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Free a-t-il vraiment la meilleure couverture 4G ?

Delphine Cuny

Publié le 15 avril 2013 à 18:00

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Le quatrième opérateur, qui n'a pour l'instant annoncé aucun calendrier de lancement du très haut débit mobile, laisse planer l'ambiguïté sur la couverture de son réseau, dont les antennes sont compatibles 4G. Un sujet sensible à l'heure où ses concurrents font la course aux annonces et aux déploiements. Décryptage.

« 4G Ready » disait SFR. « Compatible 4G » dit maintenant Free. A l'heure où ses concurrents rivalisent d'annonces sur le sujet se battent pour avoir la meilleure couverture le plus vite possible, le quatrième entrant couvrirait déjà « la moitié du territoire... » Dans une interview à Radio Classique qui a créé le buzz en fin de semaine dernière, Xavier Niel, le fondateur de Free, jamais à court d'une provocation, affirme « chacune de nos antennes, que l'on pose aujourd'hui, fait de la 4G. »

Lorsque le journaliste lui demande « vous couvrez donc la moitié du territoire en 4G ? », le patron de l'opérateur opine du chef, tout sourire, et le journaliste ajoute « c'est une info ! » Euphorie au sein de la communauté de fans de Free, qui s'emballe sur la longueur d'avance que ce dernier aurait sur ses concurrents. Orange vient de lancer la 4G dans 15 agglomérations, soit un peu moins de 10% de la population. Et Bouygues Telecom annonce une couverture « nationale » pour octobre (attendue entre 40% et 60% de la population), quand les objectifs des licences sont de 25% en octobre 2015.

Pas de bascule automatique totale en 4G
En réalité, Free Mobile ne couvre évidemment pas 50% du territoire en 4G. Xavier Niel, qui avait répondu juste avant sur la couverture 3G (« une cinquantaine de pourcents de la population ») l'a finalement démenti au site France Mobile. Même si toutes ses antennes (1.982 au 1er avril selon l'Agence nationale des fréquences, ANFR) « intègrent la 4G », c'est-à-dire qu'elles sont « compatibles 4G », Free n'a l'autorisation d'émettre en 4G que sur ses fréquences 2,6 Ghz, alors qu'il émet en 3G sur des fréquences 2,1 Ghz et 900 Mhz.

« Réglementairement, Free n'a absolument pas le droit de basculer tout son réseau en 4G. Il lui faut demander une autorisation à l'Arcep (le gendarme des télécoms) pour réutiliser ses fréquences en 4G, comme l'a fait Bouygues Telecom en 1800 Mhz. Et ce n'est pas gratuit ! » souligne un professionnel du secteur. « Free Mobile a de nombreux sites 3G en 2,1 GHz qui ont vraisemblablement une capacité sans changement de matériel. Donc, puisqu'il dispose d'une licence 4G en 2,6 GHz, il peut demander une autorisation 4G au fur et à mesure qu'il construit son réseau 3G dans la bande haute. Cela ne coûte rien de plus, mais cela ne crée pas de couverture sur le champ », explique un spécialiste des fréquences. Même si Free « allumait » tous ses sites 3G en 4G, il ne pourrait avoir une aussi bonne couverture qu'en 3G, car les fréquences 2,6 Ghz sont beaucoup moins efficaces que celles en bande 900, des fréquences basses qui pénètrent bien les bâtiments par exemple.

« L'intox » des demandes d'autorisations 4G
D'ailleurs, au 1er avril, Free Mobile n'a que 14 antennes 4G en service, comme au 1er mars, selon le relevé de l'ANFR. Mais seul Orange fait mieux avec 15 antennes 4G en service et 562 autorisations, devant SFR avec 8 antennes en service (456 bénéficiant d'un accord ANFR) et Bouygues qui n'a bizarrement aucune antenne déclarée active mais en aurait déployé 528 (donc plus que SFR).

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« Ces déclarations servent à faire de l'intox. Free a balancé plus de 400 demandes 4G à l'ANFR fin mars, un autre opérateur en a déposé plus de 700 ! Cela se pilote, soit pour mettre la pression sur la concurrence, soit au contraire pour cacher son jeu, puisque vous avez 18 mois pour mettre en service un site après avoir obtenu l'accord », reconnaît un des spécialistes des réseaux d'un opérateur. « Seule la mise en service du site est l'indicateur véritable de la couverture 4G », conclut un autre expert du sujet. Or cette couverture est clé pour pouvoir justifier un prix plus élevé des forfaits, d'où les hésitations actuelles des opérateurs (Orange envisage 10 euros de plus l'an prochain, Bouygues 5 euros).

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Attention aux fausses promesses de la 4G !
Reste que Xavier Niel a sans doute raison lorsqu'il déclare « nos concurrents commettent une erreur de communiquer autant sur la 4G », affirmant que les consommateurs britanniques ne sont pas contents de leurs forfaits 4G car « la plupart du temps ils sont en 3G. Il ne faut pas vendre de la fausse monnaie », met en garde le vice- président du conseil d'administration d'Iliad. Attention effectivement aux fausses promesses et au risque de déception, ce qui vaut pour Free aussi... « On souhaite ouvrir la 4G le jour où on est capable d'offrir quelque chose de réel » affirme Xavier Niel, qui n'a pas pu s'empêcher une énième provocation, qui pourrait lui coûter cher : « Pigeon une fois ça va, pigeon deux fois, bonjour les dégâts ». Free a été récemment condamné pour dénigrement à l'encontre de Bouygues Telecom auquel il a dû verser 20 millions d'euros. Le Tribunal de Commerce de Paris avait interdit au groupe et à ses dirigeants d'utiliser « notamment » les termes d'arnaque, escroc et de racket. Toutefois, pigeon ne figurait pas expressément dans le jugement...

Delphine Cuny

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