il est possible de proposer un assistant vocal équipé d'une IA, sans danger pour les données privées.

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Rand Hindi
Rand Hindi (Crédits : Droits réservés)

« Le pire d'Internet. » C'est ainsi que Rand Hindi, fondateur de Snips, qualifie les enceintes connectées Alexa d'Amazon, Google Home ou HomePod d'Apple. Des appareils qui écoutent les conversations et envoient les données dans le cloud. Un risque sérieux pour la confidentialité qu'il compte bien éliminer avec son assistant vocal « made in France ». Le trentenaire reçoit dans ses bureaux du Silicon Sentier, sourire aux lèvres et tutoiement immédiat. Son look - gilet à capuche extra-long, pendentif en argent, bracelets et pantalon bouffant - tranche avec l'uniforme jean, chemise blanche, barbe de trois jours en vigueur dans l'écosystème startup. Une appétence pour la mode qui lui vient de sa mère, chasseuse de designers, tandis que son père, trader en matières premières, lui a donné le goût des théories macroéconomiques. Dès ses 10 ans, Rand démonte la télé et sa console de jeux pour comprendre leur fonctionnement.

Après une électrocution de trop, sa mère le met devant un ordinateur pour qu'il apprenne à coder. À 14 ans, il monte avec un copain un réseau social, Planet Ultra. Début 2000, il surfe sur la vague Internet en lançant Hinran, une agence Web. Rebelle, le jeune homme arrête le lycée et prépare son bac S à domicile, qu'il obtient sans mention, car il privilégie maths et physique au détriment des autres matières. Or, l'University College of London, que vise le jeune homme, réclame une mention bien à ses étudiants. Au culot, il va voir le directeur des admissions, qui lui fait faire des exercices : « Avec mes huit ans de codage, je les ai facilement résolus et l'université a fait une exception. » La première d'une série. Alors qu'il s'ennuie en licence, il découvre le machine learning. Une révélation : « J'ai compris qu'au lieu de programmer un ordinateur, je pouvais montrer à la machine ce que je voulais, lui donner des datas et la laisser travailler ». Le geek se spécialise en biotechnologie, discipline dans laquelle il obtiendra son doctorat en 2010 sans avoir passé de master, une étape pourtant obligatoire.

Faire disparaître la technologie

Très fier, Rand Hindi montre le mail qu'il a reçu du doyen : « J'ai le plaisir de vous informer que votre exception académique a été acceptée. » En 2009, lors d'un entretien d'embauche pour un fonds d'investissement, il explique au recruteur que son système informatique a une faille. Réponse : « Vous ne pourrez jamais faire carrière dans une entreprise. » Rand Hindi s'envole alors vers la Silicon Valley pour suivre le programme de la Singularity University. En Californie, il s'intéresse aux capacités de l'IA à personnaliser les programmes de nutrition. Tel Robert de Niro dans Raging Bull, il devient obèse pour prouver sa théorie, passant de 70 à 105 kg en 18 mois. Il revient à Paris bien décidé à avoir « un impact sur la société ».

Début 2013, il crée Snips, une société de conseil en intelligence artificielle, avec deux copains. Un premier contrat avec la SNCF débouche sur l'application Tranquilien, qui permet de trouver facilement une place dans les trains de banlieue. Du jour au lendemain, Snips fait l'objet de dizaines d'articles de presse. « Il y avait des panneaux dans 10.000 trains en Île-de-France avec notre logo dessus », évoque le chargé de cours à Sciences Po. Le trio décide alors de passer en mode startup, refuse les nouveaux clients, arrête le consulting et lève de l'argent.

Lire aussi : Intelligence artificielle : la France et le Canada créent une "alliance des petits"

« C'est à ce moment qu'est né le concept de faire disparaître la technologie. Et aussi la conviction que l'IA pouvait changer le quotidien des utilisateurs », déclare le serial conférencier, qui fait partie du catalogue de célébrités de l'agence Minds. Mais qui dit IA dit explosion de la production de données personnelles, et donc problèmes de confidentialité. Pour Snips, le principe de privacy by design (respect de la vie privée dès la conception) est une évidence.

« Nous avons été les premiers à nous en servir », rappelle Rand Hindi. En 2017, Snips fait table rase de ses projets d'applications mobiles et se tourne vers les assistants vocaux intégrés aux objets connectés avec comme objectif de prendre le contre-pied des Gafa. Les critiques pleuvent : impossible de faire de l'IA vocale sans la puissance de calcul du cloud computing. Mais l'ancien membre du CNNum (Conseil national du numérique) s'accroche : « L'été dernier, pour la première fois au monde, nous avons démontré qu'il était possible d'avoir des performances équivalentes à celles de Google en tournant sur des ordinateurs miniatures de type Raspberry Pi 3 à 40 euros. »

Une singularité proclamée partout

Snips propose trois produits aux entreprises : Snips Command, qui interprète des requêtes simples ; Snips Flow, solution en NLP (natural language processing ou automatisation du langage naturel) pour piloter les conversations entre l'utilisateur et la machine, et Snips Satellite, réseau local pour connecter plusieurs appareils à commande vocale. Des programmes vendus à des industriels de la smart home, des jeux en réalité virtuelle et du retail, disponibles en français, anglais, allemand, espagnol, italien et japonais. Snips a aussi prévu de lancer son enceinte connectée, Snips Air. NXP, le fabricant néerlandais de semi-conducteurs, propose déjà une puce vocale équipée de l'algorithme de Snips, fonctionnant hors ligne sans connexion Internet.

La multiplication de ses interventions dans les événements tech et sa propension à proclamer sa singularité ne plaît pas à tout le monde. Une journaliste qui connaît bien l'écosystème startup pense qu'« il a pris la grosse tête ». Le trentenaire, qui va annoncer des gros contrats dans les mois à venir, n'en a cure, persuadé que le succès repose sur l'exception et non le respect des règles. Chevalier blanc anti-Gafa.

PROFIL

  • 1984 : Naissance à Paris de parents d'origine libanaise
  • 1994 : Commence à coder
  • 2013 : Création de Snipss
  • 2015 : Application Tranquilien pour la SNCF
  • 2019 : Best of Innovation Awards au CES 2019, dans la catégorie Technologie embarquée

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Commentaire 1
à écrit le 06/03/2019 à 8:33
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Bref aucun problème pour financer son business vu la profession des parents. Ok c'est bien, c'est toujours en tout cas bien mieux que d'aller squatter un emploi fictif, bravo à lui pour ça, mais bon...

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