Une « pénurie de fibre » menace-t-elle l’arrivée du très haut débit ?

 |   |  834  mots
Pour Antoine Darodes, le patron de l'Agence du numérique, « il n’y a pas, aujourd’hui, de pénurie de fibre ». « Nous n’avons constaté aucun refus de commande, mis à part deux cas isolés », renchérit-il.
Pour Antoine Darodes, le patron de l'Agence du numérique, « il n’y a pas, aujourd’hui, de pénurie de fibre ». « Nous n’avons constaté aucun refus de commande, mis à part deux cas isolés », renchérit-il. (Crédits : DANIEL MUNOZ)
Selon plusieurs départements de Bourgogne-Franche-Comté, une « pénurie de fibre optique au niveau mondial » pourrait entraver le déploiement des réseaux Internet à très haut débit. Mais aux yeux de plusieurs acteurs du secteur, et notamment de l’Agence du numérique, la situation ne serait pas aussi sombre.

Va-t-on manquer de fibre ? Voilà un sujet qui, depuis plusieurs mois, agite le petit monde des télécoms françaises. De fait, si une pénurie de ces câbles devait survenir, c'est tout le Plan France Très haut débit, dont l'objectif est de fibrer l'Hexagone à horizon 2022 - en remplacement du vieux réseau cuivré -, qui pourrait capoter. Selon l'AFP, cinq départements de Bourgogne-Franche-Comté ont tout récemment alerté Matignon. Dans une missive au Premier ministre, la Côte-d'Or, le Jura, la Nièvre, la Saône-et-Loire et l'Yonne tirent la sonnette d'alarme. Selon eux, une « pénurie de fibre optique au niveau mondial » menace le déploiement de l'Internet à très haut débit. « Les territoires sont touchés de plein fouet », affirment-ils, craignant ainsi de ne pas pouvoir « tenir leurs engagements » d'apporter dans les temps une connexion dernier cri à leurs administrés.

Cette inquiétude fait, au passage, écho à celle d'Etienne Dugas, le président de la Fédération des industriels des réseaux d'initiative publique (Firip). Selon ce représentant des acteurs qui déploient la fibre dans les zones rurales et peu peuplées, il « semble indéniable que les problèmes d'approvisionnement en fibre optique sont un cas de force majeure », a-t-il indiqué le mois dernier, d'après le quotidien Les Echos.

« Aucun refus de commande »

Alors qu'en est-il vraiment ? Interrogé par La Tribune, Antoine Darodes, le chef de file de l'Agence du numérique, qui chapeaute le Plan France Très haut débit, se montre moins alarmiste. A ses yeux, « il n'y a pas, aujourd'hui, de pénurie de fibre ». « Nous n'avons constaté aucun refus de commande, mis à part deux cas isolés », renchérit-il. En revanche, il constate bien « une tension » sur le marché de la fibre. Celle-ci est, selon lui, liée à la demande qui va crescendo, dans le sillage de l'accélération des déploiements.

« Nous avons poussé les opérateurs et acteurs du très haut débit à accélérer leurs déploiements, rappelle-t-il. C'est ce qu'ils ont fait, et c'est une très bonne chose. Rappelons qu'aujourd'hui, nous déployons plus de 3 millions de prises par an, contre 1 million en 2014. Voilà pourquoi la machine chauffe. »

Selon lui, la « tension » sur le marché de la fibre touche d'abord ses fabricants. Pour concevoir ces fils ultrafins, qui permettent d'acheminer des monceaux de données via des signaux lumineux, des industriels, comme le français Acome, doivent s'approvisionner en « préformes ». Il s'agit de gros barreaux de verre, qui avoisinent les 40 kilos, et sont chauffés à près de 2.000°C au sommet de tours de fibrage pour en tirer les précieux fils de communication. Or la demande en « préformes » explose dans le monde, souligne Antoine Darodes.

Manque d'anticipation de certains acteurs ?

Même son de cloche pour Régis Paumier, le délégué général du Sycabel, l'organisation professionnelle de l'industrie des fils et câbles électriques et de communication. Pour lui aussi, point de « pénurie » de fibre optique. Il y a « une certaine tension » sur le marché, poursuit-il, conséquence, notamment, de l'appétit considérable de la Chine pour les réseaux Internet à très haut débit.

Pourquoi, dans ce cas, certains acteurs brandissent-ils le spectre d'une « pénurie » ? Parce que, selon Régis Paumier, la situation des industriels « est très contrastée ». D'après lui, certains - en particulier les grands opérateurs, à l'instar d'Orange -, ont anticipé l'accélération du déploiement de la fibre, et ont sécurisé leurs approvisionnements sur le long terme dans leurs contrats. Alors que d'autres acteurs, à l'inverse, « n'ont rien prévu ». « Ils veulent de la fibre optique d'un coup, et à bas prix », affirme Régis Paumier.

Inquiétude sur les besoins de main d'œuvre

Pour Antoine Darodes, ce sont également certains petits acteurs du déploiement de la fibre, essentiellement dans les zones rurales et peu denses, qui se trouvent ainsi dans l'embarras. A ses yeux, pour certains industriels, la « pénurie de fibre » ne serait qu'un prétexte pour revoir leurs engagements de délais de déploiements auprès des collectivités. « Ils cherchent un bouc émissaire pour sortir de leurs promesses », estime pour sa part Régis Paumier.

Outre les « tensions » sur le marché de la fibre, Antoine Darodes et Régis Paumier semblent plus préoccupés par l'énorme besoin de main d'œuvre qualifiée pour déployer cette technologie dans l'Hexagone. Selon le délégué général du Sycabel, certains installateurs de fibre optique ont déjà du mal à trouver le personnel dont ils ont besoin. Une situation qui, selon lui, pourrait s'aggraver, avec la montée en puissance du Plan France France Très haut débit. « Des centres de formation ont vu le jour avec Objectif Fibre [une organisation qui regroupe plusieurs fédérations de cette filière, Ndlr], mais certains ne sont remplis qu'à 60% », souligne-t-il.

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 15/06/2018 à 8:47 :
Maintenant je comprends mieux pourquoi nos plages sont détruites !

Le sable est pompé pour cette fichue fibre !

Rappel: reportage sur la mafia du sable „Le sable, enquête sur une disparition“ de Denis Delestrac.
a écrit le 14/06/2018 à 13:28 :
On s'en fout de la pénurie de fibre. On peut vivre sans le haut débit !
a écrit le 14/06/2018 à 10:01 :
on arrive au même débit avec le cuivre, il suffit de bien l'installer et de renouveler l'infrastructure et les cartes dans les centrales.
Réponse de le 15/06/2018 à 7:25 :
Vous n'y connaissez visiblement pas grand chose!
Le cuivre peut donner des débit importants mais sur de très courtes distances alors que la fibre avec ses très faibles atténuations peut offrir de très hauts débits sur des grandes distances.
a écrit le 14/06/2018 à 9:51 :
La France consomme moins de 2% de la production mondiale de fibres. Ce n'est donc guère le déploiement en France qui perturbe le marché mondial.
Le problème est qu'au prix où certains acteurs ont acheté des délégations de service public, personne n'a envie de les livrer.
Qui sème le vent ...
a écrit le 14/06/2018 à 9:10 :
La Fibre optique est fabriquee a base de Silicium, (= sable), un des elements les moins chers et des plus repandus de la planete,
Allez au Sahara si vous voulez constater !
Réponse de le 15/06/2018 à 8:44 :
Sauf que le sable du Sahara et donc des déserts n‘est pas exploitable car rond !

Le sable utilisé est le même que pour la construction.
a écrit le 14/06/2018 à 8:45 :
Il est beau de constater que cette technologie est liée uniquement à l'économie du verre, économie totalement abandonnée car rapportant peu aux actionnaires milliardaires qui préfèrent vendre des produits s'usant et donc polluants.

On perd encore de belles idées à cause des financiers peu visionnaires voir aveugles.

Donc il ne serait pas étonnant que l'activité soit un peu saturée maintenant ne pouvant également en effet que donner prétexte aux ralentissements des investissements dans ce domaine dans lequel on voit bien que les actionnaires milliardaires, une nouvelle fois, veulent faire payer aux contribuables les infrastructures dont eux seuls pourtant profitent financièrement.

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :