T-Mobile-Sprint : le deal qui pourrait chambouler le marché américain du mobile

 |   |  1068  mots
Dans une vidéo publiée dimanche, Marcelo Claure (à gauche) et John Legere, les PDG respectifs de Sprint et de T-Mobile US, ont vanté leur mariage.
Dans une vidéo publiée dimanche, Marcelo Claure (à gauche) et John Legere, les PDG respectifs de Sprint et de T-Mobile US, ont vanté leur mariage. (Crédits : DR)
Les deux opérateurs, qui ont annoncé dimanche leur fusion, affirment compter sur ce mariage pour bâtir rapidement un grand réseau 5G aux États-Unis, et ainsi tailler des croupières à leurs rivaux AT&T et Verizon dans le mobile comme dans l’Internet fixe.

Après des années de discussions et de tentatives avortées, T-Mobile US et Sprint ont finalement trouvé un accord pour fusionner leurs activités aux États-Unis. Les deux géants des télécoms, qui avaient repris les négociations ces dernières semaines, ont annoncé la nouvelle dimanche, dans un communiqué conjoint. Selon les intéressés, cet énorme deal se fera via un échange de titres. Ainsi, c'est T-Mobile US, numéro trois américain du mobile et appartenant à Deutsche Telekom, qui rachètera son rival Sprint, numéro quatre du secteur et propriété du géant nippon Softbank, pour 26 milliards de dollars (21,4 milliards d'euros).

Lire aussi : Aux États-Unis, Sprint et T-Mobile se disent "oui"

La nouvelle entité, qui gardera le nom de T-Mobile, comptera quelque 127 millions d'abonnés, et sa capitalisation boursière dépassera les 80 milliards de dollars. Sa part de marché devrait avoisiner les 30% au pays de l'Oncle Sam. De quoi lui donner le poids nécessaire, sur le papier du moins, pour rivaliser avec les deux actuels leaders du secteur : Verizon (qui dispose d'une part de marché d'environ 36%) et AT&T (aux alentours de 33%). In fine, si l'opération va à son terme, ce sera bien une victoire pour T-Mobile. De fait, Deutsche Telekom aura la main sur 42% du nouvel opérateur et disposera de neuf administrateurs sur quatorze. Tandis que Softbank, le groupe du milliardaire Masayoshi Son, ne disposera « que » de 27% du capital. En outre, c'est John Legere, l'actuel PDG de T-Mobile, qui dirigera la nouvelle entité.

La 5G en ligne de mire

Reste ce mariage doit encore recevoir le feu vert des autorités de régulation et de la concurrence. Ce qui est loin d'être gagné. Sous l'ère Obama, T-Mobile et Sprint avaient échoué à décrocher leur aval. Les régulateurs estimaient qu'un tel deal, synonyme de consolidation du marché des télécoms avec trois acteurs restants, risquait de diminuer la concurrence, de détruire des emplois et de déboucher sur des hausses des prix. En outre, si les autorités donnaient leur approbation à ce mariage, elles devraient l'assortir de « remèdes » pour éviter une trop grande concentration du marché.

Pour mettre toutes les chances de leur côté, John Legere et Marcelo Claure, le PDG de Sprint, se sont fendus d'une vidéo pour expliquer pourquoi ce deal constituait, selon eux, une « incroyable » bénédiction pour l'industrie du mobile, pour les consommateurs, pour l'emploi, pour la concurrence, et, plus largement, pour l'économie américaine ! Rien de moins ! À leurs yeux, ce mariage permettra, en clair, à un T-Mobile plus puissant de disposer des armes et de la capacité d'investissement pour bâtir très rapidement un réseau 5G d'envergure nationale. Avec cet actif, ils espèrent tailler des croupières à leurs grands rivaux Verizon et AT&T. À les entendre, leur futur réseau ultra-rapide 5G leur permettra non seulement de leur chiper des abonnés mobile, mais aussi - et surtout - des abonnés Internet fixe. Pour eux, la 5G sera assez performante pour devenir, auprès d'un grand nombre de consommateurs, l'unique moyen de se connecter à la Toile, même lorsqu'ils sont chez eux. Une tendance qui, selon John Legere, va déjà crescendo. « Pour plus d'un Américain sur dix, le mobile constitue le seul moyen d'accéder à Internet, argue le patron de T-Mobile. Ils n'ont pas du tout d'Internet fixe à la maison. »

« Apporter une vraie concurrence »

Avec cette stratégie reposant sur le développement rapide de la 5G, John Legere et Marcelo Claure assurent que la nouvelle entité va donner un coup de fouet à la concurrence et faire baisser les prix. Et ce, notamment dans les campagnes et les zones rurales.

« Saviez-vous que d'après les derniers chiffres de la FCC [le gendarme américain des télécoms, Ndlr], qui datent de 2016, 51% des Américains n'ont qu'un seul opérateur à leur disposition pour accéder à l'Internet fixe ?, a lancé à ce sujet Marcelo Claure. Avec notre réseau 5G d'envergure nationale, on peut mettre fin à cela, apporter une vraie concurrence et baisser les prix partout. Rien n'est plus important que l'Amérique rurale. »

Pour mener à bien cette offensive commerciale, les deux PDG arguent que le nouvel opérateur va ouvrir « des centaines de boutiques » et « embaucher des milliers de personnes » aux quatre coins du pays. « Des emplois ! Voilà une autre raison qui explique pourquoi ce deal fait tellement sens », claironne John Legere.

En présentant leur deal comme le moyen d'offrir aux États-Unis le leaderhip mondial en matière de 5G, les deux PDG espèrent s'attirer les bonnes grâces de la Maison-Blanche et des régulateurs. De fait, Washington a fait de la course à ces réseaux ultra-rapide une importante priorité économique. Pour la Maison-Blanche, il est notamment vital de ne pas se faire doubler par la Chine car le pays qui disposera le premier de la 5G bénéficiera d'un avantage considérable, dans la mesure où elle permettra l'éclosion des GAFA de demain.

Lire aussi : Course à la 5G : bras de fer tendu entre les États-Unis et la Chine

« La 5G arrive, et c'est très important », insiste ainsi John Legere. Pour lui, il est « crucial » que les États-Unis disposent dès que possible de cette nouvelle technologie :

« Regardez ce qui s'est passé avec la 4G. Les États-Unis ont mené très tôt un large déploiement de ces réseaux. Et cela a donné l'opportunité à toute une génération d'innovateurs et d'entrepreneurs américains de bâtir des services à très grande échelle. Les analystes estiment que le leadership américain en matière de 4G a permis de créer des millions d'emplois et de doper le PIB des États-Unis. Avec la 5G, les enjeux sont encore plus élevés. Pour vous donner une idée, la différence entre la 4G et la 5G est la même qu'entre la télévision en noir et blanc et la télévision en couleur. »

Ces propos suffiront-ils à convaincre les autorités ? Pas sûr. Pour l'heure, les analystes sondés par La Tribune estiment que rien n'est joué, quand bien même l'administration de Donald Trump s'est montrée favorable à un allègement de la régulation.

Lire aussi : Sprint / T-Mobile US : les dessous de la possible arrivée d'un géant du mobile

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 01/05/2018 à 14:48 :
Et l'Europe où en est-elle, et la France ? En France, nous on a des "starts up" qui pédalent pour livrer des repas, ou pour créer des applis bidons, inutiles avec des noms ronflants en anglais.
Réponse de le 01/05/2018 à 20:03 :
Deutsch telecom risque de bouffer le marché américain , voilà où en est l'Europe. Je n'ose même pas imaginer ce que vous diriez si les opérateurs américains étaient en train de prendre le marché européen.
a écrit le 01/05/2018 à 11:06 :
Cela ne coule pas de source.
A un moment la mode était focalisé sur le seul contenu, mais on se rend bien compte que le réseau de tuyauteries est tout aussi important.
La bataille autour de la 5G ne fait que commencer.
a écrit le 01/05/2018 à 8:38 :
Encore un coup dur pour Altice qui voulait tout racheter aux usa et qui va se retrouver en position de nain.
a écrit le 30/04/2018 à 20:00 :
Bon, à mon avis ce projet risque d'être bloqué, un réseau 5g détenu par les allemands, je n'imagine même pas la tête de Trump ! Le problème c'est que si les USA prennent l'habitude de bloquer les acquisitions, il y a un risque de retour de bâton ...
a écrit le 30/04/2018 à 19:41 :
Ils vont le croire pendant quelques années puis ils vont se faire dévorer, notre vieille économie rentière et financière européenne ne fait pas le poids face à l'intelligence économique américaine.

Enfin au moins ils essayent eux et ça ce n'est pas du luxe au sein de nos investisseurs propriétaires de paradis fiscaux, le courage manquant cruellement à ces gens bravo à eux mais un conseil, pensez différemment.
Réponse de le 01/05/2018 à 19:29 :
En 2017 pour échapper au chômage 285.000 Italien se sont expatriés. La majorité vers les USA, Canada et Australie, les moins qualifiés vers l'Allemagne pour travailler en usine ou dans des restaurants.
Je pense que c'est une des raisons du sucés des États-Unis et de l'Allemagne. Toute cette main-d’œuvre qui ne leur coûte rien et que nous perdons. Je me demande qui va payer les retraites des vieux en Italie.
Certainement pas les réfugiés Africains que Bruxelles nous impose!
Réponse de le 02/05/2018 à 8:34 :
"Toute cette main-d’œuvre qui ne leur coûte rien et que nous perdons"

ET qui va leur payer leur retraite à eux ?

Non mais vous réfléchissez parfois ? Vous savez c'est utile hein quand même...

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :