Le gouvernement italien a donné son aval à la vente du réseau Internet fixe de l’opérateur historique au fonds américain. Son autorisation était essentielle : l’exécutif disposait d’un « golden power » pour s’opposer au deal, s’il avait estimé qu’il nuisait aux « intérêts stratégiques » du pays.La cession du réseau Internet fixe de Telecom Italia à KKR est désormais en bonne voie. L'opérateur historique transalpin a indiqué, ce mercredi, que le gouvernement avait approuvé le deal. L'exécutif a souligné, d'après un communiqué, que les « engagements » qui encadraient l'opération s'avéraient « pleinement adéquats pour garantir la protection des intérêts stratégiques » du pays. S'il avait jugé que ce n'était pas le cas, il aurait pu s'y opposer, et tout faire capoter, par l'intermédiaire de ses pouvoirs spéciaux, ou « golden power ».
Au début du mois de novembre, le conseil d'administration de Telecom Italia avait approuvé la vente de son réseau Internet fixe au puissant fonds américain KKR, pour un montant pouvant atteindre jusqu'à 22 milliards d'euros. L'Etat participe à l'opération : il compte prendre une participation d'au plus 20% dans cet actif. Le gouvernement a toujours indiqué qu'il souhaitait avoir son mot à dire quant à l'avenir de ce réseau, jugé essentiel pour l'avenir numérique du pays.
Une scission révolutionnaire
Les engagements pris comprennent notamment la nomination d'un dirigeant de nationalité italienne, ainsi que le maintien en Italie des activités de recherche et de maintenance. Rappelons que Rome possède aussi, via la Caisse des dépôts (CDP), une participation de 9,81% dans Telecom Italia. Si la vente du réseau Internet fixe se concrétise, l'opération marquera le grand retour de l'Etat au capital de l'opérateur, qui avait été privatisé en 1997. D'autre part, l'opération marquerait un tournant : ce serait la première fois, en Europe, qu'un opérateur historique de cette envergure organise une scission entre ses activités de services (la vente d'abonnements Internet aux particuliers), et de réseaux.
Ce deal est, pour beaucoup, présenté comme une étape dans la possible, et probable, constitution d'un grand réseau de fibre à l'échelle nationale. La CDP possède aussi une participation majoritaire de 60% dans Open Fiber, qui détient un réseau de fibre concurrent de Telecom Italia. Un mariage entre ces deux acteurs est, en coulisse, souvent évoqué. Un unique réseau de fibre à l'échelle nationale permettrait, aux yeux du gouvernement, d'accélérer les investissements dans cette technologie, et de diminuer les coûts du déploiement en évitant les doublons. Avec en ligne de mire l'amélioration de la couverture en fibre du pays, qui est en retard, sur ce créneau, par rapport à d'autres pays européens, comme la France ou l'Espagne.