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5G : l’État veut privilégier une logique d’aménagement du territoire

Pierre Manière

Publié le 25 juin 2019 à 15:51 - Mis à jour le 25 juin 2019 à 16:09

« Nous ne voulons pas brader les fréquences, résume-t-on à Bercy. Ce qui compte, à nos yeux, c’est la compétitivité du pays. Notre modèle n’est pas l’Italie. »

« Nous ne voulons pas brader les fréquences, résume-t-on à Bercy. Ce qui compte, à nos yeux, c’est la compétitivité du pays. Notre modèle n’est pas l’Italie. »

Reuters

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Lors des prochaines enchères financières pour l’attribution des fréquences 5G, le gouvernement souhaite visiblement que la note ne soit pas trop élevée pour les opérateurs. En contrepartie, d’importants investissements dans les réseaux devraient leur être demandés.

Malgré ces temps de disette budgétaire, le gouvernement ne veut visiblement pas se montrer trop gourmand concernant l'attribution des fréquences 5G aux opérateurs télécoms. Voilà ce qu'a indiqué Bercy à la presse en ce début de semaine. L'attribution des fréquences 5G doit se dérouler à l'automne. Elle prendra la forme d'enchères financières, auxquelles participeront les Orange, SFR, Bouygues Telecom et Free. Selon Bercy, le prix de réserve « devrait être plus proche de 1,5 milliard d'euros que de 3 milliards d'euros ». Sachant qu'en France, lors des attributions de fréquences, les enchères se terminent généralement à un niveau relativement proche du prix de réserve, lequel est souvent important. A titre d'exemple, en 2015, l'Etat avait encaissé un chèque de 2,8 milliards d'euros lors d'enchères pour des fréquences 4G, pour un prix de réserve de 2,5 milliards d'euros.

  • Lire aussi : La 5G, un casse-tête économique, politique et sécuritaire

Le gouvernement envoie ainsi un signal fort : il affirme que son objectif n'est pas de maximiser ses recettes lors des prochaines enchères. En effet, plusieurs analystes sondés par La Tribune estiment jusqu'à présent que l'Etat pourrait retirer entre 2,6 et 3 milliards d'euros pour cette attribution de fréquences. En renonçant à une partie de cette manne financière, l'exécutif souhaite, en retour, que les opérateurs investissent plus dans le déploiement de la 5G, par le biais, par exemple, d'importantes obligations de couverture du territoire.

« Notre modèle n'est pas l'Italie »

« Nous ne voulons pas brader les fréquences, résume-t-on à Bercy. Ce qui compte, à nos yeux, c'est la compétitivité du pays. Notre modèle n'est pas l'Italie. » Fin 2018, les enchères pour les fréquences 5G ont crevé le plafond de l'autre côté des Alpes, atteignant la somme faramineuse de 6,55 milliards d'euros. Si Rome s'est félicité de ce résultat, de nombreux spécialistes, eux, y voient une catastrophe. Comme mécaniquement, ce qui est dépensé dans les fréquences ne l'est pas dans les réseaux, l'Italie pourrait prendre un gros retard dans la 5G.

Surtout, il y a un risque important que « cette histoire se termine en bain de sang », avertissait un analyste parisien dans nos colonnes :

« Après avoir autant surpayé ces fréquences, les opérateurs vont devoir rentabiliser cet investissement, rappelait-il. Ils peuvent choisir d'augmenter les prix. Mais je ne crois guère à ce scénario puisqu'Iliad vient d'arriver sur le marché [avec l'ambition, en cassant les tarifs, d'étoffer rapidement son portefeuille de clients, Ndlr]. L'autre possibilité, qui est tout à fait probable, c'est que les opérateurs soient contraints de lancer d'importants plans d'économies, via, entre autre, des licenciements. »
  • Lire aussi : Italie : la crainte d'un « bain de sang » après la vente des fréquences 5G
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En privilégiant une logique d'aménagement du territoire à une logique strictement financière, le gouvernement français se situe, a priori, dans le sillage du « New Deal ». En janvier 2018, l'exécutif a renoncé à d'importantes recettes en prolongeant certaines licences d'utilisation de fréquences mobiles. En contrepartie, les Orange, SFR, Bouygues Telecom et Free se sont engagés à doper leurs investissements dans les zones « blanches » et « grises », où le mobile ne passe pas - ou très mal.

À lire également

  • Les États-Unis cherchent l'interdiction totale de tous les équipements 5G fabriqués en Chine
  • 5G : les attentes des industriels se heurtent à la réalité des déploiements
  • La 5G, un casse-tête économique, politique et sécuritaire
  • Lire aussi : Télécoms : 3 milliards d'euros contre les zones blanches

Pierre Manière

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