Logement à Paris : comment la mairie subventionne la baisse des loyers

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Pour mener sa politique du logement, Anne Hidalgo opte pour une logique de pacte avec le secteur privé
Pour mener sa politique du logement, Anne Hidalgo opte pour une logique de pacte avec le secteur privé (Crédits : Reuters)
Les agents immobiliers soutiennent le dispositif « Multiloc » à Paris qui imposera des baisses substantielles de loyers pour les logements concernés. Mais en échange, la mairie sort son chéquier...

Surprise. Il serait donc possible de faire accepter aux professionnels de l'immobilier que soient mis en location plusieurs milliers de biens à des niveaux de loyers sensiblement en dessous du marché. La mairie de Paris pourrait en effet réussir ce « tour de force » par le biais du nouveau dispositif « Multiloc » qui a pour but de mettre sur le marché locatif des biens à des loyers de 20 % inférieurs aux loyers de marché, sous conditions de revenus du locataire. Les niveaux des loyers de marché sont calqués sur ceux déjà utilisés pour le dispositif qui encadre les loyers à Paris depuis le 1er août 2015. Adopté en conseil de Paris, « Multiloc » sera mis en œuvre dès cet automne.

Cibler les classes moyennes

Alors qu'on était habitué à des réactions (très) négatives des professionnels de l'immobilier face à ce type d'initiative ces dernières années, « Multiloc » ne semble en revanche pas susciter de levée de bouclier. Gilles Ricour de Bourgies, le président Fnaim Île-de-France, s'est par exemple récemment réjoui de la mise en place d'un dispositif qu'il juge « simple » et « qui cible les classes moyennes ».

Il faut dire que la principale innovation de « Multiloc » est de s'appuyer massivement sur le secteur privé. Les agents immobiliers seront ainsi chargés de prospecter les futurs logements « Multiloc ». Et ils seront rémunérés pour cette tâche par la ville de Paris à hauteur de 1.000 euros pour chaque logement pris en gestion, et 1.200 euros pour les logements vacants depuis plus de 6 mois.

Des aides de la Ville pour les propriétaires

Les propriétaires-bailleurs qui acceptent de louer leur bien à un loyer modéré se verront également octroyer une prime d'entrée de 2.000 euros au moment de la captation du logement. La mairie de Paris financera également « la prise en charge du financement de la garantie contre les risques locatifs (impayés, dégradation, frais de contentieux) ; la réalisation des travaux pour un montant maximal de 2.500 euros ; ainsi qu'une une prime spécifique pour la remise en état du logement, d'un montant maximal de 7.500 euros lorsque le logement est vacant depuis plus de 6 mois », est-il expliquer dans la délibération du conseil de Paris.

« Toutes ces aides permettront d'effacer l'effort consenti par les bailleurs pour réduire leur loyer », explique Gilles Ricour de Bourgies. De plus, « les professionnels de la gestion locative seront les seules habilités à distribuer le produit Multiloc », se réjouit-il. Bref, la mairie de Paris versera au minimum 3.000 euros pour chaque bien immobilier mis en location dans le cadre de « Multiloc », un tiers au propriétaire et deux tiers à l'agence immobilière. Pour rassurer les administrés face à ces dépenses qui font débat, les services de la Ville assurent qu'ils superviseront le dispositif et contrôleront le respect des conditions posées aux propriétaires et aux professionnels.

Capter les logements vacants

Initialement, l'initiative Mutliloc, un engagement de campagne de la maire Anne Hidalgo, devait en fait cibler principalement les logements vacants de la capitale dont le nombre oscille entre 30.000 et un peu plus de 100.000 selon les différentes estimations. Or jusqu'ici, « toutes les expériences visant à capter des logements vacants à Paris (souvent basées sur un principe de pénalisation financière des propriétaires réticents à louer ndlr) ont échoué », explique Ian Brossat, adjoint au maire chargé du logement.

La Ville de Paris a donc décidé de jouer la carte de l'incitation. Même si subventionner des propriétaires afin qu'ils remettent leur bien sur le marché, alors qu'ils ont pour beaucoup grandement bénéficié de l'explosion des prix de l'immobilier dans la capitale depuis 15 ans, pourrait choquer au sein de la majorité municipale...

Pacte avec le secteur privé

Il est enfin intéressant d'analyser les réactions opposées des professionnels de l'immobilier face à la mise ne place d'un côté, de « Multiloc », et de l'autre, de l'encadrement des loyers de la loi Alur, portée par l'ancienne ministre du Logement Cécile Duflot qui entretenait des relations très compliqués avec le milieu. Car les plafonds de loyers sont en fait largement supérieurs avec l'encadrement des loyers. Or cette mesure déplait fortement.

Certes, « Multiloc » ne concernera d'ici la fin de la mandature d'Anne Hidlago « que » quelques milliers de logements, alors que l'encadrement des loyers qui s'applique à Paris s'étend à tous le parc locatif privé de la capitale. Mais force est de constater que les professionnels de l'immobilier peuvent adouber une baisse des loyers, fortement soutenue par l'Etat.

Cette mesure est en fait révélatrice de la vision du logement de la nouvelle maire de Paris Anne Hidalgo : mener une politique assez proche de celle jadis voulue au niveau national par Cécile Duflot lorsqu'elle était ministre, tout en veillant, à l'inverse de l'ancienne ministre, à ne pas casser les liens avec le secteur privé. Reste à savoir si cette stratégie sera gage de succès.

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a écrit le 07/10/2015 à 9:55 :
Il y en a assez que nos politiques dilapides l'argent du contribuable.
Toutes les aides devraient etre centralisées dans un "ministere de l'aide sociale".

=> Un seul site internet pour faire toutes les demarches permettant d'etre aidés
=> Un seul dossier à remplir pour les personnes souhaitant etre aidés
=> Arret de toutes ces mesures demago stupides (a t on vraiment besoin de favoriser l'immobilier a Paris dont le prix a fait x4 en 10 ans ?)
=> Garantir que tout le monde touche ce qu'il devrait (beaucoup d'aides non versées aujourd'hui, ce qui fait la joie des chasseurs d'aides - un job a temps plein : prix preferentiel edf, gdf, aide telephone pour pouvoir postuler pour un job, aide pour s'acheter un costume pour les entretiens, aides sur son loyer, aides pour payer ses taxes....)
=> Suppression de tous les fontionnaires dont le job et de soupoudrer les aides
=> Rationnalisation et refonte de toutes les aides (immobilier, tarifs speciaux, culture, entreprendre...)


Par exemple, un de mes amis est allé etudier aux US, il a remplit une dizaine de dossiers pour recevoir des aides (ville de naissance, departement de naissance, region de naissance, ville de notre ecole en france, departement, region, ville de son domicile fiscal - chez ses parents, departement, region, ministere education national...)
=> Il n'a pas touché des milliers d'euros non plus, mais souvent un billet d'avion, une aide de 20e par mois (tres utile...)
=> Bref il aurait mieux fallu pour tous qu'existe ce ministere social et il aurait touché ce dont il a le droit (apres a voir quelles aides doivent etre attribuées mais la c'est juste a la tete du client, s'il connait le maire c'est jackpot)

Le cas est encore pire si vous montez votre societe : 36 dispositifs différents pour toucher des aides (pas toujours elevee) => complexite bureaucratique enorme pour des petites structures qui devraient plutot se concentrer au developpement de leur business
a écrit le 07/10/2015 à 9:27 :
Mais c est pas vrai, nous allons maintenant payer avec nos impôts un complément de loyer aux propriétaires qui ont déjà énormément gagné sur la hausse de l immobilier !

Cela va permettre de soutenir le niveau très élevé des loyers.

Il faut faire l inverse ! Taxer fortement l immobilier pour faire baisser les prix
3% de la valeur a payer tous les ans, déductible des impôts
=> si le propriétaire paie déjà des impôts (sur le revenu, sur les loyers par exemple) pas d impact
=> sinon il ne "mérite" pas ses biens immobiliers

Marre de voir de vieux spéculateurs avec plusieurs appart dans paris acheté une bouchée de pain il y a 30 ans, qui touchent des petites retraites et ne paient donc pas de taxe foncière
=> ils n ont qu a vendre
Pas besoin de 140m2 quand on est retraite

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