Les difficultés de nombreux cadors européens des télécoms remettent en cause le modèle historique de l’opérateur intégré, possédant à la fois son réseau et la relation client.Le constat fait l'unanimité : il y a un problème de modèle économique pour les opérateurs télécoms. En France, les Orange, SFR ou Bouygues Telecom se plaignent depuis longtemps d'une forte concurrence qui maintient les prix à des niveaux bas, dans un contexte d'énormes investissements dans les réseaux 4G, 5G et de fibre. Cela n'est pas sans conséquence sur leurs marges et leurs performances boursières. C'est d'ailleurs le fort désamour des investisseurs pour les télécoms qui ont poussé, ces dernières années, SFR et Iliad (Free) à faire leurs adieux à la Bourse.
Cette situation préoccupe l'Arcep, le régulateur du secteur. Lors d'une audition au Sénat, la semaine dernière, Laure de La Raudière, sa présidente, a affirmé que « la situation économique » des opérateurs n'était « pas évidente ». Celle-ci s'est tendue, a-t-elle poursuivi, avec la crise du Covid-19 et la guerre en Ukraine, qui ont accouché d'une inflation galopante conjuguée à une forte hausse des prix de l'énergie. En décembre dernier, Liza Bellulo, la présidente du lobby de la Fédération française des télécoms (FFT), a également dénoncé « un environnement économique extrêmement défavorable ». En guise de parade, les Orange, SFR et Bouygues Telecom ont tous prévu d'augmenter leurs prix dans les mois qui viennent.
Un problème à l'échelle européenne
Les difficultés des télécoms françaises se retrouvent ailleurs en Europe. Des britanniques BT et Vodafone, en passant par Telecom Italia ou l'espagnol Telefonica, la liste des grands opérateurs qui sont sur la corde raide, ou broient carrément du noir, est longue comme le bras. Parmi les opérateurs historiques du Vieux Continent, il n'y a guère que Deutsche Telekom qui sort du lot et a vu son cours de Bourse progresser ces dernières années. Mais personne n'est dupe : celui-ci est surtout porté par les solides résultats de sa filiale américaine T-Mobile...
Cette morosité de l'Europe des télécoms interroge. Comment se fait-il, après tout, que cette industrie soit si contrariée quand les revenus de l'Internet, eux, explosent ? Entre 2015 et 2020, ceux-ci sont passés, selon le cabinet PwC, de 3.017 à 4.327 milliards de dollars dans le monde... Mais si le gâteau a grossi, les opérateurs se sont contentés des miettes. Sur cette même période, leurs revenus n'ont progressé, en moyenne, que de 2% par an. Ceux du secteur des services Internet et des logiciels, eux, ont crû de 30%. Autrement dit : ce sont les grandes plateformes et les Gafa qui ont raflé la mise. Au grand dam des opérateurs, sans lesquels les Amazon, Facebook, Apple et Google ne seraient rien. Voici pourquoi le secteur européen des télécoms se mobilise, depuis des mois, pour faire contribuer les géants du Net au financement des réseaux.